jeudi 31 mai 2007

La banlieue rend phosphorescent


Billet satirique en forme de clin d'oeil dédié à Tonton Dan. La version «officielle» de cet édito est arrivée hier sur les présentoirs via La Voix au masculin. Comme le magazine prendra un virage gai et consommation dès le prochain numéro et qu'il sera désormais dirigé par l'équipe du Voir, concururent du Ici pour lequel je collabore depuis 10 ans, ce petit texte était ma dernière contribution à La Voix. J'en suis tout de même un peu triste mais Épik Épok survivra d'une façon ou d'une autre.

Dans le nouveau film de Denys Arcand, L’âge des ténèbres, nous vivrons dans la tête d’un écrivain qui s’imagine devenir star. En plus, paraît-il, de voir le zizi et les fesses de l’inénarrable et excellent Marc Labrèche, la caméra nous fera découvrir le « charme exotique » de la vie de banlieue, du moins si l’on se fie à la rumeur. Cela me rappelle un sondage publié en avril dernier : selon l’IRB (l’Indice relatif du bonheur), la ville de Repentigny, qui se classe bonne première parmi les 25 plus importantes villes du Québec (avec un IRB de 79,40), serait l’endroit où les gens sont le plus heureux. N’importe quoi…

Avez-vous vu la pièce Les Voisins de Claude Meunier, laquelle se déroule en banlieue? À un certain moment un personnage déclare : " Y’a-tu moyen qu’il n’arrive rien dans la vie? ". Voilà qui résume tout.

Juste à les voir, ces banlieusards qui viennent jouer les touristes à Montréal et assister à des shows d’humour, la seule idée de vivre en leur compagnie sucrée, tiède et vide comme du jus en poudre Tang, vous dégoûte à jamais.

Non mais qu’est-ce qu’ils sont ridicules avec leurs jeans «déchirures étudiées» et leur chandails clinquants lorsqu’ils attendent en ligne devant le restaurant « L’Avenue » sur Mont-Royal les dimanches matins, pour manger des œufs à $ 20

Et ils croient passer incognitos. Or, voyez-vous, la banlieue rend phosphorescents le pousseux-de-tondeuse-en-bas-blancs et sa silly-conne-aux-grosses-boules.

Au moins ils pourront désormais, ceux de Laval, venir nous faire rigoler en métro. Quoique beaucoup d’entre eux s’imaginent encore qu’il faut avancer en évitant de marcher sur les corps lorsqu’on se balade dans les rues de Montréal …

Pour moi, la banlieue, c’est ça : le summum du grand Rien.

Récemment, j’interviewais le jeune chanteur Alexandre Belliard qui, pour des raisons économiques, a choisi de s’installer sur la rive sud de Montréal. « Je me fais chier, me disait-il. C’est vraiment juste pour les enfants que je suis là. Il n’y pas de café ou de petit bistro pour retrouver les copains. Tu ne peux aller nulle part à pieds. Tu es toujours dans ta voiture. En fait, tu n’as qu’un choix : la maison ou le char, mais je ne pouvais plus vivre sur le Plateau où mon 4 1/2 me coûtait 850 $ par mois », raconte avec dépit celui qui a écrit un magnifique hommage au poète urbain Denis Vanier (La Star du rodéo) dont on peut voir un poème illustré sur un mur, dans le Village

Mis à part le cas de l’ami Belliard, la banlieue c’est aussi, très souvent, le degré zéro de la conscience écologique. Car les propriétaires de petits cottages drabes et gémellaires sont souvent titulaires de deux, quand ce n’est pas trois, véhicules. Sans compter les joyeux propriétaires de Hummer. Omer Simpson...

On les reconnait à leur façon de chercher une place de stationnement, le samedi midi dans le centre-ville, avec leur cellulaire vissé à l’oreille... après avoir, sans s’en rendre compte, failli occire deux ou trois cyclistes au passage.

Évidemment, sur le boulevard Taschereau, à Brossard, on n’est pas habitués aux trottoirs et aux piétons. L’endroit est tellement sinistre qu’il déprimerait même un Polonais.
Et leurs ridicules crachoirs. Imaginez si tous les habitants de Montréal possédaient une piscine hors terre dans leur cour! Sans parler de cette odieuse manie qu’ils ont tous, celle d’arroser leur entrée de garage pour y faire pousser de l’asphalte.

Moi je suis heureux, dans mon Miles-End. Je n’ai qu’à mettre le nez dehors pour jouir des effluves d’Europe de l’Est ou d’Afrique. J’ai mes habitudes au café italien dont le latté est si exquis qu’il remplace avantageusement l’alcool. Et cette épicerie pakistanaise, avenue du Parc, qui vous ensorcelle grâce à la musique magique qu’on y diffuse. Je pourrais parler de bien d’autres choses. De cette église au magnifique dôme de bronze dont le sous-sol a servi à la représentation clandestine d’un spectacle de la top formation Arcade Fire il y a quelques mois. De la tour de Babel du Boulevard Saint-Laurent. Des mots du poète Leonard Cohen qui suintent des murs de la rue Saint-Urbain.

Des filles qui, l’été, sont les plus belles de la planète.

Et puis moi, Mossieu, j’ai la chance d’avoir des voisins multicolores et bigarrés Ma vie n’est pas banale : je suis un miles-ender, moâ. Je suis snob et j’écoute en pédalant vers mon Mont-Royal une chanson de Katerine. Que vous ne connaissez pas, évidemment. Elle se nomme : Je vous emmerde…

19 commentaires:

Anonyme a dit…

Katerine
Le Plus Beau Jour De Ma Vie

Dans le kiosque à musique
On ne jouait pas
Juste la rythmique
Du bruit de mes pas

Encore au milieu de la nuit
Je pensais toujours à lui
Le plus beau jour de ma vie

Dans le petit restaurant
En bas de chez toi
J'entendais ton chant
Mais je n'écoutais pas

Devant la corbeille de fruits
Je pensais toujours à lui
Le plus beau jour de ma vie

Allongé sur le sofa
Nu sous la véranda
J'attends le début de la nuit

Dans mon automobile
Le long de l'océan
J'entendais immobile
La voix d'une enfant
Qui me disait tout bas
Que jamais ne reviendra
Le plus beau jour de ma vie

La grenouille a dit…

MDR! Wouah! T'es déchaîné, toi! Cristi, tu vas te faire garrocher des briques par les banlieusards ET les Polonais à écrire des trucs de même!

Bonne chance! loll

La grenouille

ps; merci pour le grand rire gras que tu m'as donné ce matin, ça commence bien une journée :-)

Anonyme a dit…

Petit blogue noyauté par la go-gauche branchée du plateau?

Anonyme a dit…

Trêve de poésie cette fois...
Comme un bonheur triste d’une soirée de juin douce comme l’embrun d’un soir de printemps.
Envahie dans mon My-Land , et j’y tiens, par une trâlée de télé-Ubi assoiffée de nos plates bandes fécondes, bonheur si simple à la vie, comme un baiser volé.
Et la fête reste le point commun de chacun, et la fête est triste pour chacun…du moins pour moi
Dis moi que je rêve et que demain matin, mon café chez Vito n’aura pas un goût acerbe et que la douceur de vivre de mon My-Land restera peu empreinte cette ribouldingue.
Je rêve….

klod a dit…

Merci chère amphibien. Bof, les Polacks sont trops saoûls pour me lire quant aux banliseusards, ils sont en train d'attendre sur les ponts.

Je sais enfin qui était l'auteure des très touchants poèmes sur les post précédents. Ému.

My-Land, simple et super façon de nommer le pays comme dirait Séguin et consorts.

Non, le My-Land reprendra ses droits dès today. Même que la petite boum d'hier était plutôt sympa, au final. On y reviendra.

La go-gauche? Bof, parfois c'est la droit-droite, surtout lorsque vous me faites l'honneur de votre présence cher Anonyme.

Anonyme a dit…

Ha oui... un indice alors!
Me semble y avoir panoplie d’anonyme, une gamme bigarrée…en somme. Tu t’y retrouves?
Mon omniprésence dans cette espace temporelle et aussi éphémère qu’un papillon érubescent et l’apothéose que vous me semblez apprécier ne se veut n’y de droite n’y de gauche mais plutôt fragmenté comme une pluie d'étoiles filantes, une nuit perseidienne.
100+

klod a dit…

La nuit perséides me rend effectivement confus, sauf votre respect. Je lâche prise et ne tente plus de deviner qui sont les auteurs des savoureux commentaires et/ou poèmes sur ce petit blogue en me disant qu'ils, qu'elles, voudront bien se manifester un jour, au moment qui leur conviendra. Ce moment ne saurait pencher ni à gauche ni à droite, tout comme moi.
En fait, ne le prenez pas mal, la personne à laquelle je songeais n'aurait pas écrit «n'y» alors qu'il fallait dire «ni» sauf, bien sûr, pour me mystifier. Si c'est le cas: total réussite.

Sara a dit…

De mon côté, j'adore les banlieues.

Car si elles n'existaient pas, toutes ces victimes du syndrôme "mon voésin y'a une criss de grosse tivi mais check ça, m'en va m'en acheter une plus grosse qu'la sienne" se retrouveraient à Montréal!

Penses-y...

La grenouille a dit…

MDR! Qu'est-ce que t'es baveux!

Parlant Polonais, j'ai remarqué, ce matin, que j'en avais sur mon blog! loll Oui! Oui! Vas voir "Sport et politique", c'est pas des farces! Z'ont pas l'air trop paquetés, même s'ils ont le paquet étalé :-)

La grenouille

Anonyme a dit…

Loin de moi l’idée de vous berner, mais plutôt une bévue due à mon inadvertance, une sorte d’aveuglement dans mon emportement.

Le 450 masqué a dit…

Salut pour TOUS, sans discrimination de 514 ou 450...

Les préjugés sur les grosses tivis de la banlieue valent bien ceux sur les gros culturés de Montréal..
Désolé de vous en parler mais, en passant, Montréal n'est pas une métropole culturelle mes tinamis.. certains auraient intérêt èa voyager un peu plus en dehors de leur carré de sable.. Montréal est l'équivalent de Philadelphie... même pas de Pittsburg dans le monde. Un gros bourg régional dans un des coins les plus paumés de l'Amérique du Nord. Voulez-vous des statistiques? Pas fort; rien pour s'exciter les poils du nez.

Et puis, c'est n'importe quoi ces idées préconçues Montréal-Banlieue.. La tondeuse? Détestez-tez vous le gazon à ce point? Alors pourquoi allez-vous sur le Mont-Royal? Est-ce la gang de Meunier et Messier qui vous a influençé à ce point? La pièce "les Voisins" vous a marqué? Demandez-vous comment vivent les auteurs de cette pièce maintenant.

Sachez aussi que la nature humaine étant ainsi faite, dès qu'on a un peu de fric on fuit les taudis à
1 000 dollars par mois... Au fait, connaissez-vous la fable de La Fontaine "Le renard et les raisins?" Instructif.

Mais, au fond, on s'ennuie peut-être encore de la rivalité Canadien-Nordiques, non?

LE 450 MASQUÉ !

klod a dit…

Bien envoyé 450 masqué.

Vous me demandez si je veux des stats... Mais l'amour mon, cher ami, ne se mesure pas en chiffre. Tenez, moi j'aime Montréal et m'ennivre des ses essences quand j'erre dans ses rues. Je lui fais la cour et la chante à l'aube, cette «femme du monde en running shoes». Et tant pis pour Platsburg ou Catimini.

Vous me parlez de nature humaine pour justifier le choix de la banlieue. C'est un peu comme si je vous disais que la nature humaine étant ce qu'elle est, l'homme et la femme souhaitent se rencontrer. Alors voilà pourquoi ils se rendent tous les vendredis au Lovers à Laval...

Sara: En fait, je n'ai rien contre les banlieusards et je suis bien d'accord avec toi. J'en ai surtout contre les ceux-là qui viennent à Montréal. On devrait non seuleument instaurer des péages mais également des pont-lévis (rires).

Appel à tous: De La Grenouille au 450 masqué en passant par la poète, quelqu'un peut-il me dire pourquoi la plupart des membres de mon très aimé lectorat qui me gratifient de leurs judicieux commentaires se vautrent dans l'anonymat. Il y a un émule de Freud dans la salle?

Anonyme a dit…

Se déceler, se dévoiler pourrait afficher une allégorie et la matérialiser.
Avons-nous besoin de cette vérité, la cabale est plutôt savoureuse voir même ensorcelante.
Restons apocryphe. La brise est délicieuse ainsi.
« L’anonymat garantit l’honnêteté » Le monde selon Garp
Tant qu’à Freud aucune rivalité possible…seulement la libre expression instinctive, une activité ludique, un jeu, une finalité sans fin.
100+

Anonyme a dit…

La banlieue, mon homme, c'est tout simplement le désir de l'individu de retrouver un peu d'intimité. Lâchez-moi avec vos analyses freudiennes.. pas compliqué ça... juste un peu de paix!

L'anonyme... discret en plus!

1200 a dit…

Klod, ton "Billet satirique en forme de clin d'oeil" est totalement savoureux....j'ai mal aux joues, pouhahaha...tu es un véritable feu roulant satyrique et on adore ça.
Que Dieu bénisse ta plume et tous les codes régionaux.
1200

klod a dit…

Ah, allo 1200. Merci. Alors, le grand changement à eu lieu?

Anonyme, Freud c'était pour l'anonymat, be cool. A+

Cricri a dit…

On dirait ben que t'a touché des points sensibles. Banlieusards, Anonymes....

Je suis banlieusarde, déjà été plateau-montréalaise. J'aime bien te lire et voir comment tu fais réagir les gens.

Pour ce qui est de l'anonymat, te souviens-tu d'une jeune femme qui avait la cheville cassée....

Si tu t'en souviens, anonyme je ne suis plus pout toi.

Salut Claude.

klod a dit…

Hélas, j'ai la mémoire qui flanche... aurais-je néanmoins droit à d'autres indices?

Anonyme a dit…

Salut camarade,

avec mes toutes dernières et aimables aventures, la banlieue m'a été d'un grand secours... Cela me convenait parfaitement comme refuge. Me fallait un tel endroit où m'épancher. J'y ai trouvé un lieu où mes belles et nouvelles amies se sentent à l'aise d'enfin pouvoir s'égosiller à leur aise sans déranger autrui, tout en donnant suite à mes tendres et urgentes parades amnoureuses !
J'imagine mal que puisse s'éclore le romantisme quand le voisin vous envoie un coup de balai dans le plancher pour faire cesser ce témoignage à son impuissance... celui d'un lit qui grince et qui le fait vraiment baver d'envie!

Pour ce qui est de "la demoiselle à la cheville cassée" (on dirait un titre de roman de la Comptesse de Ségur !) je suggère qu'elle nous donne plus de détails sur son identité, seulement pour amuser ces friguants banlieusards à la recherche du temps retrouvé... au fond de la chaise longue! Allez, dévoilez-nous vos secrets les plus secrets, chère coquine!

Amicalement,
Tonton D.