samedi 5 mai 2012

Yann Tiersen et son cinéma pour aveugles



Cinéma pour non-voyants

Imaginez un Ennio Morricone trash qui aurait composé la trame d’un film post-apocalyptique et vous aurez une idée de ce à quoi peut ressembler le nouveau disque de Yann Tiersen.

Moins d’un an près le sublime Dust Lane, le multi-instrumentiste Yann Tiersen dégoupillait Skyline qui vient d’atterrir dans nos contrées. Un autre objet radioactif presque entièrement instrumental qui distille un post-rock/noise mélodique sous haute tension. Ce qui ne déplairait pas à un Morricone devenu trash.

Créé à Paris, San Francisco et en Bretagne, Skyline pourrait très bien, pour les oreilles non aiguisées, donner l’impression d’émerger du même élan créatif que son prédécesseur. « Les deux sont assez rapprochés dans le temps, donc ils sont assez proches, quoique Skyline soit complètement différent. Moins sur les textures, moins sur les guitares et plus sur les synthés analogiques », analyse Tiersen au bout de l’onde en admettant du bout du lèvres qu’ils sont peut-être cousins.

Quant à sa méthode de création, ce n’est pas Tiersen qui livrera le secret de la Caramilk. « Je n’ai aucun instrument de prédilection ni de recette particulière. J’aime bien me laisser porter. Je pars toujours d’une idée de base assez simple, qui peut-être répétitive, et je construis à partir de cela », avance le créateur, qui n’aime pas intellectualiser son art. « On ne peut pas avoir d’influences musicales lorsqu’on essaie d’être honnête. Dès que l’on sent des influences, on s’en détache instinctivement », poursuit cette figure de proue du post-rock. La mort du rock? « Faux débat. On vit une époque dense. On a accès à toutes les cultures, à toutes les musiques et tout cela se mélange et évolue. La musique évolue aussi », tranche le créateur encore très associé à la bande sonore du méga succès Le fabuleux destin d’Amélie Poulain.

Putain de destin

Il semble d’ailleurs éprouver un étrange rapport avec ce film. Ras-le-bol d’en causer? « Cela m’est égal. J’ai rien contre, il m’a fait connaître dans le monde entier, mais je n’ai pas créé cette musique pour ce film », lance-t-il le ton désabusé. Et lorsqu’on lui demande, narquois, s’il compte revenir un jour à ces images d’Épinal musicale de Paris, le pote de Christophe Miossec se rebiffe : « Moi, je suis né en Bretagne. Nous avons passé des siècles en guerre contre les Français. Je ne suis pas du tout lié à l’image d’Épinal parisienne. L’accordéon est pour moi un instrument celtique. » « Peut-être, mais il a servi à cette image, un peu bluette, dans le film », relance l’intervieweur. « Justement, mes morceaux n’étaient pas liés à cela. Ils ont été tirés de mes premiers albums. Moi, autant je cautionne le film, j’aime bien son côté suranné noir et son côté humaniste, autant je n’aime pas du tout son côté parisien et français. Or, précisément, c’est parce que je ne suis pas en accord avec le film que ça m’a un peu gêné d’être collé à cette image », conclut-il.






Aucun commentaire: