lundi 24 décembre 2012

Les 100 commentaires : un certain couple médiatique.....

Aujourd'hui dans la série Les 100 commentaires dessinée par l'excellent Bruno Rouyère, c'est votre serviteur qui fait office de scénariste invité.

dimanche 23 décembre 2012

Dieu est mort, vive Bourdieu !



Bourdieu et Marx : pour des centaines d'intellectuels de gauche le premier a remplacé le second au sommet de leur  panthéon personnel de la pensée.


Dieu est mort, vive Bourdieu !

Disparu en 2002, Pierre Bourdieu fut sans doute l’intellectuel français le plus controversé de la fin du XXIe siècle. Ultra cité partout dans le monde même 10 ans après sa mort, ce penseur rock qui déboulonnait les institutions a écrit une trentaine d’ouvrages et compte toujours des milliers d’adeptes. Coup de bol, le Seuil publiait il y a quelques semaines Sur l’État. Une recension de ses cours au Collège de France de 1989 à 1992 qui nous donne à voir un Bourdieu à la fois plus pédagogue que jamais mais toujours aussi transcendant. Nous avons demandé à Fréderic Merand, politologue à l’Université de Montréal et auteur notamment d’un article (avec Vincent Pouliot) portant sur Bourdieu de nous parler de Sur l’État.


M. Merand, pourquoi, selon-vous, devrions-nous lire Bourdieu ?



Le politologue Frédéric Merand de l'UdM
Bourdieu fixe un objectif ambitieux aux sciences sociales : mettre au jour les conditions sociales qui rendent possible la vie économique, politique, familiale, scientifique ou culturelle. Son œuvre séduit parce qu’elle permet de « dénaturaliser » ce que nous prenons pour des réalités évidentes : la nation, le marché, le talent, le goût, la science… Mais elle dérange parce qu’elle montre que toute relation sociale se fonde sur une inégalité de pouvoir.

Pour Bourdieu, qu'est-ce que l'État ?



L’État est bien sûr un appareil bureaucratique, mais c’est surtout une puissante construction mentale. « Parler au nom de l’État » donne un pouvoir considérable aux groupes sociaux qui ont accès au sommet de l’État (juristes, hauts fonctionnaires, médecins, patrons…). Il permet de dire qui est citoyen et qui ne l’est pas, qu’est-ce que le mariage, où est l’ennemi, qui ira en prison… Bourdieu souligne la réalité double de l’État, qui sert à réprimer (ce qu’il appelle la main droite de l’État) mais aussi à protéger (la main gauche).

Bourdieu analyse la « révolution » de Mai-68 en France. Peut-on établir un parallèle avec le «printemps érable» ?

Oui. Bourdieu analyse Mai-68 comme une crise du champ universitaire issue d’une démocratisation inaboutie. Comme au Québec, la contestation est portée par ce qu’il appelle les « facultés dominées » (lettres et sciences), où les débouchés professionnels sont incertains, alors que les « facultés dominantes » (médecine et droit… aujourd’hui on ajouterait gestion) sont plutôt indifférentes au mouvement.

Bourdieu parle de révolution symbolique en donnant l'exemple du peintre Manet...



Bourdieu aimait analyser la vie et l’œuvre d’un personnage emblématique (par exemple Manet, mais aussi l’écrivain Gustave Flaubert ou le philosophe Martin Heidegger) à partir du milieu social dans lequel il a vécu. Manet intéresse Bourdieu dans la mesure où sa trajectoire lui permet d’expliquer la formation au 19e siècle d’un champ artistique moderne, autonome, qui ne dépendra plus des académies ou des mécènes mais du jugement des artistes eux-mêmes.

Le concept de temps (calendrier, heures) est une construction de l'État...

Paraphrasant le sociologue allemand Max Weber, Bourdieu dit que l’État détient le « monopole de la violence symbolique légitime ». C’est à travers l’État qu’on obtient le pouvoir d’imposer des « principes de vision et de division ». Presque toutes nos catégories de pensée ont été inculquées par l’État, souvent à travers l’école : le calendrier avec ses congés officiels et ses jours fériés, mais aussi les poids et les mesures, l’histoire avec ses dates, ses héros et ses grands découpages, la géographie nationale, etc. Derrière toutes ces distinctions, il y a des gagnants et des perdants, mais nous nous soumettons de manière inconsciente à un ordre social, celui d’un État et pas d’un autre.


Bourdieu pose son regard acéré au sujet de l'opinion publique, il n'y croit pas?

L’un des textes les plus connus de Bourdieu s’intitule L’opinion publique n’existe pas. Sa critique des sondages d’opinion va au-delà de la méfiance dont on doit faire preuve à l’égard de la formulation et de l’ordre des questions. Pour Bourdieu, les gens n’ont souvent pas une opinion formée sur quelque chose avant qu’on leur pose la question. En fait, les sondages sont plutôt des instruments d’action politique. Dire que 66 % des Québécois veulent ceci ou cela n’a de sens que dans la mesure où ça permet à certains groupes de promouvoir leur opinion plutôt qu’une autre. C’est une façon de dire que « l’opinion publique est avec nous » comme autrefois les rois disaient que Dieu était avec eux.

Sur l'État : Cours au Collège de France (1989-1992)
Seuil, 2012
672 p.



Florilège bourdieusien 


«  L’image du jeu est sans doute la moins mauvaise pour évoquer les choses sociales. »

«  La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d'une partie très importante de la population. »

samedi 22 décembre 2012

Les 100 commentaires : Manuel Foglia

Aujourd'hui dans la série «100 commentaires» dessinée par Bruno Rouyere (quelle publication aura la bonne idée de la recruter ?), le scénariste invité est l'ami documentariste Manuel Foglia.

Survol musical 2012


Survol musical 2012



                                 Avec un concert adapté pour le public québécois, Johnny est venu, a vu et a vaincu.

Shows


Johnny Hallyday au Centre Bell
Oui, je sais. Mais justement pour cette démesure, ce clinquant assumé qui est doublé d’un charisme hors norme et d’une générosité sans faille. Parce qu’avec Batman et James Bond, il y a Djeuni. Il est venu, il a vu et il a vaincu en dépit de ses 69 balais. Total respect. 


Zaz au Métropolis
Arrivé vers la fin du spectacle cet été au Métropolis, je l’ai observée, langue pendue, me réjouissant de découvrir sur scène cette gouailleuse sauvage. Loin de la fille plutôt fleur bleue subodorée, Zaz distille sur scène une énergie survoltée. Comme si on venait de retirer sa camisole de force à une évadée. Mention  honorable à la voix écorchée, l’attitude point levée et le geste théâtral de la nouvelle Mélissmell vu sur You Tube et rencontrée en entrevue.

Richard Desjardins au Club Soda, Plume et Loco Locass aux Francos.
Le premier pour le côté «j’y étais» et la solennité jouissive de ce bilan de carrière, le second pour cette reprise décoiffante du spectacle All Dressed, sa pétarade de hits et son attitude désinvolte, les troisièmes pour avoir su canaliser, l’espace d’un spectacle,  le désormais historique «printemps érable». 


Disques 

Old Ideas de Leonard Cohen
Loupé le spectacle du second soir au Centre Bell où il a chanté La Manic en français, m’en remettrai-je un jour ?  Il restera pour les soirs de grandes quêtes existentielles, ce magnifique album auréolé de la magistrale Show Me The Place. Ma chanson de l’année issue de ce disque grandiose sur lequel se retrouve aussi, notamment, la superbe Darkness.

Aux Alentours de Marie Pierre Arthur 
Avec cette seconde livraison sur laquelle ont participé le dream team constitué d’Olivier Langevin, François Lafontaine et Louis-Jean Cormier (Karkwa) ainsi que Robbie Kuster (Pat Watson), Marie-Pierre Arthur s’impose comme une artiste majeure au sein de la francophonie. Mentions spéciales à Avec pas de casque et Moran dont les Astronomie et Sans Abris sont à la fois chaleureux, réconfortant et superbement écrits. Vous avez dit addiction ?


Pour le plaisir des trames sonores des séries télévisées seventies, le côté psychédélique/funk, les influences de James Brown et de Frank Zappa, les effluves jazz et le côté sexe et festif de cette meute aussi sauvage qu’exaltée.


mercredi 19 décembre 2012

Les 100 commentaires : scénariste invité André Sauvé


Salut,

long time no see... 

Voici le tout premier d'une série de dessins éditoriaux réalisés pas l'ami Bruno Rouyère et scénarisés par un invité différent à chaque fois. Voici celui de notre comique préféré : André Sauvé

ps: pour une résolution maximale, cliquez sur le dessin. 

mardi 12 juin 2012

«To do» cette semaine !

Merci à Danny Labonté à qui j'ai piqué ce programme des plus hilarant sur Facebook.

samedi 2 juin 2012

Le triomphe de l'image


Une affiche de la télésérie culte Mad Men


Incroyable mais… faux!

Livre événement dès sa publication au États-Unis en 1962, Le triomphe de l’image de Daniel Boorstin est devenu un classique qui a retenti autant chez les intellectuels qu’auprès du grand public. Pour la première fois en français, on y découvre l’histoire de l’image, de la pub, des pseudo-événements et quelques secrets de la télésérie Mad Men. Entretien avec Mark Fortier, son éditeur et traducteur qui est également chargé de cours en sociologie.

Claude André

Le livre de Boorstin aurait-il influencé les créateurs de Mad Men?
On voit Le triomphe de l’image sur la table de chevet de Don Draper, ainsi qu’un autre livre de Boorstin. Il est manifeste que les réflexions de Boorstin sur la culture américaine, la publicité et la consommation correspondent au propos de Mad Men. De plus, les sujets abordés par Boorstin et ceux de la télésérie sont souvent similaires : le débat Nixon/Kennedy, la publicité pour Lucky Strike, le roman Exodus de Leon Uris et le tourisme en Israël. Ce qui me frappe le plus, c’est le lien entre le générique du début de la série – où l’on voit des personnes chuter dans le vide – et la crainte de Boorstin que le monde l’image nous fasse perdre tout sens de la réalité, de ce que nous sommes, comme individu et comme société.


Le culte de l’image a-t-il été instauré par le premier débat télévisé opposant Kennedy à Nixon, en 1960?
Ce débat fut le premier du genre. Aux yeux de Boorstin, c’était un simulacre, une pseudo discussion qui ne permettait aucun échange d’idées réel. Soumis aux contraintes de la télévision et à la perception des auditeurs, les candidats sont condamnés à se lancer des répliques de 2 minutes. Pour éviter le ridicule, ils doivent s’interdire de penser. Nous sommes aujourd’hui habitués à ce cirque. Fait comique : les chaînes de télévision de l’époque ont repris la formule et la mise en scène des quiz télévisés pour organiser ces débats. Un quiz, ironise Boorstin, dont le premier prix est un boulot de 4 ans à 100 000 $ par année!
Daniel J. Boorstin

Dans le livre de Boorstin, on apprend notamment qu’un branding peut être victime de son succès.
Fidèle à son habitude, Boorstin a un sens aigu des détails, souvent savoureux. Il remarque en outre que l’objectif d’une image de marque est d’être simple, un peu équivoque, pour frapper les esprits et se différencier. Mais une marque peut être victime de sa popularité. Si elle devient le nom d’un produit en général, comme Kleenex pour les mouchoirs, alors elle perd sa spécificité, ce qui peut nuire à ses ventes. C’est souvent arrivé.

Chose étonnante, on découvre que non seulement les gens se laissent berner par la pub, mais aussi qu’ils prennent plaisir à découvrir les méthodes utilisées, lorsqu’ils apprennent qu’ils l’ont été trompés.
Boorstin attribue cette découverte à P.T. Barnum, l’homme de cirque du 20e siècle. Ce dernier n’avait pas son pareil pour inventer des attrape-nigauds (le général Tom Pouce, la nourrice de George Washington, la sirène à tête de singe, etc.). Mais ce qui fit sa renommée, c’est surtout le tapage que provoquait la dénonciation de ses astuces. Il se dénonçait d’ailleurs souvent lui-même! Les gens étaient autant fascinés par ses spectacles que par la révélation de l’inventivité qu’il déployait pour les distraire. C’est la loi des pseudo-événements. La propagande est un mensonge qui vise à tromper les gens. Si on démasque le mensonge, il cesse d’être efficace. Il en va autrement du pseudo-événement. Celui-ci est un fait, plus ou moins artificiel, qui se nourrit de notre désir d’être diverti et qui s’alimente de notre désir d’être informé. Paris Hilton en est un bon exemple. Tout comme le « scandale » que suscite les mannequins retouchés à l’ordinateur, qui devient lui-même un sujet de discussion ou de reportage. On se passionne autant pour les duperies qu’à découvrir comment elles ont été conçues.

Le triomphe de l’image : une histoire des pseudo-événements en Amérique de Daniel J. Boorstin (LUX Éditeur) est actuellement en librairie.

lundi 28 mai 2012

Grimskunk : fidèle au poste !




Fidèle au poste!

Formation phare du punk/métal kèbe, les vétérans de Grimskunk reviennent en force avec un 8e album enregistré en Australie où s’exprime la colère sociale sur des rythmes qui ne déplairont pas aux fans des Beatles, Pink Floyd et autres Led Zeppelin. Discussion avec Joe Evil, claviériste et chanteur.

Claude André

Pourquoi l’album a-t-il été enregistré en Australie?
À l’origine, nous devions l’enregistrer à Vancouver, mais ça n’a pas fonctionné pour des raisons d’horaire et d’urgence médicale qui touchait la fille de notre réalisateur. Comme nous avions pris des contacts en Australie avec notre boite de disques, qui vient d’y ouvrir une succursale, cela nous a permis d’habiter chez un ami et éviter ainsi des frais d’hôtel. En plus, on nous proposait d’effectuer une tournée. Nous avons donc décidé d’aller respirer l’air chaud. D’autant plus qu’on y retrouve une bonne scène métal et que les gens sortent beaucoup pour assister à des concerts.

On remarque sur cet album une touche psychédélique. Nostalgie de la musique de votre adolescence?
C’est sûr qu’il y a beaucoup d’influence des Beatles et de Pink Floyd dans notre démarche. Mais cela est aussi imputable au fait que notre réalisateur, Gus Van Go, tenait à amener un son rétro. Après avoir entrepris des recherches, nous avons déniché en Australie une vieille batterie Ludwig de l’année1972, un ampli Vox1974, en plus de vieilles guitares et de micros rares typiquement australiens. Grimskunk a toujours été un petit peu psychédélique/prog et cette fois le côté psychédélique ressort davantage. Cela dit, ce n’était pas nécessairement conscient au départ.

Au regard de tous ceux qui y ont laissé leur peau par excès de toutes sortes, vous considérez-vous comme un survivant du rock?
Nous sommes assurément des survivants de l’alternatif québécois. Il s’agit de notre 8e album et on commence à poigner la mi-quarantaine. C’est quelque chose d’assez particulier que de faire ce genre de musique aussi longtemps, c’est sûr.

On retrouve sur Set Fire! deux pièces en français. Volonté de conserver vos racines même si vous visez la scène internationale?
Oui. On vient de Montréal et une grande partie de nos ventes de disques se réalise au Québec. On aime aussi l’idée que le public québécois puisse capter à 100 % notre message. Mais, comme nous sommes un band international, nous n’avons pas d’autres choix que de mettre l’accent sur l’anglais. Cela se fait sans effort cependant, nos chansons francophones viennent avec l’inspiration.

Les spectateurs de vos concerts ont davantage la vingtaine ou la trentaine que la quarantaine. N’avez-vous pas parfois l’impression de vivre un clash entre votre vie civile et votre vie de rocker?
Ça s’en vient. Peut-être pas encore, mais je peux le voir arriver. Nous avons tous 40 ans dans le groupe et c’est sûr que nous ne vivons plus comme lorsque nous avions 21 ans. Nous avons des ados, alors ça change la dynamique en ce qui a trait à notre vie personnelle. Ce qui n’empêche pas notre vie de musiciens de drôlement ressembler à celle de l’époque où nous avions 24 ans. Si les excès sont moins excessifs? Un petit peu, ouais.

Bonus tracks :

L’inspiration était sans doute u rendez-vous car vous avez réussi un super reggae/métal en français avec Un jour. Vous aviez fumé un méga pétard?
(Rires) Exactement. L’inspiration était au rendez-vous. Dès nos débuts, en 1988, nous avions la volonté d’intégrer plusieurs styles musicaux au punk et au métal.

À votre avis, Joe, existe-t-il une date de péremption pour demeurer un rocker sérieux?
Euh! non, j’en ai pas encore connu. Les Stones? Ça fait presque 30 ans qu’ils n’ont pas fait un hit. Mais un concert des Stones, ça reste de la bonne musique. Je suis conscient quand même que le rock demeure une affaire de jeunes. En vieillissant, tu deviens comme AC/DC ou les Rolling Stones : gris, gros sur le stage et chauve. Ce n’est plus comme dans la vingtaine ou la trentaine, mais les gens viennent pour écouter de la musique. C’est une affaire de passion et non de mode. Et puis les 40 ans sont les nouveaux trentenaires. Maintenant des gens arborent des piercings et des tatouages, mais écoutent de la musique complètement dance et pop. Ton médecin qui a n’a jamais fumé un joint est maintenant tatoué… Nous sommes désormais plus ouvert socialement en ce qui a trait au look, mais c’est vrai que nous n’avons pas toujours les mêmes valeurs que les gens qui ont 20 ans.

Avec votre collègue Vincent Peake, vous avez participé au retour de Lucien Francoeur & Aut’Chose, il y a quelques années. Est-ce que des spectacles ou un nouveau disque sont au programme?
Finalement, on a fait l’album et quatre ou cinq shows, puis on a tout arrêté. C’était trop compliqué, notamment en raison des conflits d’horaire.


samedi 19 mai 2012

Avis à la police du quartier

Merci MC Gilles. M'est avis que ce n'est pas fini...

Red Ketchup : 30 ans dans les dents !


30 ans dans les dents !

Avant le désormais très célèbre Paul, la bédé québécoise a enfanté un autre personnage qui a fait le bonheur de milliers de lecteurs : Red Ketchup! Pour souligner les 30 ans du réputé agent du FBI qui carbure à la coke et à l’antigel, la Pastèque réédite l’intégrale de l’œuvre qui a vu le jour dans le défunt et regretté magazine satirique Croc. Entrevue croisée avec Pierre Fournier (scénariste) et Réal Godbout (dessinateur et coscénariste) à l’occasion de la parution du couteau Aztèque et du tome 1 des recueils.


Dans le conflit entre le gouvernement Charest et les étudiants, qu’aurait fait Red Ketchup?
Godbout : Généralement, il est du côté du pouvoir, ce qui n’en fait pas quelqu’un de toujours sympathique. Il taperait probablement sur des manifestants dans la rue. C’est un peu ça le personnage.

En relisant les Red, on se rend compte que la coke était dans l’air du temps des années 80. Faisait-elle partie du matériel créatif?
Godbout : Dans mon cas, non. Avant même que je fasse Red Ketchup, j’ai gouté au cannabis et si cela a été un moment un déclencheur, je me suis dit qu’il me fallait en sortir car j’étais davantage productif lorsque je n’en prenais pas. Quant à la coke, ça m’a toujours tombé sur les nerfs. Beaucoup de gens autour de nous en consommaient à l’époque du Croc et je n’aimais pas l’effet désagréable que cela produisait chez eux. Si on fait des allusions à cette substance dans Red, c’est plutôt par dérision.

Quel parallèle pourrait-on brosser entre Red, qui évoluait à l’époque de Reagan et Tatcher, et notre contemporanéité?
Fournier : Bien que Red fût conçu pour divertir, il s’agissait quand même une charge contre les films d’action un peu cons et bruyants. Effectivement, nous évoquions l’actualité par la bande. On a connu Bush et les montées de la droite un peu partout à l’époque et cela est encore en plein dans l’actualité. Bref, c’est un peu comme si nous avions fait un cycle complet.

Vous ne semblez pas avoir vraiment joué la carte commerciale à l’époque : dessins animés, figurines, t-shirt, etc.
Fournier : Non, nous nous sommes tenus éloignés de ça. Je crois que Croc, où nous travaillions, a lancé un t-shirt pendant quelques mois en guise de promo. Nous n’étions pas trop partisans d’une exploitation commerciale qui aurait sans doute eu pour effet de diluer le personnage.

L’état de la bédé au Québec?
Godbout : On voit des auteurs qui commencent à être connus et qui obtiennent une belle reconnaissance. On peut établir un parallèle avec le cinéma québécois. Au début des années soixante, il y avait quelques fous qui faisaient des films et on s’efforçait un peu, par patriotisme, d’aller les voir. Aujourd’hui, un grand nombre de films québécois sont produits et on ne se pose plus de questions avant d’y aller. Je crois qu’avec la bédé on se dirige vers cela.

Est-ce que Red, tout comme Paul, sera un jour adapté au cinéma et quel acteur le personnifierait dans vos fantasmes?
Fournier : Nous avons des pourparlers à ce sujet tous les ans et cela depuis longtemps. C’est très long et dispendieux une adaptation au cinéma. On le ferait en personnages réels et non en dessins animés. L’acteur? Quand on a écrit Red Ketchup, on s’est inspiré de l’acteur Jack Lord, la vedette de la télésérie Hawaï 5-0  mais là, aucune idée. Tu as des suggestions ?



Pierre Fournier et Réal Godbout, les créateurs de Red Ketchup.


dimanche 6 mai 2012

Chinatown et les sexy sixties





Et la lumière fût

Avec un 2e album en bandoulière, les cinq garçons dans le vent de la formation Chinatown partiront à l’assaut du Québec au cours des prochains mois, en plus de réaliser un clip pour chaque nouvelle pièce. Un spectacle acoustiques avec cordes et une relecture de toutes les chansons de Comment j’ai explosé en version jeux vidéo sont également au programme. Rencontre avec Félix Dyotte, Pierre-Alain Faucon (PAF) et Toby Cayouette.

Claude André

Votre album s’intitule Comment j’ai explosé. Au moment de le choisir, aviez-vous en tête une métaphore sexuelle ou une vision prémonitoire du succès à venir?
(Trio de rires)
Félix : La réponse est non.
Toby : Il arrive très souvent, et c’est surprenant, que l’on soit inconsciemment influencé par des courants sociaux dont nous ne comprenons la teneur que quelques mois plus tard. Par exemple, il y a eu une chanson au début de l’année 2001 qui évoquait New York sous les flammes. C’était neuf mois avant les événements du World Trade Center… (Note : Le Grand incendie de Noir Désir)

Il y a trois ans, vous avez lancé Cité D’Or. Est-ce que cela vous a permis de connaître la gloire, le succès et les femmes?
Félix : Un peu des trois! Nous sommes au Québec, donc nous n’avons reçus que des échantillons gratuits d’un peu tout ça. Maintenant, nos réserves sont à sec, voilà pourquoi on sort un nouvel album (rires).

Terminez la phrase suivante : avec Comment j’ai explosé, la formation Chinatown propose une approche toujours imprégnée des sixties mais plus rugueuse…
Félix : C’est plus rugueux, mais en général il y a aussi plus de texture sur cet album. Il respire davantage et se laisse explorer : on peut le réécouter à plusieurs reprises et percevoir chaque fois de nouvelles couches. Bien sûr, c’est toujours sixties, cependant on s’est rendu compte qu’il ne s’agissait pas d’un style volontaire mais plutôt d’une façon d’écrire des chansons qui correspond à un mouvement né dans les années soixante. Nous vivons dans une société d’immédiateté où l’on semble croire que ce qui s’est produit dans le passé doit y demeurer. Or, s’il est vrai que nous reprenons des éléments issus de cette époque, il n’y a aucune raison pour qu’un style musical meure.
Toby : À quelques exceptions, le côté sixties se situe davantage dans la sensibilité du songwriting que dans les arrangements et les sonorités. C’est surtout notre structure chansonnière qui vient de cette période. Hormis quelques pièces, l’aspect sixties est beaucoup moins présent que sur le premier album.

Et toi PAF, qu’en penses-tu?
J’expérimente des façons d’écrire qui se rapportent à la tradition des chansons sans auteur. Comme l’étaient les vieilles chansons de marins imaginées par des gens qui ne pouvaient pas écrire en ramant. Cette tradition est beaucoup plus ancienne que les sixties.

Ce nouvel album est plus étoffé musicalement que le premier, mais moins accessible de prime abord. Est-ce une volonté d’être désormais perçus comme un groupe plus sérieux?
Toby : Cette ambition était présente dès le départ, sauf que cette fois nous ne nous sommes pas empêchés de la suivre. C’est aussi pour cela que nous avons réalisé le disque nous-mêmes. Il s’agit donc d’une synthèse de nos cinq visions de la musique. Cela dit, on ne s’est jamais demandé ce que les gens penseraient de cette approche, car on a d’abord fait cet album pour nous.
Félix : On acquiert des outils avec l’expérience et on se sentait prêts à le réaliser. Ce qui n’était pas le cas du premier album, pour lequel nous avions besoin d’une lumière pour nous guider. Cette fois, la lumière, ce sont nos ambitions personnelles.

Comment j’ai explosé est présentement en magasin.


samedi 5 mai 2012

Yann Tiersen et son cinéma pour aveugles



Cinéma pour non-voyants

Imaginez un Ennio Morricone trash qui aurait composé la trame d’un film post-apocalyptique et vous aurez une idée de ce à quoi peut ressembler le nouveau disque de Yann Tiersen.

Moins d’un an près le sublime Dust Lane, le multi-instrumentiste Yann Tiersen dégoupillait Skyline qui vient d’atterrir dans nos contrées. Un autre objet radioactif presque entièrement instrumental qui distille un post-rock/noise mélodique sous haute tension. Ce qui ne déplairait pas à un Morricone devenu trash.

Créé à Paris, San Francisco et en Bretagne, Skyline pourrait très bien, pour les oreilles non aiguisées, donner l’impression d’émerger du même élan créatif que son prédécesseur. « Les deux sont assez rapprochés dans le temps, donc ils sont assez proches, quoique Skyline soit complètement différent. Moins sur les textures, moins sur les guitares et plus sur les synthés analogiques », analyse Tiersen au bout de l’onde en admettant du bout du lèvres qu’ils sont peut-être cousins.

Quant à sa méthode de création, ce n’est pas Tiersen qui livrera le secret de la Caramilk. « Je n’ai aucun instrument de prédilection ni de recette particulière. J’aime bien me laisser porter. Je pars toujours d’une idée de base assez simple, qui peut-être répétitive, et je construis à partir de cela », avance le créateur, qui n’aime pas intellectualiser son art. « On ne peut pas avoir d’influences musicales lorsqu’on essaie d’être honnête. Dès que l’on sent des influences, on s’en détache instinctivement », poursuit cette figure de proue du post-rock. La mort du rock? « Faux débat. On vit une époque dense. On a accès à toutes les cultures, à toutes les musiques et tout cela se mélange et évolue. La musique évolue aussi », tranche le créateur encore très associé à la bande sonore du méga succès Le fabuleux destin d’Amélie Poulain.

Putain de destin

Il semble d’ailleurs éprouver un étrange rapport avec ce film. Ras-le-bol d’en causer? « Cela m’est égal. J’ai rien contre, il m’a fait connaître dans le monde entier, mais je n’ai pas créé cette musique pour ce film », lance-t-il le ton désabusé. Et lorsqu’on lui demande, narquois, s’il compte revenir un jour à ces images d’Épinal musicale de Paris, le pote de Christophe Miossec se rebiffe : « Moi, je suis né en Bretagne. Nous avons passé des siècles en guerre contre les Français. Je ne suis pas du tout lié à l’image d’Épinal parisienne. L’accordéon est pour moi un instrument celtique. » « Peut-être, mais il a servi à cette image, un peu bluette, dans le film », relance l’intervieweur. « Justement, mes morceaux n’étaient pas liés à cela. Ils ont été tirés de mes premiers albums. Moi, autant je cautionne le film, j’aime bien son côté suranné noir et son côté humaniste, autant je n’aime pas du tout son côté parisien et français. Or, précisément, c’est parce que je ne suis pas en accord avec le film que ça m’a un peu gêné d’être collé à cette image », conclut-il.






vendredi 4 mai 2012

On se fait tous fourrer !



Le mépris et l'entêtement d'Alexandre Chartrand


L’art de la provoc’

Bénéficiant d’une certaine sympathie dans le milieu du cinéma underground, grâce à son long métrage de fiction La Planque (2004) ainsi qu’à son documentaire sur le peintre d’envergure Serge Lemoyne (2005), Alexandre Chartrand, également peintre, présente une troisième expo à la fois provocatrice et engagée qui promet de brasser la cage : On se fait tous fourrer!

Claude André

Votre exposition s’intitule On se fait tous fourrer! Pourquoi?
Je suis un peintre engagé et dénonciateur. Pour cette expo, j’ai décidé d’aller droit au but. Les tableaux ont également un aspect caricatural, car j’ai représenté, sans détour, des gens qui se font fourrer dans le sens strict de l’expression. Pour ce faire, j’ai, notamment, mis l’accent sur les visages.

Êtes-vous influencé par Magritte?
Oui. On se souvient tous de son œuvre Ceci n’est pas une pipe, qui illustrait une pipe. J’essaie, comme lui, que les titres de mes œuvres aient autant d’importance que les représentations elles-mêmes.

Comment on en vient à faire une expo sur cette thématique?
Ça fait longtemps que je suis désenchanté par la politique. Les politiciens font, en général, davantage partie du problème que de la solution. Je trouve qu’il y a trop peu de gens qui s’intéressent à la chose politique et je me disais que la peinture, à la fois ludique et très colorée, pourrait attirer les regards. Il faut dire que si le sujet semble à la mode en ce moment, il ne l’était pas au moment où j’ai eu cette idée d’expo, il y a deux ans.

Cette expo est donc volontairement racoleuse.
Exactement. Généralement, lorsque je peins, je m’inspire de photos que j’ai prises moi-même de mes sujets. Dans ce cas, j’ai travaillé avec de photos glanées sur Internet, en cherchant délibérément la provocation par l’intermédiaire de la pornographie.

On retrouve même la reine d’Angleterre en position, disons… inhabituelle.
Oui, c’est le clou de l’exposition et ce geste est, par sa nature, illégal au sens de la loi, car il est interdit de représenter la reine sans son consentement. Je n’ai pas commencé par cette image, mais j’ai tellement trouvé effrontée la venue du couple royal après leur mariage que je me suis dit qu’il me fallait émettre un commentaire sur la monarchie. Cela semble anodin, mais le fait que nous soyons encore une colonie, que l’on ramène encore l’appellation « royale » dans les institutions, que l’on paie à ces jeunes un voyage pour venir rire de nous en pleine face et nous rappeler que nous sommes encore sous domination, m’apparaît totalement déplacé. Ces gens sont quand même les descendants des grands dictateurs de l’histoire européenne.

Vous présentez cette expo dans une galerie de l’Ouest de l’île, double provocation?
Oui et non. Ce n’était pas aussi flagrant qu’il ne paraît, car j’en suis à ma troisième expo à cet endroit. Je m’entends particulièrement bien avec la propriétaire de la galerie. J’ai pu lui proposer mon concept verbalement et elle l’a accepté d’emblée. Cela dit, je suis bien content, car l’emplacement de la galerie a pour effet de confronter plusieurs personnes. Il y a déjà des gens qui se sont plaints du mauvais goût de ma série.

Et il serait imputable, selon vous, à l’aspect politique ou pornographique de l’expo?
L’aspect politique. Parce que des gens nus, en peinture, ça pleut. C’est surtout le fait d’avoir associer la reine à la porno qui choque. D’autant plus que je lui ai donné un titre assez salé…

Lequel?
À faire bander Stephen Harper…




  
Le tableau titré Le Mépris et l’entêtement  (voir au sommet du texte) qui a été ajouté in extremis à l’expo a rapidement trouvé preneur et les 1779,00 $ demandés symboliquement pour son acquisition seront entièrement remis à la CLASSE en signe de soutien au mouvement étudiant. « En tant que non étudiant, je me suis demandé de quelle façon je pouvais soutenir le mouvement et manifester mon désaccord avec la position du gouvernement Charest sur la hausse des frais de scolarité. J’ai participé aux marches, j’ai transmis les textes sur ma page Facebook, j’ai signé des pétitions. Mais je me rends compte que je dois parler le même langage que Charest pour qu’il cesse de nous ignorer : le langage de l’argent! »

On se fait tous fourrer!, dès le 2 mai à la galerie Point Rouge.

jeudi 26 avril 2012

Paris canaille en musique



Paris canaille

Amateurs de chanson française et de poésie encanaillée, le trio Rue de Lappe vous fera plonger dans le Paris des amours sublimés au son de l’accordéon et de l’orgue de Barbarie avec, en prime, la rare présence du poète/parolier Roger Tabra.

C’est à travers des chansons de Boris Vian, Aristide Bruant, Ferré, Reggiani, Aragon, Caussimon et autres Mouloudji que le trio nous fera plonger dans le Paris immortalisé par les photos de Doisneau au cours de cette soirée qui sera magnifiée par la présence d’un enfants de la goualante, le parolier Roger Tabra.

Bien connu pour ses textes chantés par Éric Lapointe, France d’Amour et, notamment, Diane Dufresne, Tabra a également endisqué des albums quasi introuvables qui sont de véritables trésors.

Il nous gratifiera ce soir là de trois nouvelles chansons dont La Mélancolitude et la magnifique La poésie qu’il nous est loisible d’entendre sur Youtube. «La Rue de Lappe est l’une des petites rues du Paris que j'aimais et qui devenue maintenant une rue branchée, c’est moche. Mais le groupe reprend avec amour ces vieilles chansons que j'aimais aussi  et les raconte avec une certaine gouaille qui me plait», lance Tabra en deux volutes de tabac noir en rappelant que le grand Francis Lemarque est né sur cette rue.

Une présence rare

«J'ai d'abord dit oui à mon ami Émilio qui m'est cher parce que c'est aussi l'occasion pour moi de remonter sur scène près de 7 ans plus tard. J’y interpréterai quelques chansons qui seront sûrement un peu plus sombres que les leurs mais c'est Tabra... J'y vais aussi parce si cela peu l'aider à gagner quelque voix, j'en serai fort heureux. Je les aime ces gars là», conclue le parolier de sa voix de canailles truffée d’argot qui doit ressembler à celle des voyous qui fréquentaient les cafés-charbon et les filles de joie de cette rue, située dans le quartier Bastille dans le 14ième arrondissement, qui a vu naitre les premiers bal musettes en 1880.

Le trio, qui en sera à son premier spectacle à Montréal, est composé de Emilio Armilles au chant et à la guitare, de Frédéric Gateau au chant et à l’accordéon et de Pascal Brenot à la contrebasse.



Samedi 28 avril à 20h
Studio théâtre de la Place des Arts
Infos : 514-842-2112

mercredi 25 avril 2012

André Pratte, l'homme de tous les services

Un éditorialiste toujours Pratte à servir la bonne cause...


                                      Une autre caricature de l'excellent  Yvon Roy

samedi 21 avril 2012

Le Plan Nord

Le Plan Nord vu par Yvon Roy.

http://roycaricatures.wordpress.com/

L'exil selon Gabriel Anctil


Choisir l’exil

Passionné de  Kerouac et marqué par l’œuvre de Michel Tremblay et sa petite musique joualisante, l’auteur Gabriel Anctil fait, avec son premier roman Sur la 132, une entrée tonitruante dans notre paysage littéraire.
  
Votre personnage Théo, avant de partir à Trois-Pistoles, évolue dans le milieu de la pub. Peut-on établir un lien avec 99 Francs de Beigbeder ?
Je ne l’ai pas lu et Beigbeder ne figure pas parmi mes auteurs préférés. La publicité ? Je ne pense pas que cela apporte beaucoup de choses positives. Si j’ai voulu situer mon personnage dans ce milieu, c’est qu’avec son ancrage dans la superficialité et l’image, il me semblait le plus opposé à la région.

La thèse de votre roman est donc la quête de soi, la quête du sens ?
Oui, Théo n’a jamais été plus loin que la ville de Québec. Il a vécu, après l’université, dans une bulle hermétique avec des gens qui pensent et vivent comme lui. Ce qui fait en sorte qu’il ressent tout un clash culturel lorsqu’il  arrive en région mais sa quête le poussera à s’ouvrir aux autres dont quelques babys boomers.

Contrairement au discours ambiant (Martineau, Buck-Côté, Duhaime) vous êtes, à 32 ans, fasciné par les boomers et semblez vouloir en quelque sorte les réhabiliter…
Je me suis réconcilié avec eux en écrivant le roman. Ma conception du Québec ne s’articule pas autour de l’idée d’une guerre entre les générations mais plutôt dans esprit de continuité. Je crois, contrairement à ceux que vous venez de nommer, que chaque génération doit nourrir la suivante. Je suis aussi fasciné par les boomers car ils ont évolué dans un contexte qui est difficile à imaginer aujourd’hui. Ils avaient un peu plus de 30 ans en 1976 lorsque le Parti Québécois est arrivé au pouvoir. Collectivement, ils ont vraiment essayé beaucoup de choses et sur le plan culturel, ça demeure la génération qui a été la plus forte au Québec.

Vous pensez pas que cette génération a fait un gros party et que c’est la suivante, la X, qui a eu la gueule bois ?
(Rires) Oui, vous en avez vraiment plus bavé que nous. Dans le milieu du travail il est vrai qu’ils ont occupé tous les postes mais je les vois partir depuis deux ou trois ans. Mon personnage, qui ne connaît rien du Québec, rencontre Clermont, un vieux militant boomer qui l’invite à regarder les élections et l’éveille à la politique.

Votre intention d’auteur était-elle de secouer votre génération ? La trouvez vous aphasique à l’égard de la politique ?
Oui, mais ma réflexion a changé depuis quelques semaines avec le mouvement étudiant. Avant cela, j’étais plutôt découragé par le faible pourcentage de gens de ma génération qui se rendent voter. Mais les plus jeunes sont en train de prouver à tout le monde que ce n’est pas une génération d’égoïstes, qu’ils sont très articulés et pourvus d’une vision d’avenir. Cela me rempli d’espoir.

Comme votre personnage, vous avez vécu en région. Votre souvenir le plus marquant ?
À Trois-Pistoles presque chaque coin de rue est associé à une légende. Ça m’a profondément marqué. La ville existe depuis 350 ans et avant on y retrouvait des Amérindiens. Il y a tout un imaginaire qui entoure cette  région. L’église par exemple est associée à une légende que j’ai reproduite, en l’adaptant, dans mon roman. Sans parler du paysage qui est vraiment extraordinaire.

Sur la 132 est disponible en librairies



Gabriel Anctil est né en 1979 à Montréal. Sur la 132 est le premier roman qu’il publie mais il en a écrit d’autres. Il a publié des textes sur Kerouac dans Le Devoir et bosse à Télé-Québec où il est chargé des achats de films présentés dans le cadre de Ciné-cadeau.