
Samedi dernier, Mme. Brigitte Haentjens, la directrice artistique et générale de Sibyllines, Théâtre de création y allait d'une charge à fond de train contre la STM, son prétendu «comité de censure» et personnalisait son attaque en apostrophant la porte-parole de la STM, Mme Paradis pour le refus de diffuser dans le métro, pour des mesures de prévention du suicide, l’affiche de la pièce Blasté qui met en scène un Roy Dupuis ensanglanté sur fond blanc.
Mme Haentjens, qui arbore un parcours artistique des plus honorables, reprend à son compte, afin de justifier le choix de son affiche, le mot de l’auteure britannique Sarah Kane qui a écrit la pièce et s’est, hélas, enlevée la vie à l’âge de 28 ans en 1999 : «Nous devons parfois descendre en enfer par l’imagination pour éviter d’y aller dans la réalité».
Tout à fait d’accord. Mais encore faut-il que notre interlocuteur soit prévenu de la chose. Peut-on vraiment imposer une réflexion sur un sujet aussi sérieux que la violence et la barbarie des guerres en infligeant une affiche accrocheuse certes mais également sensationnaliste et, convenons-en, repoussante dans les couloirs du métro. Endroits où sont susceptibles de circuler des malheureux aux idées sombres.
N’a-t-on pas reproché à un Éric Lapointe d’avoir encourager le suicide avec la chanson Loadé comme un gun. Ozzy Osbourne n’a –t-il pas été poursuivi pour incitation au suicide et on peut d’ores et déjà parier que le film Tout est parfait sera tenu responsable si une catastrophe du genre devait survenir.
N’est-il pas de la responsabilité de la STM de faire de la prévention ? Le transport en commun n’est pas une salle de spectacle d’avant-garde ou un centre d’interprétation des pathologies ou encore un CLSC.
Mme Haentjens peut bien déchirer sa chemise et crier au loup, les faits demeurent. D’ailleurs la STM, Mme Haentjens en convient elle-même, n’a-t-elle pas proposé une alternative qui serait acceptable pour les deux parties, soit une affiche plus sobre ? «Elle semble refuser de comprendre qu’il s’agit de la promotion d’un événement artistique», nous dit la dramaturge au sujet de la porte-parole sur un ton péremptoire. Quelle affirmation prétentieuse. De quelle autorité morale Mme Haentjens se croit-elle investie pour savoir ce que comprend ou non son interlocutrice ? À moins qu’il ne s’agisse ici de cette bonne vieille stratégie qui consiste à attaquer le messager plutôt que de vraiment analyser le message.
Que Mme Paradis ou les gens qu’elle représente refusent de se voir un jour imputer par une famille endeuillée le suicide d’un malheureux est-il si difficile à comprendre pour cette grande dame du théâtre qu’est Brigitte Haentjens ? Surtout trois semaines après le lancement de la campagne et du disque Opération Pamplemousse qui visent justement à prévenir le suicide… Mais Mme la Directrice artistique le dit elle-même, le bombardement d’images que l’on retrouve dans le métro sont de nature à lui enlever le goût de vivre. Rien de moins. Heureusement qu’elle ne veut pas banaliser le suicide. M’est avis qu’elle devrait plutôt remercier la STM de lui donner une raison de moins se trucider, des fois qu’elle s’aventurerait dans les gouffres profonds de la bête sur rails.
Du haut de son autorité morale autoproclamée, Madame Haentjens fait dans la démagogie la plus élémentaire et se demande pourquoi la STM ne refuse pas les pubs à caractère sexiste ou militaire ne se rendant pas compte qu’elle propose exactement à la STM de faire de…la censure digne des régimes intégristes.
Comme si, par ailleurs, la STM ne diffusait jamais de campagne de prévention et autres affiches de groupes comme Amnistie Internationale, par exemple. Si Tartuffe n’est pas mort, comme le soutient ironiquement Mme Haentjens, Élizabeth «roi d’Angleterre» qui n’ignorait pas les enseignements de Machiavel, n’a pas passé l’arme à gauche non plus. Félicitations Madame, vous avez flairé l’aubaine : une affiche provocatrice que l’on espère voir refusée qui deviendra un drapeau pour vous vautrer à l’autel de la liberté artistique. La posture victimaire peut tellement rapporter dans notre société du spectacle. Peut-être serez vous également invitée à Tout le monde en parle la semaine prochaine ?





