samedi 13 février 2010

Spécial St-Valentin (2) : Entretien avec Roger Tabra


Auteur notamment de la chanson Mon ange et de nombreux autres tubes pour Éric Lapointe, Dan Bigras ou Diane Dufresne, le parolier Roger Tabra est sans contredit passé maître dans l’art d’utiliser les mots.

Séducteur accompli, il dévoile avec ses habituelles absences d'autocensure et de rectitude ses façons de procéder pour séduire une femme.

Je t’ai vu souvent Roger parler à des femmes pour ensuite apercevoir leur regard s’illuminer…
Je crois que la force des gens comme moi, c’est de leur dire ce qu’elles ont envie d’entendre. Il y a une femme qui m’a dit un jour : « Ce qu’il y a de bien avec toi, c’est que chacune d’entre nous est unique. » Et c’est vrai que chaque fille est unique. Même si je lui dis la même chose, je ne le dis qu’à elle. La séduction, je crois, consiste à dire ce que je pense mais sans faire des accroires.

Comment t’y prends-tu? : « Je n’ai jamais vu une femme comme toi? »
Ah! non. Je ne m’y prends pas de cette façon pour une raison simple : j’ai appris avec le temps que les femmes savent d’avance ce que nous voulons. Elle sait très bien que tout ce que tu vas lui dire, c’est pour baiser avec elle. Et peu importe ce que tu feras : les gentillesses, la poésie, la cuisine… elle se dira : « toi, je vais te dire oui ou non. Alors arrange-toi pour que je dise oui. Amuse-moi, sinon c’est moi qui m’amuserai pendant toute la veillée. Et je m’amuserai des mois avant que tu m’aies, si jamais tu m’as». C’est là qu’il faut être un grand séducteur afin de séduire malgré cette certitude qui l’habite.

Et ensuite?
Mon jeu est d’être plus fort que cette volonté-là. C’est de dire : « J’en ai rien à foutre de toi! » Au cours d’une discussion qui peut durer des heures sur Karl Marx ou n’importe quoi, lui dire au bon moment : « À part ça, j’ai envie de toi », puis revenir avec « Marx disait… ». La fille est totalement déstabilisée. Elle se demande : « Qu’est-ce que je lui réponds? » Bref, il faut qu’on se présente avec un filet à petites mailles pour qu’elles ne s’échappent pas.

Et tu joues beaucoup sur le second degré?
Bien sûr, si je dis à une femme que j’aime Renoir, elle est censée savoir pourquoi — il peignait surtout des femmes rondes. L’idée étant, à supposer que mon interlocutrice soit ronde, de suggérer que j’aime ses formes. Il y a quelque chose qui va s’éveiller chez elle du genre : « Il aime les œuvres d’art, je suis une œuvre d’art à ses yeux. »

Déclames-tu des poèmes à certaines femmes?
Non, je ne sais pas faire ça.

Mais les textes de tes chansons, c’est un peu ça non?
Quand j’écris une chanson, c’est une lettre privée que je codifie et que je rends publique. J’écris sur la mort, la vie et l’amour. Dans chacun de mes textes, il y a au moins une phrase qui est directement liée à une personne qui m’a parlé et qu’aucune autre ne peut lire. Cependant, il peut y avoir quatre phrases pour quatre femmes différentes dans le même texte et chacune, à des kilomètres de moi, dira : « C’est pour moi. »

La séduction pour toi, c’est donc par les mots…
Quand tu n’es pas Alain Delon ou Brad Pitt, c’est bien de les avoir. Un jour, j’ai dit à une fille qui me parlait de la beauté : « La seule différence entre Alain Delon, Brad Pitt et moi, c’est que moi je vais rentrer avec toi. Pas lui. Lui, il s’en fout de toi. Il n’en a rien à cirer de toi, alors que pour moi, tu es tout. Alors choisi : ou tu es tout pour moi ou rien pour lui. » En général, elles choisissent vite (rires).

Demain, un point de vue féminin.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Roger Tabra...et bien! j'en avais entendu parler d'une copine italienne chanteuse, mais là, ça confirme tout!
Anne Campagna