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vendredi 1 octobre 2010

Le sens des valeurs

Le sens des valeurs


Reçu cette semaine un coup de fil de tonton Lulu. Heureux comme un paon devant un miroir géant, m’a lancé en m’interpellant par mon surnom
d’enfant :

— Junior, ça fait un moment qu’on s’est vus. Figure-toi donc que la greffe de cheveux que j’envisageais, c’est fait! Ça m’a fait mal en tabarnak, j’ai déboursé 5000 $ mais j’ai l’impression d’avoir rajeuni de 10 ans, m’a-t-il raconté au bout de l’onde.

— On devrait aller dans un « bar rencontre » pour tester ta nouvelle crinière de lion, je lui ai répondu.

Jeudi dernier. Fin de journée. Sous le soleil exactement, au beau milieu d’une terrasse d’un célèbre bar à drague de Saint-Sau. Tonton qui avait l’air d’un sexagénaire se pointe en affichant maintenant sa fière, chevelue et réelle cinquantaine. Je le complimente, il sourit. Nous discutons de choses et d’autres lorsque soudainement une dame, genre couguar « bleachée » arborant poitrine rebondie et talons assassins, s’approche de notre table.


« Je peux me joindre à vous? », lance la quinquagénaire plutôt bien roulée en s’adressant à tonton, un homme qui sait si prendre avec les femmes, lui qui a longtemps œuvré comme vendeur de soutiens-gorge La Senza et autres promesses d’alcôves…

— Évidemment! Prenez place!

La discussion à trois se poursuit pendant une bonne demi-heure, mais tonton semble soudain légèrement agacé par l’ambivalence présumée de Miss Terrasse.

— Je vous écoute là, vous semblez hésiter entre Junior et moi. C’est tout à fait légitime et je respecte ça. Mais disons que si vous me choisissez, mettons, tsé… et bien, je vais devoir vous payer au moins deux ou trois drinks. Ça va me couter autour de 30 $. Et je ne sais même pas si vous faites bien l’amour!

Ensuite, nous irons au resto. Ça va me couter un bon 200 $, c’est assuré. Puis après, car je vous regarde-là, vous n’êtes pas du genre à aller au Motel Canada, han?, alors ça va me couter un autre 200 $ pour une chambre à l’hôtel et j’ignore toujours si vous faite bien l’amour!

Mais si je rentre chez moi et je me call du St-Hubert, ça va couter 11 et 99. Ensuite, je feuillette les annonces dans le journal et je me commande une fille. Une heure plus tard, elle arrive. Je lui donnerai un morceau de poulet et une patate, elle s’en ira ensuite et en plus, je ne manquerai pas ma game à la télé!

Miss Terrasse s’est enfuie, outrée. La serveuse, qui suivait la discussion s’est esclaffée. Nous a refilé une tournée gratos et tonton est reparti avec son numéro.

C’est bien parfois d’avoir encore le sens des valeurs.







mardi 7 septembre 2010

Bienvenue, la taxe !

Début septembre. Plusieurs d’entre-vous avez récemment emménagé dans une nouvelle maison, à moins que vous ne soyez en train de gosser la toiture de votre nouveau chalet. Dans l’azur, les oiseaux gazouillent et le soleil danse.

Tout semble parfait dans le meilleur des mondes, mais une petite enveloppe au contenu suspect vous attend dans la boite aux lettres : la tristement célèbre « taxe de Bienvenue ».

S’il y a une taxe qui fait sacrer, c’est bien celle-là. D’autant plus que, même si on emménage dans la même rue, mais sur le trottoir d’en face, on n’y échappe pas! Un peu comme un mal de dents, une ex emmerdeuse ou l’herpès, ça revient toujours.

Même pas subtile, on se dit qu’en plus d’être carrément abusive, elle est foncièrement baveuse (la taxe, pas l’ex, quoique…). Se faire souhaiter la « bienvenue » avec un manche de pioche ne serait pas plus antipathique. Non mais quoi encore? Pourquoi pas la taxe du « Gros colon » pendant que nous y sommes? Ou, plus politiquement correct, la « taxe du nouvel arrivant » pour faire multiculturel?

Pourtant, la taxe dite de bienvenue compte parmi ces hasards qui font le charme parfois ironique du quotidien. Un peu à la manière de ce salon funéraire T. Sansregret ou de la caserne de pompier dirigée par M. Legrand-Brûlé !

En fait, la « taxe de mutation », car tel est son vrai nom, a été instaurée sous le gouvernement de Robert Bourassa en 1976 par le ministre Jean Bienvenue.

Un homme qui a toujours su faire parler de lui...

Devenu juge après la défaite du Parti Libéral en 1976, Jean Bienvenue a encore une fois réussi à souligner son passage au crayon gras.

Alors qu’il était magistrat dans un procès pour meurtre à Trois-Rivières en 1995, l’honorable homme de loi déclara, à l’accusée Tracy Théberge, lors du prononcé de sa sentence après l’avoir reconnue coupable du meurtre de son mari  :

« Lorsque la femme s’élève dans l’échelle des valeurs de vertu, elle s’élève plus haut que l’homme […] mais […] lorsqu’elle décide de s’abaisser, la femme, elle le fait hélas, jusqu’à un niveau de bassesse que l’homme le plus vil ne saurait lui-même atteindre! »

Et l’ancien juge de poursuivre : « Même les nazis n’ont pas éliminé des millions de Juifs dans la douleur ou dans le sang, ils ont péri sans souffrance dans des chambres à gaz… »

Parlant de juges, nous apprenions à la fin juin qu’il se tiendra non pas une, mais deux commissions d’enquête sur le processus de leur nomination. Processus, on s’en souvient, remis en cause de l’ex-ministre libéral Marc Bellemare.

Outre celle mise en place par le gouvernement libéral et présidée par Michel Bastarache, la seconde enquête a été lancée en parallèle par le Barreau du Québec qui, manifestement, n’a pas confiance en la première.

On se demande bien pourquoi…

samedi 28 août 2010

Chronique estivale

L’arrière-train


Dimanche dernier. Saint-Hippolyte. Week-end savoureux chez des amis malgré les Gino fluo qui, sous le soleil de midi, débarquaient leur yacht de leur 4x4. Juste à côté des enfants qui batifolaient dans la petite baignade aménagée du Lac Achigan. 

La veille, promenade dans le village et autres flâneries dont, subrepticement, la recherche de Réjean Ducharme. Mes amis artistes, qui habitent une maison ayant servi au film Les Bons débarras, dont le célèbre écrivain fantôme a écrit le scénar, m’assurent que le génial écrivain québécois contemporain y coulerait des jours paisibles en compagnie de son alter ego, Roch Plante. Le pseudo qu’il utilise pour signer ses œuvres sculpturales.

C’est aussi dans ce village que vivait William Fyfe. Le plus « prolifique » tueur en série que le Québec ait connu. Le type, qui avait le sens de l’appartenance et faisait dans le bénévolat au village, n’aurait cependant choisi aucune de ses neuf victimes dans son patelin mais seulement en périphérie.

Pour le retour en ville, dimanche soir, me suis fait reconduire à la gare centrale de Saint-Jérôme, vu que la gracieuse dame qui m’avait gratifié d’un lift la veille, une amie de mes hôtes, a choisi de poursuivre sa cavale vers Lanaudière, plutôt que de rentrer en ville comme le font habituellement les gens normaux.

17 heures, quai n° 9, bus. Dépose mes 4 $.

Vieux réflexe rock-and-roll, me dirige dare-dare vers l’arrière-train. Prend place devant un Black qui arbore les couleurs du Sénégal et une tuque de rasta. Tête sympa, j’engage la discussion en lui demandant si le Ghana, dernier pays africain encore dans la course à la Coupe du monde de soccer, a vaincu les États-Unis. Sourire d’ivoire grand comme le bar du Ritz.


Puis mon type me raconte qu’il vient de passer un super week-end avec une maman top roulée de 42 ans qu’il a rencontré sur Badoo. Un site internet, m’assure-t-il, très foisonnant en la matière. La fille s’appelle Lafleur. Ça tombe pile, le mec, Seydina, est botaniste. Il travaille pour une pépinière et fait dans le déneigement l’hiver. « L’été, je travaille au noir et l’hiver, je travaille au blanc! », s’esclaffe-t-il avant de me montrer sur son iPhone des photos de ses potes à Dakar.


Entre autres confidences, il m’évoque sa peine d’amour, suite à sa rupture récente avec une superbe jeune Japonaise qui ne voulait plus vivre ici.

Puis, le fan de Marley me demande si j’aime fumer du pot. Farfouille dans son sac et me tend la main. Petite boulette parfumée de fous rires enveloppée d’aluminium.

Le bus s’immobilise à un arrêt. Deux types mi quarantaine montent. Visiblement éméchés, s’assoient près de nous. L’un d’eux dégage cet effluve particulier qui laisse deviner une cigarette allumée, puis éteinte. Le plus saoul du duo s’enquiert du temps qui reste avant le métro Montmorency. Je l’ignore. Puis, je questionne son chum de brosse qui semble désabusé au sujet du billet de contravention qu’il tient à sa main et ne cesse de relire.

— Une ostie de ticket de tabarnak! Je me suis fait arrêter parce que je buvais une bière, câlice! Ça va me coûter 75 $!

Me file le billet : « Avoir consommé une boisson alcoolisée dans un endroit ouvert au public. » L’amende monte à 50 $, plus 25 $ piasses de frais!

Ça se passait derrière le dépanneur où la bibine a été achetée, mais le type se croyait dans un parc. Ce qui de toute façon n’eût rien changé à l’infraction.

Lui demande pourquoi il n’a pas proposé au flic de la vider en échange de sa clémence.

— C’est ce que je lui ai dit : « Attends, je vais aller la vider là, dans le canal. » Il m’a répondu : « Au prix que ça va te coûter, t’es aussi ben de la boire au complet! »

Lui ai suggéré de contester la contrav’ en cour, où il n’aurait qu’à prétendre qu’il avait substitué de l’eau à la bière après s’être enfilé le houblon interdit chez des gens. Il m’a jeté un regard incrédule!?!

Un peu plus tard, le bus est arrivé devant la grande roue et le théâtre à ciel ouvert, qui crèchent à l’orée du métro.

J’ai salué mon rasta. Me suis engouffré dans le souterrain, puis me suis engagé dans le dernier wagon du métro. C’est alors que les deux mêmes gars saouls sont arrivés en titubant.

— C’t’une ostie de bonne idée ça, man, changer la bière en eau. Comme Jésus mais à l’envers, m’a lancé le serial drinker.

Lui ai adressé un sourire en me félicitant, dans mon for intérieur, d’avoir encore le réflexe de toujours m’asseoir dans l’arrière-train.

Cette chronique a d'abord été publié «Sous le soleil exactement», le nom de ma tribune d'été dans l'hebdo Accès Laurentides.