mercredi 28 mars 2007

Un peu de maturité, que diable !

Parmi les privilèges et les plaisirs que me procurent mon boulot, il y a depuis peu celui, délectable, de me voir prêté une tribune afin d'y exprimer des opinions. C'est donc aujourd'hui que paraissait mon deuxième éditorial destiné au magazine La Voix au masculin. Cette nouvelle édition est ponctuée par l'arrivée dans ses pages du célèbre journaliste Franco Nuovo qui y officiera désormais en qualité de portraitiste. Pour le mois en cours, c'est la pétillante et pertinente papesse des ondes hertziennes Christiane Charette qui lui sert de modèle.

Mes compatriotes m’exaspèrent parfois. D’un côté on ne cesse de gémir contre la langue de bois et la rectitude politique qui aseptise tout, de l’autre on accepte sans broncher que les moutons noirs, qui disent parfois tout haut ce que ressent la majorité silencieuse, se laissent museler par une clique bien pensante qui détient le pouvoir ou par la démagogauche du Plateau.

Souvenez-vous, de ce qu’il était convenu, en 2000, de nommer « l’affaire Michaud ». Ce dernier, Yves de son prénom, sans qu’il ne puisse se défendre avait, pour la première fois en Occident, reçu un blâme sévère de l’Assemblée nationale pour avoir critiqué « les votes ethniques contre la souveraineté du Québec.»

Or, l’odieux de l’affaire était surtout que Michaud avait qualifié l'organisation juive B'nai Brith de « phalange extrémiste du sionisme mondial ». Ce qui renvoyait directement aux théories complotistes des agités du bocal de tout acabit façon Michaud.

N’aurait-il pas mieux valu confronter cet individu en face à face sur le terrain des idées plutôt que d’en faire un martyr ?

"Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire », aurait dit Voltaire dont la pensée a contribué à la victoire des Lumières contre l’obscurantisme. Hélas, on oublie.

Le cas Michaud est isolé, certes, mais ne se dirige-t-on pas de plus en plus vers un musellement des individus sans que personne ne s’en indigne ?

Au cours de la dernière campagne électorale, l’animateur de radio Louis Champagne a déclaré, en substance, sur les ondes de CKRS au Lac Saint-Jean, que les ouvriers ne voteraient pas pour des « tapettes » en faisant allusion au chef du PQ André Boisclair et au candidat péquiste de Jonquière Sylvain Gaudreault.

Bien sûr, le populiste animateur est un beauf abruti sans doute lui-même homophobe. Mais sur le fond, avait-il tort ? Qu’il ait été retiré des ondes pour avoir affirmé haut et fort une triste réalité que tous les types qui ont bossé en usine connaissent relève en quelque sorte d’une volonté de chercher un bouc émissaire plutôt que de regarder la réalité en face.

Qu’on le sanctionne, pourquoi pas ? La masse a toujours besoins de sacrifices pour retrouver sa quiétude. Mais qu’on balaie son propos sous le tapis….

Cela relève du comportement d’un adolescent qui, exaspéré de voir de gros furoncles juteux dans sa face, déciderait de fracasser son miroir. Est-ce que ses boutons disparaîtraient pour autant ?

L’animateur avait-il vraiment tout faux lorsque, dans sa lettre d’excuses publiée ensuite, il a parlé de cette clique d’artiste du Plateau qui visait, on s’en doute, surtout l’émission Tout le monde en parle… ?

Je ne ferai pas l’honneur à Champagne de se poser en chantre de l’antiracisme mais on se souviendra du passage du comique Dieudonné à la célèbre communion dominicale de notre religion cathodique. Dieudo y avait alors affirmé avoir été attaqué physiquement par derrière, donc, par nature, le crime avait été signé par des Juifs !

Notre autoproclamé « libre penseur » Guiya s’est esclaffé de cette bonne blague pour le moins douteuse à l’unisson en compagnie de ce grand défenseur des opprimés qu’est Pierre « hezbollah » Falardeau...

Il s’est avéré un peu plus tard que Dieudonné (ce que les observateurs savaient déjà) est un sympathisant avoué de l’antisémite et chef de l’extrême-droite française Jean-Marie Le Pen…

Pourtant, aucun opprobre n’a été entendu à l’endroit de Guiya et Falardeau. Serait-ce que les propos démagos, lorsque réputés de gauche, sont plus tolérables ?

Par ailleurs, c’est sans doute son controversé passage à la même émission qui a permis de donner des munitions symboliques aux adversaires du Doc Mailloux qui a été provisoirement radié par le comité de discipline des médecins il y a quelques mois.

Une mesure exceptionnelle qui a pour but d’empêcher qu’un médecin potentiellement dangereux ne fasse des victimes dans le cadre de son travail avant que le comité ne rende une décision finale.

Le coloré psychiatre n’a –t-il pas été, comme le rappelait fort judicieusement le columnist Yves Boisvert de La Presse, victime d'un châtiment qui relève surtout du délit d'opinion ?

Ce Bonhomme Sept Heures des ondes est certes un histrion qui recherche l'éclat des projecteurs par la provoc, mais il n'est pas le dangereux incompétent qu'on nous dépeint pour justifier son bâillonnement.

Le psychiatre n'a fait l'objet d'aucune plainte en 27 ans de pratique et le directeur de l'hôpital où il travaille s'est porté à sa défense.

Mais le petit jeu politique a fait son chemin. Le pouvoir médiatique des uns dérange souvent le pourvoir obscur des autres…

Note plus légère : souvenons ces fameuses déclarations d’ Alex Kovalev du Canadien qui a tout nié après avoir été assailli de toutes parts.

Avait-il tout faux ?

Après tout, que le jeune Guillaume Latendresse affiche un ego hypertrophié serait la plus naturelle des choses vu son jeune âge et le traitement de rock star qu’il reçoit des fans.

Et cela ne crève –t-il pas les yeux qu’il existe, comme dans toutes les communautés de la planète, des clans qui se forment au sein de l’équipe sur la base des affinités régionales ?

Soyons mature et interrogeons-nous sur le message plutôt que de sempiternellement attaquer le messager, que diable. Et questionnons-nous : existe-t-il dans nos contrées une langue de vipère condamnable et une autre très payante ?

17 commentaires:

klod a dit…

ceci est un test

Anonyme a dit…

Tu as bien raison kamarad klaud... à quelques nuances proches. Tout est dans la manière de dire les choses et dans l'intention. Nous savons qu'une partie importante de la population (surtout celle qui se sent menacée) aura tendance à se méfier des individus différents (lire les homosexuels, les juifs, les musulmans, etc). Dire cela c'est faire preuve de nuance sans tomber dans la morale. Mais dire que les ouvriers ne voterons pas pour une tapette ou un nègre ce n'est pas seulement dire tout haut ce que pense la majorité tout bas, c'est être en accord avec ce choix par le mépris dans la sélection des mots. Je peux constater que les pauvres ne votent pas. Je suis pas obligé de dire les BS ne votent pas ! Or ce manque de nuance que certains associent faussement à de la rectitude politique autorise le populisme le plus bête. Il y a un terme pour résumer tout cela: le gros bon sens ! Un gros bon sens qui se transforme parfois en radio-poubelle, parfois en vote pour l'ADQ. Faut-il se surprendre que Mario Dumont se soit opposé à la fermeture de la radio à Jeff Fillion ? Faut simplement nuancer. Au contraire de Martineau qui parle de censure, je dis plutôt que c'est l'absence de nuance en général qui frappe le Québec.

klod a dit…

À Fern: Merci de ton apport pertinent et enrichissant bro.


À Diane: où es-tu?

Pascal a dit…

Moi, ce qui me frappe, c'est qu'au Québec il n'y a plus de débat. Tu sais, ces joutes oratoires où les gens échangent des idées, parfois en élevant la voix, mais toujours avec intelligence.

On préfère insulter. C'est plus facile.
On préfère condamner sans procès. C'est plus direct.

Le manque d'argumentation et de vocabulaire me frappe. Est-ce pour cette raison que près d'un électeur sur trois s'est fermé la gueule lundi ? Le taux d'abstention a été le grand gagnant du scrutin. Mais on ne parle que du Tsunami Adéquiste (les journalistes, eux, ne manquent pas de vocabulaire imagé et de comparaisons douteuses...)

Salutations !

klod a dit…

Tu as parfaitement raison Pascal.

Peut-être est-ce imputable au fait que beucoups d'imposteur tiennent détiennent l'accès aux crachoirs...

Mistral a dit…

Je me suis emporté, l'autre soir, sur un précédent post: c'est pas ma faute, on m'a fait boire! Force m'est pourtant de constater le fort calibre des interventions que tu suscites ici. Fern, avec qui je disagree, et Pascal qui emporte mon adhésion enthousiaste. Ce dernier pose le problème en termes simples et urgents. Fern expose sa pensée fort clairement aussi: un sincère plaidoyer pour la rectitude langagière. Je ne crois pas que cette voie soit vertueuse ni porteuse de liberté, seulement de sécurité passagère, de paix sociale transitoire. Je crois que c'est un cul-de-sac. Mais tant qu'on pourra en discuter entre gens de bonne volonté, comme Fern, rien n'est perdu!

Ton post est brillant, profond, généreux, même s'il tait ton conflit d'intérêts. Si tu publiais seulement ceux-là, je ne m'emporterais presque jamais.

Mistral a dit…

Dis-donc, je constate en consultant les commentaires au post précédent qu'entre s'interroger sur le message et attaquer le messager, tu as, mine de rien, trouvé une troisième passe: supprimer tout uniment les messages. Original, pour dire le moins. Jamais personne ne m'a censuré avant toi. Toi qui as fait sortir ma voix de prison quand personne ne voulait l'entendre. Es-tu fier? Tu aurais tort. J'avais un peu honte de notre échange, mais j'étais prêt à l'assumer. Une partie de moi sait que tu l'as fait pour nous protéger, moi de mon ivresse et toi de ta sottise, mais l'autre répugne à reculer, et c'est la plus musclée. Tu m'as pas souhaité bienvenue seulement à jeûn. Tu m'imagines, te censurer? Don't do it again, brother. C'est tout ce qu'il me faudrait pour rouvrir mon blog.

Anonyme a dit…

C'est tout de même fascinant de constater comment les gens peuvent, parfois, comprendre les choses... Mistral, Fern ne dit pas qu'il faut remplacer la vulgarité langagière par la rectitude langagière mais la facilité par la nuance. Nuance! Pourquoi? Parce que, comme le dit le philosophe Edgar Morin, le monde est complexe. Plusieurs disent que le Québec est en train de tourner à droite. C'est plus simple que de dire que c'est le vote aux Verts et aux Solidaires qui a propulsé l'ADQ.

Dianerythmes a dit…

Allo klod...Je vous laisse débatre de ce sujet sans moi, car je suis plus thérapeutologue qu'autre chose et je ne mis connais pas autant que vous sur le sujet, mais sois sans crainte je te lis tout les jours klod...a bientot mon cher!...xox

Mistral a dit…

Évoquer un quelconque mépris dans la sélection des mots, c'est prôner la rectitude langagière. Je sais lire, Anonyme. Le mépris selon qui, et de quoi? Quel fumeux concept, arbitraire et subjectif et enceint de persécutions parfumées. Qui va choisir les mots parmi lesquels je dois choisir? Quelle engeance dégénérée va me dire à MOI quelle est la valeur morale de mes choix? En vertu de quel obscur système informe qu'on affublera du nom de Nuance? Z'avez intérêt à vous lever de bonne heure en tabarnak.

Capitaine Crouche a dit…

Allo Allo... le doc Mailloux ?

Anonyme a dit…

Je répète, Mistral, il ne faut pas confondre la nuance à la rectitude politique. La nuance c'est la précision des choses. Au nom de quel principe ? Celui de la raison objective. La rectitude dont je parle est celle de la connaissance et de la reconnaissance du monde tel qu'il est. Le mépris, c'est de réduire la réalité à ce que nous voudrions. Vous pigez ? Ce n'est pas une affaire de moralité. Vous refusez ce principe ? Tant mieux pour vous! Loin de moi l'idée de vouloir vous l'imposer bien que... ne change rien à la réalité objective...

Mistral a dit…

Ce principe, loin de le refuser, je le prône! Prétendez-vous que je m'exprime sans nuances et que je manque de précision dans l'expression de mes idées?

Qu'est-ce que votre raison objective, sinon un pléonasme. Un principe pléonastique? Non merci. Try again.

Anonyme a dit…

La raison est une faculté, Monsieur Mistral. Elle peut être objective, subjective, absolue ou relative. Par ailleurs, je dis que vous confondez moralisme et objectivité. La réalité est complexe. Il est plus facile de dire de dire que le PQ a perdu des votes parce que son chef est une tapette... et ensuite crier à la censure face à la critique d'une société politically correct.

Mistral a dit…

On a eu deux chances en vingt ans d'élire un jeune premier ministre du Québec intègre et idéaliste et sans liens aux mains. Mario Dumont, né en 1970. André Boisclair, né en 1966. On a préféré perpétuer l'imposture corrompue coutumière. Passer de Jean Charest à Pauline Marois. Qui réchauffe le siège pour Couillard. Vous savez quoi? Dumont n'était pas plus fasciste que Boisclair tapette. Boisclair est homosexuel, mais c'est pas une tapette: des tapettes, on en connaît des masses, d'hommes, dont le désir génital se porte accessoirement sur les femmes. Des moumounes, masculines, c'est la majorité, ça l'a toujours été. On découvre que chez les femmes aussi. Dumont, fasciste? Le Québec serait bien différent aujourd'hui s'il était demeuré au sein du parti Libéral autrefois, le temps d'y mûrir et d'en prendre la tête. Cet homme-là, nul ne sait ce qu'il aurait fait, mais on sait ce qu'il n'aurait pas fait: gouverner par corruption, rire du monde en pleine face, se foutre de sa fonction, se crisser de souiller son nom.

On pouvait pas salir Dumont avec les vieux trucs faciles: le sexe, la dope, etc... On l'a donc blasté sur son extrême jeunesse, les premières années, puis sur son supposé extrémisme de droite ensuite, et enfin quand son parti a fait élire quinze députés, on s'est gaiement mis à ridiculiser cette députation, l'industrie de l'humour faisant la job de bras de Québécor et Gesca qui cependant se lavent les mains à TVA, à Radio-Canada, l'alibi parfait, celui de Ponce Pilate qui n'a toujours pu être réfuté deux mille ans plus tard. Boisclair, on l'a grillé de manière encore plus mesquine, veule, hypocrite, honteuse: on a monté en épingle un épisode rapporté par un journaliste anonyme citant une source anonyme, au cours duquel il aurait sniffé de la coke un soir dans son bureau avec des amis quand il était ministre. Et à travers ça, puisqu'on ne pouvait pas politiquement l'attaquer explicitement en cette époque sur son homosexualité, on a fait des choux gras en suggérant qu'il s'agissait d'orgies de pédales droguées le soir venu dans la sainte enceinte de l'Assemblée Nationale.

Sa peau, c'est Marois, qui l'a eue. Et voilà: cette grotesque, stupide, insignifiante dondon est premier ministre du Québec. Va sans dire qu'on mérite pas mieux: c'est notre faute, après tout, si la démocratie veut dire quelque chose. Je serais tenté d'arguer qu'on mériterait pire, mais on me demanderait d'offrir un exemple de ce qui serait pire, et je saurais pas quoi dire.

claude andré a dit…

«La sainte enceinte» Ahahahah, je suis foule crampé Christian. Tu n'as pas perdu ton humour vif.

Mistral a dit…

C'est juste un jeu de maux, old boy.