mercredi 28 février 2007

Accommodements : NON aux deux extrêmes

Le magazine La Voix au masculin a sollicité ma modeste opinion pour son édito du numéro de mars qui est arrivé sur les présentoirs hier.

« Accommodements raisonnables »... Comme plusieurs, j’ai d’abord été heurté, choqué. Comme l’impression de ne pas être respecté. « Il ne voient pas, les immigrants, qu’ils arrivent dans un train en marche », se dit-on. « Ils refusent de respecter nos valeurs », ajoute-t-on avec un sentiment mêlé de tristesse et de colère.

Un jeune sikh qui ne pourrait fréquenter ses classes sans son kirpan. La cour suprême qui tranche en sa faveur. Le sapin de Noël déménagé de l’entrée d’un tribunal provincial à Toronto, par une juge juive, parce que soi disant offensant pour les non catholiques. Les hommes musulmans qui refusent qu’un médecin de sexe masculin examine leur femme. Le port du voile à l’école et, bonjour l’odieux, un père qui ne peut témoigner son amour à son fils lors d’un examen de natation parce que des femmes musulmanes suivaient un cours de natation tout près et plus récemment cette histoire du cours de musique…

Et puis on entend les Martineau, Gillles Proulx, Dutrizac et consort qui disent : « ceux qui ne sont pas content, n’ont qu’à prendre l’avion ». Sympathique ! Quel message envoie-t-on à la majorité qui tente de s’intégrer? Le chef de l’ADQ, Mario Dumont en rajoute, il voudrait un « un encadrement de nos valeurs communes» et on se demande « est-ce que je fais vraiment partie de ce camp ?

Du camp de Bob Elvis Gratton ???

Du camp de ces gens qui semblent confondre quelques fanatiques et l’immense majorité. La plupart des musulmanes s’opposent au voile et tous les arabes ne sont pas des partisans du djihad, rappelons-le.

Quand Denise Bombardier tartine en soutenant que les Québécois ont peur de passer pour des racistes s’ils s’opposent aux accommodements. Pas totalement faux. Que Dany Laferrière stipule que nous confondons l’immigrant avec l’Anglais. Que notre vieux réflexe de survie réapparaît. Pas tout faux non plus.

Mais le problème est ailleurs.

J’en vois certains foutre le feu de l’intolérance. Activer la peur de l’autre. Provoquer. Voilà la plus élémentaire stratégie des populiste, démagos et autres leaders de groupuscules d’extrême droite.

Ce qui me déplaît particulièrement, dans ce débat, c’est de constater à quel point on stigmatise l’Autre sans véritablement attribuer les torts aux bonnes personnes.

Car, faut-il le rappeler, la notion d’accommodement raisonnable n’est pas un complot ethno-maçonique qui vise à nous rayer de la carte. Non, il s’agit plutôt d’une solution juridique imaginée dans le but d’assurer le droit d’un individu, même s’il est différent de la majorité, pensons juste aux personnes handicapées, afin d’éviter qu’il ne perde son emploi.

Bref, afin de privilégier l’intégration et prévenir la ghettoïsation. Pas étonnant que les accommodements dérangent les extrémistes de tout acabit!

Cela dit, tous les accommodements ne sont pas un trésor de subtilité. Ils frisent parfois l’imbécillité sinon la crainte de dire NON. Pensons justes aux décisions des conseils d’administration des YMCA pour l’histoire des fenêtres givrées ou des piscines pour musulmanes seulement. Ce sont eux, par naïveté de gauche ou par relent d’humanisme mal placé, qui acceptent de faire le jeu d’une rectitude politique à tout crin. Rectitude qui cache en fait un refus de l’affrontement éventuel.

Ces juifs hassidiques du Miles-End et d’Outremont, ne sont-ils pas de la même branche ultra orthodoxe qui a failli provoquer une émeute à l’occasion de la dernière Gay Pride en Israël?

On avait qu’à leur dire NON plutôt que d’accepter l’argent comme l’aurait fait le YMCA du Parc.

Idem, pour les musulmanes qui veulent des piscines séparées. La direction doit dire : NON.

C’est justement pour ne pas prêter flanc aux extrémistes qu’il faut savoir dire non à certains moments et oui à d’autres.

Céder aux extrémistes qui revendiquent des accommodements « déraisonnables » ne serait pas mieux que de refuser tout accommodement. C’est précisément en refusant les extrêmes que l’on peut le mieux appliquer les valeurs des Lumières : liberté, égalité et fraternité. Il s’agit d’affirmer notre civilisation dans ce qu’elle comporte de plus noble : la primauté de l’individu sur la barbarie collective. Ce principe qui interdit, chez nous, la peine de mort même si l’on sait que la masse, si on effectuait un sondage, la rétablirait demain matin à l’aube.

Oui il y aura affrontements. Il est évident qu’il se trouvera toujours des individus plus retors, plus extrémistes que d’autres pour tenter d’imposer leur intolérance.

Dire oui pour acheter la paix reviendrait à cautionner des cas où les femmes sont perçues comme des dangereuses tentatrices sexuelles. Cela serait dire oui à l’intolérance de ceux qui veulent un ordre passéiste, cela nourrirait ces groupuscules qui souhaitent une déstabilisation de notre société et de nos valeurs occidentales .

Il faut refuser les dictats intégristes de quelques uns sans sombrer dans la paranoïa envers la différence et jeter de l’huile sur le feu comme le font les extrémistes des deux camps dont la majorité n’a rien à crisser.

Bien sûr le multiculturalisme est un leurre. On a qu’à regarder la dérive anglaise et ses burquas dans les hôpitaux!

Mais en attendant le débat de société sur la laïcité, qui ne devra pas confondre séparation du religieux et de l’État à javellisation collective, il fait apprendre à dire non, calmement, quand c’est le moment.

Ainsi, ceux qui tentent de profiter des nos failles ne nous respecteront que davantage.

2 commentaires:

Dianerythmes a dit…

(silence)..Claude merci, merci pour avoir si bien mis les mots sur ce que je pense par rapport à l'accommodement raisonnable!C'est exactement ce que je pense,je croies profondément que lorsque l'être humain se respecte lui même, reconnais ses propre raçines,et en est fier, il peut alors parler d'ouverture sur le monde, mais pas avant d'avoir fait son proche cheminement pour se reconnaitre sois-même c'est ça se respecter "SOI",après on a plus de raison d'avoir peur car les raçines de la confiance en soi sont solide et il est donc plus facile a ce moment là de faire respecter NOS valeurs. Tout commence par SOI. Ça me fait penser, moi je suis éducatrice en CPE et tu sais je dois parfois mettre des limites et cela ne plais pas c'est évident ,mais moi je me reconnais dans mes valeurs, je sais pourquoi je pose tel ou tel limite et je ne suis pas mal avec ça et eux le sente et respecte mes valeurs ou mes consignes parce que MOI je me respecte... Voila c'est ce que je pense, tout par de soi..Merci Claude se fut tres intéressant de venir te voir..a bientot.xox

klod a dit…

Merci mille fois Diane. Je trouve tes commentaires constructifs et encourageants. Fort jolie voix, en passant...