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mardi 20 mars 2012

Un film sur Jodorowski

Alexandro Jodorowski. 


Ré-évolution poétique

«Trouver ses valeurs intérieures et enrichir le monde plutôt que de le salir…»,  Alexandro Jodorowski

Il y a un an, en mars 2011, le célèbre artiste pluridisciplinaire Alexandro Jodorowsky a séjourné à Montréal afin de prononcer quelques conférences grâce à l’initiative de François Gourd lequel a reçu le soutien logistique et financier du sculpteur Armand Vaillancourt.

Une soirée hommage composée de performances éclatées avait alors été organisée pour celui que l’on surnomme Jodo. Personnage culte d’origine chilienne, cet inclassable artiste porte les casquettes de cinéaste, bédéiste, comédien, psychomagicien, mime et  écrivain. 

Le documentaire Alexandro Jodorowsky Grand Rectum de l’Université de Foulosophie signé Matthieu Bouchard et François Gourd, immortalise cette semaine aussi sautée qu’historique.


Monsieur François Gourdorowsky, auriez-vous la gentillesse de nous décrire votre film ?
C’est un film qui rend heureux. Ceux qui l’on vu me le disent. Les ingrédients ? Un homme extraordinaire qui a toujours utilisé la créativité et l’art pour guérir le monde. Moi ça m’a guéri.

À quel moment François avez-vous découvert l’homme et son œuvre ?
En 1972 et 1974 avec la sortie de ses films El Topo et La Montagne sacrée. Après ça a été via ses bandes dessinées car il est un incontournable du 9ième art. À Montréal, quand je faisais la publicité pour sa venue les jeunes punks me disaient : « Ah Jodo !  L’incal, les Méta-Barons…» Il y a une dizaine d’années, j’ai lu sa biographie La danse de la réalité. On y découvre son parcours magnifique. C’est lui qui, notamment, a inventé le théâtre de la guérison, la psychomagie, les adaptations des méthodes de chamans…

Cette psychomagie, contrairement à ce qu’on pourrait penser d’emblée, est basée sur quelque chose de scientifique comme les travaux de Jung par exemple, non ?
Oui. En fait, lorsqu’il est venu à Montréal plusieurs docteurs et de gens qui travaillent dans le milieu de la santé sont allés le voir car il repousse les limites de la guérison. Nous qui l’avons accompagné, nous voyions vraiment, et je ne sais pas trop ce qui ce passe, que ça marche. Les gens viennent, il leur fait un petit tarot, et ils repartent délestés d’un problème psychologique.

Dans votre film, on peut percevoir que Jodo semble utiliser les tarots de façon métaphorique et non pas comme s’il s’agissait de signes annonciateurs de l’avenir comme le font pléthore de charlatans…
C’est un moyen. Il a fait des recherches très fouillées à ce sujet. Ce  qui a donné lieu à un imposant ouvrage Il utilise le tarot comme d’autres le Yi-King, c’est un prétexte. Nous pourrions établir un parallèle avec la façon dont les médecins chinois prennent le pouls des gens pour en arriver à formuler des constats du type: «ton foie qui est faible». Jodo, il scanne les personnes. Et puisque nous sommes tous plus ou moins blessés par 2000 ans de bêtise humaine, il s’avère facile pour lui de trouver l’endroit où, sur le plan émotif, les gens sont marqués.

Qu’est-ce qui vous a le plus étonné en côtoyant Jodo au quotidien ?
La puissance insoupçonnée de son aura. C’est un véritable chaman, encore aujourd’hui, à 82 ans.


                                            Extrait de La Montagne Sacrée de Jodorowsky

jeudi 16 février 2012

Denis Côté cause des Rendez-vous

J'ai eu le bonheur de rencontrer récemment, pour le quotidien Métro, mon ex-collègue des belles années de l'hebdo culturel Ici, le cinéaste Denis Côté, histoire de causer de son dernier film Bestiaire. 


Une oeuvre «interactive» tournée au Parc Safari qui ouvrait hier la 30e édition des Rendez-vous du cinéma québécois (RVCQ).


Voici trois questions. 


Ça te fait quoi d’ouvrir les RVCQ?
Dominique Dugas, programmateur du festival, est un vieil ami que j’avais déjà invité dans ma salle de montage pour obtenir son avis sur mes autres films. Il est venu encore une fois pour Bestiaire. On s’est alors mis à discuter sur l’idée de présenter ce film en clôture, tout en se posant une question : n’était-ce pas trop couillu? Il m’a dit : «Je te reviens là-dessus», pour finalement me lancer : «Qu’est-ce que tu penserais de l’ouverture?» 
J’ai répondu : «Non », comme le producteur et le distributeur. Pas parce qu’on ne voulait pas, mais on a pensé que cela ne faisait pas tellement vedettes et tapis rouge. Surtout pour un trentième anniversaire. Dominique est revenu à la charge : «Nous avons fait certains choix dans le passé que nous n’aurions peut-être pas dû faire et là, c’est le moment de mettre notre poing sur la table et d’affirmer haut fort quel genre de cinéma on a envie d’encourager.» Je me suis tu un instant, puis j’ai dit : «Bravo pour votre audace.»


Fier de ton coup alors?
C’est sûr que je ris un petit peu. Quand j’ai présenté Curling en clôture du Festival du Nouveau Cinéma (en 2010), ça allait, c’est un film narratif. Mais là, de voir 700 à 800 personnes, assez proches de l’industrie, un petit peu prises en otage avec ce film-là, est une expérience que je veux vivre. Et cela n’a aucun rapport avec le fait que j’ai réalisé ou non ce film (sourire).

Une anecdote liée au RVCQ?
J’ai présenté un film à chaque Rendez-vous depuis les 14 dernières années. Je suis probablement le cinéaste le plus abonné à ce festival, qui n’a refusé qu’un seul de mes films, à mes débuts, alors que j’étais encore inconnu. Et ce n’est pas parce qu’on fait une entrevue que je le dis, mais j’ai toujours pensé que ce festival était le mieux organisé à Montréal. Ça marche tout le temps, il s’y passe toujours quelque chose d’unique. Un film que je souhaiterais rattraper? Je vais aller voir Marécages de Guy Édoin.


jeudi 26 janvier 2012

Haywire/Piégée

Gina Carano profite d’une crédibilité que ne possédait pas, par exemple, Angelina Jolie dans Salt.

Corps accords

L’ancienne championne du monde de MMA (Mixed Martial Arts), Gina Carano, réussit sa première percée au cinéma dans un film pop-corn dirigé par le très respecté Steven Soderbergh et dans lequel on retrouve Michael Douglas, Antonio Banderas et Michael Fassbender.


Claude André

L’arrivée d’un nouvel long-métrage signé Steven Soderbergh, l’homme derrière Sexe, mensonges et vidéo, Erin Brockvich, Traffic ou le diptyque Che, soulève toujours beaucoup d’enthousiasme.

Ajoutez à cela la perspective de découvrir une nouvelle actrice, spécialiste des arts martiaux, et une histoire de missions secrètes au profit du gouvernement américain, et vous avez là de bons ingrédients pour fabriquer un film d’action des plus haletant.

Dès le départ, une scène de combat avec son ancien partenaire (et amant) dans un restaurant perdu au bord d’une route donne le ton : on nous présentera cette héroïne comme la nouvelle (et féminine) spécialiste des assauts à la Van Damme ou Chuck Norris.


Après avoir été piégée par son ancien patron et petit ami dans ce resto, Malory Cane (succulente Gina Carano, malgré un registre qui semble limité) prend la clé des champs avec un jeune client, propriétaire d’une voiture de sport qu’évidemment elle pilote en experte.

Tout au long leur cavale, rythmée par une musique qui sonne télésérie seventies, elle mitraille, dans un récit aux dialogues souvent niais mais parfois teinté d’humour, les rebondissements de ses missions qui nous transportent à Barcelone, à Dublin et au Nouveau-Mexique.

Endroits majestueusement mis en images par Soderbergh qui, comme il le fait régulièrement, signe la direction photo sous un pseudonyme (les noms de son père et/ou sa mère lorsqu’il fait aussi le montage).

Hélas, comme cela est souvent le cas avec les films d’arts martiaux, le scénario écrit par Lem Dobbs (Kafka, L’Anglais) est truffé de trous et, dans ce cas-ci, inutilement tarabiscoté!

Scènes de combat

Qu’à cela ne tienne, les scènes de combat, très brutes et dépourvues d’instants suspendus dans les airs comme cela était encore la mode il y a peu, sont particulièrement réussies. Soderbergh nous captive en juxtaposant, notamment, les sons lourds des armes à feu à celui des corps qui s’entrechoquent. Sans parler des vertigineuses poursuites sur les toits urbains.

À la fois sexuellement féminine et sportivement virile, la nouvelle héroïne – qui n’a pas eu à passer d’audition pour obtenir ce rôle, tant elle irradie dans une cage MMA – devrait s’imposer parmi les vedettes du genre. D’autant plus qu’elle profite d’une crédibilité que ne possédait pas, par exemple, Angelina Jolie dans Salt.

Et ça ne fait que commencer…

Avec sa fin ouverte, où l’on retrouve un Antonio Banderas en diplomate espagnol ébahi de d’apercevoir notre héroïne, alors qu’il pensait se la couler douce au soleil, Piégée/Haywire annonce une suite aussi imminente qu’évidente.

Soderbergh retournera-t-il d’ici là au vrai cinéma?

***

Piégée, la version française doublée au Québec de Haywire, est actuellement à l’affiche.

Ce texte a d'abord été destiné à l'hebdo Accès Laurentides. J'en profite pour souhaiter tout le succès du monde à son ancien rédacteur en chef Éric-Olivier Dallard dans ses nouvelles aventures à la tête de son tout dernier rejeton :  Hebdo Floride.





mercredi 18 janvier 2012

Nous avons acheté un zoo

Scarlett Jonhansson et Matt Damon, deux stars pour un film familial.

Bouillon de poulet pour l’âme

Nous avons acheté un zoo, « film bonheur » à la fois sympathique, convenu et divertissant.

Claude André

Après les aventures jamesbondesques du personnage Jason Bourne qu’il incarne avec autant de virilité que de souplesse, le célèbre acteur Matt Damon se la joue belle gueule sentimentale dans ce long métrage inspiré d’un fait réel tiré des mémoires du Britannique Benjamin Mee. Et, chose rare dans ce genre de film familial, Damon est flanqué d’une autre grande star hollywoodienne : la charismatique et sublime Scarlett Johansson.

Plutôt que de se laisser abattre après le décès de sa femme, qui était atteinte d’une tumeur au cerveau, un père de famille décide de déménager afin de ne plus vivre dans un environnement qui rappelle sans cesse la présence de celle qu’il aimait. Sans compter que son ado de fils (Colin Ford, correct) semble en voie d’emprunter une très mauvaise pente à l’école et que sa fillette de sept ans (Maggie Elizabeth Jones, craquante) se sent mal à l’aise dans cette maison où règne le souvenir de sa mère.

En cherchant une nouvelle demeure, le papa, un ancien journaliste aventurier, déniche une très chouette propriété à vendre. Bingo! En prime, elle vient avec des animaux exotiques dont il faudra assurer la survie, car il s’agit… d’un zoo laissé à l’abandon!

En compagnie des employés du lieu – qui travaillent encore, bénévolement, à assurer le bien-être des animaux, plus sympathiques les uns que les autres –, la petite famille devra apprendre à surmonter le deuil, mais aussi à vivre en compagnie de bêtes exotiques dont le moral ne semble pas au beau fixe non plus.

Mais ce n’est pas tout, un vilain inspecteur semble déterminé à faire couler cette arche de Noé des temps moderne tandis que, la nature humaine étant ce qu’elle est, une employée médisante colporte des rumeurs démotivantes.

Heureusement pour nos héros – et du coup pour nous, spectateurs attendris –, même depuis l’au-delà, maman veille toujours au bien-être des siens.

Zoothérapie

En mêlant les éléments de la zoothérapie (il faut voir ces animaux dans cette campagne magnifique), à ceux du genre feel good movie, le réalisateur Cameron Crowe (Jerry Maguire, Un ciel couleur vanille, Presque célèbre) ne prend pas de risque en distillant de façon efficace, mais sans grande inventivité, les éléments propre au genre : émotion, humour, inattendu, rythme (bien que le film dure deux heures) et sens de l’humain fédérateur.

Arrivé dans la foulée de films bonbons du temps des fêtes, Nous avons acheté un zoo et sa morale bon enfant, qui pourrait se résumer à : « il faut 20 secondes de courage dans la vie », plaira quasi assurément à vos enfants.

Comme en témoigne d’ailleurs l’enthousiasme de la gamine de 8 ans l’auteur de ces lignes qui lui a accordé un très souriant (et surévalué) 5 étoiles sur 5. C’est-à-dire une de plus qu’au film événement Les aventures de Tintin : le secret de la licorne!

Ce texte devait être publié plus tôt mais pour des raisons hors de mon contrôle cela n'a pas été possible. Le film est encore néanmoins à l'affiche dans quelques salles.



mercredi 28 décembre 2011

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, remake réussi pour Millénium

Les hommes qui n’aimaient pas les femmes


Noir de couleurs


Moins vaporeux et plus léché du point de vue esthétique que sa mouture suédoise d’origine, la nouvelle version du premier volet de la trilogie Millénium réalisée par David Fincher est un triller dramatique haut de gamme qui répond aux lourdes attentes.

Et alors, la nouvelle Lisbeth Salander? Alors oui, la jeune Rooney Mara (The Social Network) relève le gant avec maestria en s’attaquant à ce personnage fortement identifié à sa créatrice à l’écran, Noomi Rapace.

Aussi intelligente, torturée, sauvage et rebelle, quoique moins violente que la première, la seconde dégage une sensualité plus sauvagement chargée que ne le faisait Rapace. Ce qui est, sans aucun doute, imputable à la réalisation de David Fincher. Un réalisateur rock (Fight Club, Seven, The Game et les oscarisés L’Étrange Histoire de Benjamin Button et The Social Network) reconnu pour son côté sombre et violent qui n’a pas hésité à intégrer la bisexualité de l’héroïne de la célébrissime trilogie signée Stieg Larsson.

Côté mec

Le fils de pub Fincher, qui accorde une importance maniaque à l’esthétique a fait appel à Jeff Cronenweth à la direction photo (il faut voir les magnifiques images aériennes de Stockholm, ainsi que celles à la fois captivante et inquiétante de l’île où l’action se déroule), nous dévoile un Mikael Blomkvist (Daniel Craig, alias James Bond) plus charismatique et gauche caviar que ne l’était son premier interprète plus bourru (Mickael Nyqvist).

Adaptation resserrée

Avec davantage de moyens pour reconstituer et rendre intelligibles les scènes du passé, cette nouvelle adaptation prend quelques largesses avec le roman et s’intéresse plutôt aux personnages qu’à l’intrigue.

Qu’à cela ne tienne, elle vous scotchera à votre siège pendant les 2 heures et 40 minutes que dure le film.

Et cela grâce aussi à l’adaptation très resserrés des quelque 600 pages du tome 1 par le scénariste Steven Zaillian (La liste de Schindler, Gangs of New York), magnifiée par la démentielle et entrainante musique de Trent Reznor et Atticus Ross.

Rappelons que le film raconte l’histoire du brillant journaliste d’enquête de la revue Millénium, Mickael Blomkvist, qui, après une bourde, se voit accusé et condamné pour diffamation en raison d’un article qui révélait les activités criminelles d’un homme d’affaires véreux.

Afin d’éviter à son magazine d’en porter l’odieux en s’effaçant de l’actualité, Blomkvist accepte la proposition du patriarche d’une riche famille d’industriels de se rendre sur une île afin d’enquêter sur la disparition, 40 ans plus tôt, d’Harriett, sa fille adolescente, dont on n’a jamais retrouvé aucune trace. Lisbeth Salander, une jeune geek au look gothique qui avait déjà enquêté sur Blomkvist, deviendra son indispensable assistante.

Feel bad movie paradoxalement jouissif et dénonciateur, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes devrait figurer un jour au palmarès des grands films noirs américain et vous ravira au plus haut point.

Présentement à l’affiche au cinéma Pine de Sainte-Adèle et au Quartier Latin à Montréal.
Merci au à l'hebdo Accès qui a publié ce texte dans son édition de cette semaine.


mercredi 21 décembre 2011

Cinéma des fêtes

Films divers d’hiver

Enfin les vacances. Moments de retrouvailles mêlés de nostalgie et d’émotions pures. Moments de transition également entre l’ancien et le nouveau dans le cinéma de la vie. Voici quelques films à voir et à revoir en bonne compagnie. Parce que c’est aussi ça le bonheur.


Le Tintin de Spielberg et Jackson, une vertigineuse relecture
En haut de la liste : Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, du tandem Steven Spielberg (Indiana Jones) et Peter Jackson (Le Seigneur des anneaux), qui non seulement ne déçoit pas les lourdes attentes mais, de surcroit, élève le climat distillé par la « ligne claire » d’Hergé vers des sommets vertigineux.

Parlant de sommets, nous sommes nombreux à avoir succombé à la drogue dure qu’était la saga Millénium, imaginée par le Suédois Stieg Larsson. Bien que convaincante, la transposition au ciné ne s’est pas déroulée sans heurts (2 réalisateurs pour les 3 films), mais nous a révélé la succulente Noomi Rapace dans le rôle de Lisbeth Salander.


Une nouvelle Lisbeth Salander tout aussi efficace incarnée par Rooney Mara
On ignore plus de quel bois se chauffe la convaincante  Rooney Mara (The Social Network) dans le même rôle et David Fincher (Fight Club, Seven…) – qui signe la réalisation Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes – nous prouve encore une fois qu'il demeure un réalisateur phare du cinéma contemporain. Attentes très élevées mais gant relevé pour cette nouvelle version qui devrait satisfaire les accros de la «hackeuse » fringuée en noir.

Enfin, ne serait-ce que pour assurer une élégante transition du présent au passé, nous ne saurions trop vous suggérer de voir The Artist. Cet improbable pari français, qui rend hommage au cinéma muet en noir et blanc de l’âge d’or d’Hollywood et met en vedette Jean Dujardin (OSS 117), se montre si réussi qu’il devrait faire excellente figure à la cérémonie des Oscars du 26 février prochain.

Les classiques de Noël

James Stewart dans une scène de It's A Wonderful Life
Bien qu’il n’ait remporté aucune statuette à cette classique remise des récompenses lors de sa sortie en 1947 (il a pris sa revanche au Golden Globes dans la catégorie « meilleure réalisation »), le classique It’s A Wonderful Life de Franz Capra, avec James Stewart, demeure pour de nombreux cinéphiles avertis le meilleur film de Noël, toutes époques confondues.

Munissez-vous d’une boite de mouchoirs avant de vivre cette expérience prenante, recensée parmi les 100 meilleurs films de l’histoire par l’American Film Institute. Tout comme Miracle sur la 34e rue de George Seaton (3 Oscars et 1 Golden Globe), également à l’affiche en 1947 et dans lequel un hurluberlu (John Payne) décide s’adresser au tribunal pour authentifier sa véritable identité de… vrai père Noël!

Toujours dans la catégorie « magie de Noël », les cœurs purs se délecteront devant l’éblouissant film d’animation The Polar Express (2004) de Robert Zemmeckis avec la voix de Tom Hanks en version originale. Une œuvre à la fois touchante et éblouissante, racontant les aventures d’un jeune homme qui commençait à douter de l’existence du père Noël juste avant de monter à bord d’un mystérieux train en partance pour le pôle Nord…

Gérard Jugnot dans le film culte Le Père Noël est une ordure 
Sur une note humoristique et savoureusement trash, Le Père Noël est une ordure fera sensation auprès de vos convives éméchés. Bien que passé presque inaperçu lors de sa sortie française en 1982, ce film adapté d’une pièce de théâtre par les acteurs de la troupe du Splendid (Balasko, Jugnot, Clavier, Lhermitte, etc.) est devenu culte après sa diffusion à la télévision. Un peu comme notre Elvis Gratton, de nombreux Français connaissent les répliques par cœur, car « c'est fin, c'est très fin, ça se mange sans faim».



Les navets

La course au jouet, un navet ?
L’industrie du cinéma clinquant n’étant pas insensible aux sirènes de Noël, il demeure opportun de souligner que, outre les réalisations susmentionnées, la plupart des films consacrés à cette période sont de véritables navets qui donnent l’impression que l’on nous prend pour des demeurés.

Parmi ces nullités, citons : Elf (2003) de John Favrau avec Will Ferrell; Santa Who? (2000), qui met en vedette le crétin mononc’ fini Leslie Nelsen; la mièvrerie française fadasse J’ai rencontré le Père Noël (1984), avec Karen Cheryl; ou encore La Course au jouet (1996) avec nul autre que l’ineffable Arnold Schwarzenegger himself.


              
Cadeau

Une image magnifique du meilleur film canadien de tous les temps : Mon oncle Antoine

Histoire de se quitter sur une note positive, nous vous recommandons chaleureusement ce qui demeure peut-être le plus grand chef-d’œuvre de la cinématographie québécoise : Mon oncle Antoine (1971), du regretté Claude Jutra avec l’inoubliable Jean Duceppe.

Et comme je suis un garçon gentil et toute le kit, je vous offre, accompagné de mes vœux de circonstance, un lien où il vous sera loisible de l’écouter en version intégrale et gratuite : http://www.onf.ca/film/mon_oncle_antoine/

Merci à Journal Accès qui a publié ce texte dans son édition en cours.

jeudi 24 novembre 2011

The Artist : le film événement en noir et blanc

Jean Dujardin et Bérénice Béjo livrent un savoureux numéro de danse dans The Artist

Le fabuleux destin de George Valentin

Pas d’explosion, pas de couleurs, ni même de dialogues et pourtant The Artist sera le film événement des prochaines semaines


Il en fallait de l’audace pour, à partir d’une idée saugrenue lancée sur le plateau du succulent OSS 117 : Le Caire, ni d’espions (2006), convaincre un producteur (Thomas Langmann), se rendre à Hollywood et tourner un film hommage au cinéma américain des années vingt.

Cette audace de réaliser son fantasme cinématographique le réalisateur Michel Hazanavicius l’a eue et Jean Dujardin, après une courte hésitation, a accepté de tenir le rôle principal.

En plein âge d’or du cinéma hollywoodien des années folles, le célèbre acteur George Valentin (étonnant Dujardin) voit son étoile pâlir et sombre dans la déliquescence avec l’arrivée du parlant. De son côté, Peppy Miller (énergique Bérénice Béjo), la jeune figurante à laquelle il avait donné un coup de pouce, est propulsée au sommet de la gloire. Leur destin commun ne fait que commencer…

Si l’audace initiale de Hazanavicius, qui distille ici et là des clin d’œil à ses maitres dont Chaplin pouvait sembler farfelue, elle s’avère fort heureuse puisque cette comédie romantique est non seulement promise à un bel avenir en salles nord-américaines mais pourrait bien concourir à la prochaine cérémonie des Oscars du 26 févier prochain.

Et cela dans plusieurs catégories dont celle du meilleur film et du meilleur acteur. Notons que Jean Dujardin a déjà raflé la statuette du meilleur acteur au dernier Festival de Cannes alors que le film n’était pas destiné originellement à être présenté en compétition officielle.

Le charme

C’est que le charme opère dans cette histoire qui, malgré ses moments légers, porte aussi sur la résilience et l’adaptation au milieu dans un monde en perte de repères. Comme à l’époque où se déroule le film, la société d’aujourd’hui est en proie l’instabilité économique, au chômage et à une certaine propension au jeunisme. Sans parler de l’orgueil, l’ego et de l’arrogante vanité du succès.

Jean Dujardin est étonnant et fort crédible dans The Artist
Cela dit, la trame de fond du film, plutôt mince, demeure premier degré : une histoire d’amour qui n’est pas sans évoquer les contes de châteaux sauf que, cette fois, c’est plutôt la belle qui vient à le rescousse du prince déchu.

Bien que le tout ne soit pas sans longueurs, Hazanavicius est parvenu à transposer un maximum d’émotions grâce aux différents codes qu’il emploie et au jeu fortement appuyé des acteurs. La musique particulièrement efficace de Ludovic Bource (qui avait collaboré à L’impudence  de Bashung) n’est pas étrangère à cette homogénéité.

Peut-être légèrement surévalué en raison de la paradoxale originalité de sa facture, L’Artiste et sa «réalité stylisée» demeurent un savoureux spectacle qui saura vous émouvoir tout en vous faisant sourire et pourra, de surcroit, plaire à toute la famille.

*** 1/2

À l’affiche dès le 9 décembre au Pine à St-Adèle et au Beaubien à Montréal.


Merci à l'équipe du Journal Accès qui a publié ce texte dans son édition de cette semaine.



mercredi 16 novembre 2011

Le Vendeur : sympathique crosseur




Vendre son âme

Le vendeur, chaudement accueilli dans plusieurs festivals dont le prestigieux de Sundance, n’est pas sans évoquer les grands films d’hiver du cinéma québécois des seventies.

Marcel Lévesque, un vendeur de chars usagés, sexagénaire et veuf vivant au Lac Saint-Jean (Gilbert Sicotte, puissant), mène une vie composée d’attente de clients éventuels, de « mensonges enrobés de fleurs » et de moments doux en compagnie de sa fille adorée et de son petit-fils, à qui il apprendra les rudiments de la vente dans une scène mémorable.

En parallèle, une grève qui perdure à l’usine de pâte et papier plombe le moral des travailleurs et menace de chambouler toute l’économie du patelin.

Malgré sa collection de trophées et de médailles qui officialisent en toc ses dons de vendeur, et cela depuis des décennies, Marcel enregistrent toujours ses pitchs livrés aux clients sur un magnétophone afin de s’améliorer encore.  

Au grand dam de sa fille (Nathalie Cavezzali, très juste), une sympathique coiffeuse, qui se demande, comme le spectateur, pourquoi il persiste de la sorte. Elle qui, bienveillante, voudrait le voir se reposer et faire attention à lui, histoire de le garder longtemps.

Substance

Gilbert Sicotte livre une performance de haut vol 
Et c’est là que se jouera toute la substance de ce film qui distille aussi une puissante réflexion sur le sens des valeurs et le destin : Marcel, incapable de décrocher de ce rôle de vendeur, sa seule identité sociale, non seulement passe à côté de sa vie, mais il devra aussi assumer les lourdes conséquences de ses petits calculs.  

En nous proposant une histoire proche des gens et philosophiquement profonde, Sébastien Pilote s’est inspiré du parti pris pour la working class d’un Bruce Springsteen – il faut voir la scène du spectacle dans le sous-sol d’église à la fois drôle et respectueuse – mais aussi de La Cerisaie, pièce du célèbre dramaturge russe, Anton Tchékhov, qui illustrait la fin d’un monde auquel on reste attaché. Comme c’est la cas de ce vendeur vieille école qui, par certains aspects, n’est pas sans rappeler le célèbre « crosseur sympathique » qu’était Jean-Paul Belleau. Ce personnage créé pour la télé par Lise Payette et rendu célèbre par le même Gilbert Sicotte dans les années quatre-vingt.

Clin d’œil du hasard, la papetière AbitibiBowater installée à Dolbeau-Mistassini, au Lac Saint-Jean, devait effectivement fermer pendant le tournage. Le réalisateur Pilote, un fils du Saguenay, s’est donc servie de ses entrevues réalisées avec des véritables travailleurs de l’usine pour apporter une touche de cinéma-vérité à son film poético-réaliste poignant, magnifié des images signées Michel La Veaux. À voir.





Le Vendeur est actuellement à l’affiche au cinéma Pine et au Beaubien.


Merci à l'hebdo Accès qui a publié ce texte dans son édition en cours.

mercredi 9 novembre 2011

L'homme qui voulait vivre sa vie avec Romain Duris



Je est un autre

Une performance éblouissante de Romain Duris dans un thriller existentiel composé de ruptures de ton très efficaces.

Paul Exben (Romain Duris), un avocat financier parisien à la belle gueule, roulant en BM et portant des complets top classe, mène une vie professionnelle rayonnante, mais semble déchiré intérieurement. Côté sentimental, sa femme (Marina Foïs effacée), apprentie auteure peu épanouie dans son rôle de femme au foyer, remet en question leur couple au risque de briser la famille qui compte deux jeunes enfants.

Alors qu’il découvre que sa femme à un amant, Paul décide de lui rendre visite sous prétexte d’évoquer leur passion commune pour la photo. Au gré des circonstances, il commet l’irréparable. Ce qui le contraint à s’exiler et à entamer une nouvelle vie, celle dont il a toujours rêvée.

Reposant sur le jeu du très convaincant Romain Duris, le film réalisé par Éric Lartigau est une adaptation du très touffu roman du même nom de Douglas Kennedy où il explorait, comme il l’a dit lui-même, « l’idée que chaque homme est très doué pour construire sa propre prison, le mariage étant la prison la plus commune ». Ce qui aurait pour effet, selon l’écrivain, de souvent distiller un sentiment confus de culpabilité dans le couple.

L’exil
Romain Duris est formidable dans L'homme qui voulait vivre sa vie.

À travers la transformation de Paul – qui n’est pas sans rappeler le très beau film Vila Amalia (2008) avec Isabelle Huppert, qui portait aussi sur la fuite de soi à l’ère hypermoderne –, nous assistons aussi à une sorte de rédemption.

Grâce à son talent inouï de photographe, Paul réalise le rêve de Greg, son ancien rival, un photographe free lance, à qui il a emprunté sa nouvelle identité.

Au second degré, on assiste également à une critique de la société contemporaine fondée sur l’apparence, le vide et la marchandisation de la beauté, qui se greffent à un plaidoyer pour les arts – ici, la photo – ainsi qu’à une exploration captivante d’un fantasme propre à la plupart d’entre nous : « Et si je changeais de vie? ».

Le parti pris pour les petites gens – transposé par une démarche proche du documentaire au moyen de magnifiques images de la vie autour d’un port de Serbie, vu par un ancien bourgeois qui trouve enfin son identité – servira de manifeste en faveur de l’authenticité.

Ce sacro-saint imaginaire moderne dont tout le monde se réclame mais que peu de gens, finalement, osent réellement assumer.

Malgré sa conclusion plutôt bancale, ce film à suspense composé de ruptures de ton entre tension et liberté vous fera passer un sacré bon moment.


*** 1/2

L’homme qui voulait vivre sa vie est présentement à l’affiche au Pine et au Beaubien à Montréal.




Merci à l'hebdo Accès Laurentides qui a publié ce texte dans son édition de cette semaine.

mercredi 2 novembre 2011

Monsieur Lazhar : humanisme dépouillé


Monsieur Lazhar

La beauté des choses vraies

Fable à fois lumineuse et profonde, Monsieur Lazhar du réalisateur Philipe Falardeau célèbre la résilience et la beauté des petites choses de la vie.

Les plus grands espoirs sont désormais fondés sur le dernier film de Philippe Falardeau (C’est pas moi, je le jure!, Congorama, La moitié gauche du frigo) qui a été officiellement choisi pour représenter le Canada dans la course à l’obtention de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, et ce, devant Starbuck et Café de Flore.

Un choix judicieux compte tenu des qualités intrinsèques de ce film humaniste et dépouillé d’artifice, racontant l’histoire d’un sans-papiers algérien menacé d’expulsion qui propose ses services à une directrice d’école primaire (très juste Danielle Proulx) après avoir lu dans un journal qu’une enseignante de sixième année s’était enlevée la vie.

Adaptée d’une pièce d’Évelyne de La Chenelière conçue pour un seul personnage, cette fable moderne pose un regard sur l’Autre à travers les différences culturelles qui se déploient, mais aussi sur le deuil, les questions existentielles, l’enfance et la mort, égratignant au passage notre système d’éducation. Et cela sans moralisme ni racolage, mais plutôt en distillant un savoureux amalgame d’humour et de tragique.

Là où d’autres auraient été tentés d’utiliser la présence des enfants pour rajouter dans les scènes dramatiques, on demeure ébahi devant la justesse du ton et la délicate intelligence tant du jeu de la caméra que de la direction d’acteurs.

Subtile authenticité

Monsieur Lazhar, incarné par l’Algérien Fellag, se révèle transcendant de force tranquille et d’humanisme lettré, tandis que les deux enfants – Simon (Émilien Néron, troublant) et Alice (Sophie Nélisse, mature) –, sont empreints d’une rare et subtile authenticité.

Chacun à sa façon livre un personnage à la fois nuancé et porteur d’un volcan intérieur. Simon est lesté de ses mensonges coupables, alors qu’Alice a choisi d’instinct d’aborder la question du suicide de façon frontale.

Le tout, comme pour nous dire en filigrane, que chez les petits comme chez les grands, il demeure vain de chercher des vérités manichéennes ou une réponse absolue.

Le salut et la résilience ne résideraient-ils pas, finalement, dans le doute, le mystère et… la beauté des petites choses?

Le film Monsieur Lazhar est présentement à l’affiche dans plusieurs cinémas, dont le Pine à St-Adèle et le Beaubien à Montréal.

Merci à l'hebdo Accès Laurentides qui a publié ce texte dans son édition de cette semaine.






www.journalacces.ca

mardi 25 octobre 2011

Café de Flore : la dissidence


La Dissidence

Quand des images sublimes, une musique captivante et un désarroi amoureux côtoient une évocation ésotérique racoleuse, on entre en dissidence.

Une Parisienne (efficace Vanessa Paradis) élève courageusement son enfant trisomique dans le Paris grisâtre des années soixante. En parallèle, un DJ en vogue (Kevin Parent, jeu correct, sex-appeal éclatant) doit composer avec la douleur qu’il a provoquée en abandonnant la mère (Hélène Florent, énergique) de ses deux filles et son bonheur trouble pour sa nouvelle flamme (Évelyne Brochu, sensuelle) dans le Montréal lumineux des années 2000.

Réalisateur ultra doué, Jean-Marc Vallée pose un regard lyrique sur Montréal et Paris et ses choix musicaux – qui deviennent ici comme dans le magnifique C.R.A.Z.Y (2005) un personnage en soi – sont top cools. Hélas, cette musique tonitruante donne parfois l’impression de servir de liens entre deux histoires qui ne se juxtaposent toujours pas sans heurts.

En proposant une fable sur l’amour, qui joue avec les codes de la modernité en opposant valeurs humaines nobles et vide clinquant, Vallée, aussi le scénariste, nous demande d’adhérer à certains fantasmes ésotériques propres à l’air du temps.

Si les évocations mystiques se révélaient particulièrement réussies dans Un Prophète ou Biutiful, par exemple, il pourra sembler à de nombreux spectateurs que ce n’est pas le cas dans Café de Flore.

Un film parfois lassant où le malencontreusement drôle, comme la scène chez une voyante, côtoie la remâchée série B, à l’instar de la « zombifiante » séquence finale.

Et que dire de cette manipulation qui consiste à tenter de créer un effet de connivence avec le spectateur en présupposant que l’excessivité pourrait assurer la rédemption des amours perdus, alors qu’on nous présente en fait la folie (personnage de la mère).

Vieux fantasme par ailleurs évoqué par le philosophe Michel Foucault qui a démontré comment la parole du fou était jadis proscrite ou encore présentée comme détentrice d’une ultime vérité. On aimerait y croire…

Quelques observateurs suggèrent un second visionnement aux dissidents, tandis que le film accumule les audiences et les honneurs. Pour notre modeste part, une phrase du regretté Coluche nous vient plutôt en tête : « Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison! »

Café de Flore est présentement à l’affiche, notamment, au Pine St-Adèle et Beaubien à Montréal.
Merci à l'hebdo Accès Laurentides qui a publié ce texte dans son édition en cours.

mercredi 21 septembre 2011

Omar m'a tuer (sic) : délit de sale gueule

               Sami Bouajila livre une performance remarquable dans le film «Omar m'a tuer». 

Présumé coupable

S’appuyant sur un fait divers qui a chamboulé la France au début des années 90, le thriller judiciaire Omar m’a tuer (sic) vous tiendra en haleine du début à la fin.

En 1991, Ghislaine Marchal, la veuve d’un riche industriel, est retrouvée morte dans la cave de sa villa cossue située dans le Sud de la France. À ses côtés, sur une porte blanche, écrit en lettres de sang, on peut lire : « Omar m’a tuer ».

Beding, bedang, Omar Raddad (remarquable Sami Bouajila), le jardinier de la richarde au caractère difficile est appréhendé. En plus d’avoir la mauvaise idée d’être un sans-papier marocain, le type possède un penchant pour les machines à sous et, le vilain, ne s’est pas donné la peine d’apprendre le français.

Le coupable est donc tout désigné et il se retrouvera en 1994 derrière les barreaux et condamné à une peine de 18 ans de réclusion.

Heureusement pour lui et l’honneur des causes perdues, un journaliste littéraire partage les doutes de plusieurs de ses compatriotes quant à la réelle culpabilité d’Omar.

Jouant les Zola – le célèbre écrivain qui s’était employé jadis à défendre le capitaine Alfred Dreyfus, injustement accusée et condamné pour haute trahison parce que sa judaïté en faisait un bouc émissaire idéal –, le journaliste Pierre-Emmanuel Vaugrenard (très fort Denis Podalydès qui nous a récemment ébloui en Sarkozy dans La Conquête) mène une enquête sur l’enquête.
 
Et ce qu’il découvre n’a rien pour faire honneur à la justice dans le pays qui a vu naître les droits de l’homme.

Montage serré, dialogues enlevants, indices interrogateurs, le rythme du film vous tiendra captif du début à la fin, tout en vous prenant à témoin.

Doutes

Mais, car il y un mais, les esprits les plus cartésiens resteront un tantinet déçus : avec son parti pris manifeste pour Raddad qui, après sept années de taule, a finalement été gracié partiellement par le président Chirac (à la suite à une intervention du roi du Maroc, chuchote-t-on) et ensuite libéré, le film ne nous dévoile guère le point de vue de l’accusation, l’État français.

Lui qui, à ce jour, n’a non seulement pas officiellement innocenté le jardinier Raddad, mais refuse toujours de comparer des échantillons de tests d’ADN. Pourquoi ? La question demeure entière et elle semble trop facilement évacuée par le réalisateur Roschdy Zem au profit de l’évocation, encore brumeuse bien que possible, d’un complot. *** ½

NB : Une entrevue avec le réalisateur Roschdy Zem réalisée par l'excellente Odile Tremblay et publiée dans Le Devoir d'aujourd'hui nous apprenait que la justice  française a effectué, après la sortie du film,  des tests d'analyses de l'ADN mêlé au sang de la victime dans les lettres ensanglantés inscrites sur la porte. L'État refuserait encore à ce jour de dévoiler les résultats. Crainte de perdre la face donc de la légitimité institutionnelle  ? 

Merci à l'hebdo Accès Laurentides qui a d'abord publié cette critique dans son édition en cours. 

Omar m’a tuer sera à l’affiche au Pine de Saint-Adèle et au cinéma Beaubien dès le 23 septembre.



mercredi 14 septembre 2011

La Conquête de l'Elysée par Sarkozy


La fin justifie les moyens

Montée façon thrillerLa Conquête est truffée de répliques savoureusement assassines qui, au final, n’écorchent pas trop le président bling-bling, mais démontre bien la nouvelle starification de la politique française.

En 2002, Nicolas Sarkozy était un ministre de l’Intérieur très ambitieux qui, coûte que coûte, taillait sa route vers la présidence de la République française à l’élection de 2007, et cela, en dépit des ambitions de son rival, le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin.

Épaulé par sa femme Cécilia, Sarko gravit les marches vers le sommet de l’État mais voit, tel un revers de la médaille, sa relation conjugale prendre une tout autre direction.

Et nous, spectateurs, savourons avec un plaisir, qui devient parfois jubilatoire, la joute politique que s’étale devant nous avec ses alliances, ses stratégies, ses coups foireux et autres trahisons.

En nous invitant ainsi à l’intérieur d’une campagne électorale, le réalisateur Xavier Durringer – que seconde le documentariste et ici scénariste Patrick Rotman, bien au fait de la chose politique française – démontre avec justesse comment fonctionne le spectacle électoral où tout événement peut être instrumentalisé pour servir les intérêts des protagonistes.

Instrumentalisation 

Comme l’illustre éloquemment ce moment où Sarko, qui doit recueillir des voix attribuées au Front National de Jean-Marie Le Pen (extrême droite) pour espérer l’emporter, se rend dans les banlieues et parle de les nettoyer de la racaille au Kärcher.

L’image est forte et plait à un certain électorat xénophobe qui se cherche un homme fort…

L’autre atout capital de ce film – outre la magistrale composition de Denis Podalydès, qui se transforme littéralement en Sarkozy sans verser dans le grotesque (le défi était de taille) –, ce sont les dialogues truffés de jouissives répliques assassines que nous ne nous lassons pas d’entendre.

Les performances des acteurs Florence Pernel (impressionnante Cécilia Sarkozy) et Bernard Le Coq (savoureux en Chirac) demeurent dignes de mention, mais on déplorera un tantinet le jeu trop caricatural de Samuel Labarthe en Dominique de Villepin.

Si vous aimez observer l’échiquier politique ou que vous souhaitez mieux comprendre les arcanes du pouvoir, ce film vous captivera et cela, même si on peut lui reprocher une apparente affection pour, comme le dit Villepin, « ce nain qui va nous faire une France à sa taille »…

*** ½ 

La Conquête de l’Élysée est actuellement à l’affiche aux cimémas Pine Saint-Adèle et Beaubien à Montréal

Merci au journal Accès Laurentides, la référence dans la région,  qui publie ce texte dans son édition en cours.

Au sujet de Sarkozy et du bling-bling, il vous est loisible de consulter ce texte que j'ai publié en mai dernier dans le quotidien Le Devoir. 

mercredi 7 septembre 2011

Tous les soleils : comédie lumineuse

                        Tous les soleils avec Stéfano Accorsi et Clotilde Corau, une lumineuse célébration de la vie


Que du bonheur

Comédie lumineuse, euphorique et tout à fait charmante, Tous les soleils vous donnera aussi envie de savourer des pâtes italiennes.

Belle gueule d’Italien intello/romantique, Alessandro, 45 ans (excellent et attachant Stefano Accorsi) est musicologue. Il enseigne plus particulièrement l’histoire de la musique populaire du Sud de l’Italie, la tarentelle.

Passionné, il danse sur son bureau devant ses étudiants. Bref, le genre de type qui fait craquer autant les jeunes filles que leur maman.

Cœur gros comme ça, il dispense également des moments de bonheur à des malades dans les hôpitaux en les visitant bénévolement pour leur lire des œuvres choisies entre deux répétitions de la chorale de musique baroque dont il fait partie.

Malgré cela, Alessandro ne brille pas de mille feux : il porte encore le deuil de la dernière femme qu’il a aimée, la mère d’Irina, son adolescente de 15 ans, décédée alors que la petite était encore un bébé.

Cette dernière, avec l’aide de son oncle Crampone (très juste Neri Marcoré), un anartiste fantasque qui est aussi son confident, tente de s’affranchir de l’amour étouffant de son père en s’employant à lui trouver une compagne qui illuminera sa vie, comme le petit nouveau du lycée l’a fait pour elle.

À travers une réalisation lumineuse signée du romancier Philippe Claudel, Tous les soleils dévoile une galerie de personnages secondaires tous plus étoffés les uns que les autres pour nous mener vers une intense, et légèrement parfumé de mysticisme, réflexion sur la mort, l’amour et le rôle de l’art dans la quotidienneté.

Célébration de la beauté

Bref, une comédie à l’italienne sortie tout droit des seventies où s’entremêlent le rire et le drame dans une célébration de la beauté des choses, qui passe aussi par des engueulades à l’italienne, la magnificence de la ville de Strasbourg et la satire politique par l’entremise du personnage très marqué de Crampone.

Lui, qui se fait entretenir par son frère tout en repassant les chemises et en lui mitonnant de savoureux plats, refuse de jouer le jeu du capitalisme, incite son entourage à la rébellion et revendique, toujours en pyjama, le statut de refugié politique!

C’est que l’Italie, ne l’oublions pas, est sous la botte du « dictateur » Berlusconi.

Évidemment, les beaux sentiments foisonnent dans le long-métrage du réalisateur qui nous avait donné le bouleversant Il y a longtemps que je t’aime (2008), mais ils sont ici appuyés par une histoire et des références qui se tiennent.

Et en cette époque de cynisme triomphant, il est parfois salvateur de ne pas bouder son plaisir.

Voilà en somme un très beau film qu’on ne saurait trop recommander.

Suggestion : réservez une table dans votre resto italien préféré car vous aurez très certainement l’eau à la bouche en sortant de la projection.

***

Tous les soleils de Philipe Claudel est à l’affiche au cinéma Pine Sainte-Adèle ainsi qu’au cinéma Beaubien à Montréal.

Merci à l'hebdo Accès Laurentides qui a publié ce texte dans son édition en cours ainsi que sur son site .