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dimanche 2 octobre 2011

L'an vert du décor




Tendance

L’an vert du décor : se réinventer

Considérés comme des hurluberlus il y a quelques années, les adeptes d’une consciente verte ont maintenant le vent en poulpe.

Il faut dire que l’exode massif des citadins vers la banlieue à la recherche de verdure et de propriétés à prix moins élevés est devenu un argument des plus convaincant auprès des élus. 

À Montréal seulement, on estime à environ 20 000 le nombre de personnes qui choisissent de quitter la ville pour sa périphérie à chaque année.

Le 27 mars dernier, le quotidien La Presse publiait d’ailleurs un enthousiasmant reportage sur les efforts effectués par les dirigeants de neuf quartiers montréalais pour se réinventer dans une perspective à la fois verte, attrayante et utilitaire. 

Le journal y cause de Montréal mais cela est également le cas à Québec et son quartier Saint-Roch pour ne mentionner que celui-là.

Si cette tendance se vérifie à la ville, ce sont toutefois, les banlieues qui se transformeront le plus radicalement au cours des années à venir !

Aménagées dans les années 50, ces dernières ont été conçues en fonction de l’automobile. Ce qui a favorisé l’étalement urbain et stimulé du coup l’achat d’un nombre de plus en plus important de voitures. Occasionnant ainsi la mise en place de stationnements immenses toujours plus nombreux.

Ces voitures désormais concentrées sur les boulevards et les centres commerciaux qui sont utilisées, au Québec, dans 70 à 80 % des déplacements ont contribué à l’émergence des îlots de chaleur et sont responsables de 40 % des émissions de gaz à effet de serre (GES). Sans parler du smog et autre rétrécissement de la couche d’ozone.


La densification

Au cours des prochaines années, en favorisant la densification dans des périmètres restreints en banlieue comme en ville, on arrivera à améliorer la qualité de vie de ces deux endroits pour le plus grand bénéfice de tous. Un peu à la façon de la ville d’Orkotoks, en Alberta, qui a été l’une des premières en 1998 à reconnaître que la limitation de l’étalement urbain était le meilleur moyen de lutter contre les îlots de chaleur et autres incongruités environnementales.

Cette urbanisation planifiée fera en sorte que les terrains disponibles se faisant plus rares, les promoteurs favoriseront des habitations plus compactes afin de loger davantage de personnes pour engendrer plus de profits.

Faudra-t-il alors construire des blocs appartements qui ressembleront à des cages à poules afin de contenir tous les citoyens, demanderont les plus pessimistes ?

Pas du tout. Il a été démontré à plusieurs reprises qu’il est possible de rebâtir la ville sur elle-même. De la réorganiser en créant des quartiers plus compacts.

En invitant les commerçants à s’installer dans un périmètre déterminé, on favorisera la revitalisation de ces secteurs qui retrouveront ensuite une dimension humaine et deviendront vivants et conviviaux.

Dans un quartier mixte où se côtoient résidences, lieux d’emplois, commerces et loisirs, il a été démontré que les résidents utilisent leur automobile 45 % moins souvent que dans les banlieues où règne l’étalement urbain. Exit la consommation d’un litre d’essence pour acheter une pinte de lait !

C’est pour toutes ces raisons qu’en ce moment même plusieurs élus et fonctionnaires se penchent sur ces questions et cogitent aux façons de réaménager l’espace autour des centres d’achats. Ils réfléchissent aussi sur les différentes manières de récupérer les anciens immeubles industriels inutilisés quand ce n’est pas sur la construction de stationnements à étages qui libéreront les anciens parcs de voitures au profit de la construction domiciliaire.

Nous n’effectuons ici qu’un survol car les alternatives sont nombreuses mais il illustre une tendance irréversible.

Bien sûr, il se trouve encore ici et là quelques irréductibles climat-sceptiques, dont on peut soupçonner qu’ils soient plus motiver par les profits que la raison, mais les fulgurants changements des mentalités des dernières années nous prouvent que si «les pessimistes ont raison, ce sont les optimistes qui changent le cours des choses.»


Pour en savoir davantage sur l’étalement urbain et ses alternatives, on ne serait trop vous recommander de visionner l’excellent film d’animation en ligne sur le site : www.sagacite.org

lundi 30 mai 2011

Le bling-bling, la porno et les nouveaux réacs


                                Sarko et Carla Bruni, instrumentalisation de la vie privée à des fins   politiques.


Je tiens à remercier la Rédaction du quotidien Le Devoir qui a publié ce texte aujourd'hui p. A7 section «Idées».


«Tout le monde a une Rolex. Si à 50 ans on n'a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie!», dixit Jacques Séguéla, publicitaire français.


Si cette phrase a heurté de nombreuses personnes après que le célèbre créatif l'eut prononcée en février 2009 dans le cadre d'une entrevue qu'il accordait à l'émission Télématin, elle a sans doute fait sourire le philosophe Gilles Lipovetsky et plusieurs lecteurs de son célèbre ouvrage L'Ère du vide: essais sur l'individualisme contemporain, publié en 1983.


Au moment où il était interrogé au sujet du côté bling-bling du président Nicolas Sarkozy et de son affection pour les objets clinquants, Jacques Séguéla, l'inventeur du slogan «La Force tranquille» — puisé dans un discours de Léon Blum — qui a contribué à l'élection du président socialiste François Mitterrand en mai 1981, venait, mine de rien, de cristalliser en une phrase lourde de sens le concept fondamental du livre de Lipovet-sky: l'«hyperindividualisme».


Président marié à une chanteuse pop et ex-mannequin, Sarkozy instrumentalise sa vie privée, refuse la critique, avilit la fonction présidentielle — on se rappelle son célèbre «Casse-toi, pauv'con!» —, affiche un goût prononcé et assumé pour les marques de luxe et s'avère ultradoué dans la «pipeulisation» de la mise en scène politique...


Société civile


Cet hyperindividualisme se vérifie dans la classe politique bien sûr, mais également tous les jours dans la société civile: «L'idéal moderne de subordination aux règles rationnelles collectives a été pulvérisé», nous dit Lipovetsky.


Désormais, la valeur fondamentale est celle de l'accomplissement personnel. Exit les idéologies. «C'est la transformation des styles de vie liée à la consommation qui permit ce développement des droits et des désirs de l'individu, cette mutation dans l'ordre des valeurs individualistes.»


Près de 30 ans plus tard, force est de constater que non seulement l'agrégé de philosophie a su cerner et codifier notre époque, mais dans bien des cas, s'avérer prophète.


En effet, ce que nous dit la déclaration du fils de pub Séguéla, en somme, bien au-delà de l'apparente prise de défense du président ou du repli stratégique de quelqu'un qui viendrait de s'apercevoir qu'il a lancé une bourde, c'est que Sarkozy incarne de façon on ne plus éloquente, et cela, au sommet de la hiérarchie sociale, le symbole de son époque: institué par la société qui l'entoure et les conditions mises en place par le fonctionnement et les origines du libéralisme, Sarko cristallise l'hyperindividualisme contemporain poussé à son paroxysme.


Individu narcissique


Bien sûr, ce contemporain se décline dans la quotidienneté. On le voit à la télé, on le lit dans les journaux populaires, sur les blogues, sur Twitter, car partout il cherche un reflet dans l'approbation des autres, partout il quémande la gratification éphémère de la reconnaissance: versatile et sans passion dominante sinon que le culte de lui-même ou d'elle-même, relativiste absolu, bref, véritable girouette que Platon appelait déjà l'«homme démocratique»: une personne qui ne parvient plus à séparer ses désirs superflus de ses besoins nécessaires.


C'est cet individu narcissique qui serait réapparu avec la société industrielle des années soixante, à l'âge de la consommation de masse, à aujourd'hui. On a dit Sarko, mais cela aurait pu tout aussi bien être Paris Hilton ou, chez nous, les faiseux de recettes, lofteurs et autre pléthore d'histrions qui dispensent leurs avis émotifs, polémistes et souvent démagogiques contribuant ainsi à vider de son sens le débat public.


«L'âge moderne était hanté par la production et la révolution, l'âge postmoderne l'est par l'information et l'expression», confie Lipovetsky avant de pêcher cette perle: «Mais il en va ici comme pour les graffitis sur les murs de l'école ou dans les innombrables groupes artistiques: plus ça s'exprime, plus il n'y a rien a dire, plus il n'y a rien a dire, plus la subjectivité est sollicitée, plus l'effet est anonyme et vide.»


Effet anonyme pour gratification éphémère, l'opinion généralisée avec stars, codes, morcellement et effets chocs façon porno a encore de belles années devant elle...


Lipovetsky avait raison il y a 30 ans. Et après avoir vu l'hypernarcissisme et ses corollaires triompher au sommet de la hiérarchie française, ce qui semble le plus étonnant, c'est de constater à quel point les pornographes de l'opinion sont devenus, à peu de frais, les nouveaux gardiens de l'ordre moral. Bref, les nouveaux réacs.


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dimanche 10 avril 2011

Les Roms, les Noirs, les Juifs, Dieudonné et la «Pornographie mémorielle»

«Pornographie mémorielle»


En décembre dernier, après avoir fait état sur Facebook de ma grande appréciation du bouleversant film La Rafle qui porte sur les événements du Vel’d’Hiv, je me suis retrouvé avec ce commentaire pour le moins évocateur : «tu as raison, on n’en parle pas assez».

La remarque qui se voulait ironique en relevant une prétendue surabondance d’œuvres qui traitent de la Shoah s’avérait pourtant fort judicieuse : pour la première fois on déverrouillait ce sombre épisode de l’histoire de France au cinéma en faisant un film sur la nuit du 16 au 17 juillet 1942 où 13 000 Juifs furent enfermés au Vélodrome d’Hiver avant d’être expédiés vers la mort.

Mes «amis» virtuels étant des gens très bien, il s’en est suivi un échange des plus courtois avec notamment celui qui reprenait à son compte un certain néo cynisme ambiant qui fait en sorte que plusieurs évoquent l’entreprise mercantile dès qu’il est question de la Shoah. Comme s’il n’y avait plus de démarche artistique à ce sujet qui ne soit suspecte.  «Pornographie mémorielle», disent même les Dieudonné de ce monde.

Vous savez, cet ancien comique dont le ressentiment envers les «sionistes du CNC 1» serait grandement imputable aux refus de ces derniers d’accorder un financement à «Code Noir » son projet de film sur l’esclavagisme. Financement qu’il n’aurait pourtant jamais demandé ! selon l’auteure Anne Sophie Mercier (La vérité sur Dieudonné, éd. Plon 194 p.) qui précise qu’il s’agissait plutôt d’une demande d’aide à l’écriture qui lui aurait été maladroitement refusée.2

Évidemment, un certain lobby étoufferait par la même occasion les atrocités commises à l’endroit des autres peuples tels les Arméniens, les Noirs ou encore les Tsiganes afin de s’arroger le «monopole de la souffrance.»

En mai, j’ai eu le privilège de réaliser une entrevue avec l’immense Tony Gatlif, réalisateur de Liberté. Ce film qui porte sur les Tsiganes déportés dans des camps de concentration en compagnie des Juifs, communistes et homosexuels.




L’une des plus grandes difficultés de Gatlif, qui souhaitait faire ce film depuis longtemps, dans son processus créatif a été de débusquer des témoignages et des archives sur le sujet car les Tsiganes ont longtemps eu peur des morts. Peur d’en parler, peur de les réveiller. Cette hantise criante aujourd’hui dissipée, selon Gatlif, aurait néanmoins été présente jusque dans les années quatre-vingt.

Or, ce que souhaitait le réalisateur, en plus de témoigner du génocide d’entre 250 000 et 500 000 Roms c’était de l’officialiser sur le plan politique. Ce qui a été fait au Parlement européen en février dernier. Outre la reconnaissance politique, Gatlif tenait également à rendre hommage aux Justes qui ont sauvé des vies.

Il rejoignait en cela la volonté de l’ancienne journaliste Rose Bosh qui a signé le film La Rafle. La réalisatrice, fille d’un anarchiste catalan qui a été enfermé sous Franco et qui, rappelons-le, n’est pas juive, partageait également cette volonté de souligner le courage de ces Justes à travers son long métrage. Chose à laquelle elle est parvenue de façon magistrale malgré les accusations de manipulations émotives. Comme si le sujet n’était pas assez odieux en soi…

Cinéma vérité

Un autre opus magistral sur le Shoah paru en 2010, outre la série Amour, Haine et Propagande produite par Radio-Canada, a été Le Cœur d’Auschwitz : une enquête menée de son propre chef par le documentariste québécois Carl Leblanc autour d’un objet de papier en forme de cœur qu’il a vu par hasard au Centre commémoratif de l’Holocauste de Montréal et sur lequel on retrouve un «F» brodé en tissu.

Se déployant tel des origamis, l’objet de la taille d’un caillou contenait une dizaine de pages collées entre-elles sur lesquelles étaient inscrits des vœux signés parfois d’un simple prénom. L’objet en question avait été confectionné dans le plus grand secret par des codétenues qui l’ont offert, le 12 décembre 44, à la jeune Fania qui célébrait ce jour-là ses 20 ans à …Auschwitz.


Encore une fois, une des plus grandes difficulté de ce film, et on le voit très bien en ouverture, a été de convaincre ses protagonistes de participer à l’enquête tant cela réveillait des vieilles plaies qui ne seront jamais tout à fait cicatrisées. Si le réalisateur soutient qu’il s’agit avant tout d’une histoire humaine, il se pose en quelque sorte lui même en Juste a posteriori en tournant un documentaire percutant et touchant qui nous rappelle que la grandeur de l’âme humaine peut fleurir au milieu de l’horreur (On saluera au passage l’utilisation de la très belle chanson, en français, de Daniel Bélanger La Folie en quatre qui se marie à merveille au générique final).

J’ai revécu encore une fois une semblable émotion indignée en visionnant, pendant le congé de Noël,  Racines (Roots) tiré du roman éponyme d’Alex Haley. Une oeuvre qui raconte la saga d’une famille d’esclaves exilée de force sur le sol américain et qui s’est avérée, contre toute attente, un immense succès. Le pari était tellement risqué, on voyait rarement des Noirs à la télé à l’époque, qu’elle avait été d’abord programmée en rafale à la télé américaine en fin d’année pour pallier aux faibles audiences appréhendées.

C’est cette fondatrice télésérie culte qui, comme pour plusieurs, contribua plus tard à  m’initier au  militantisme contre l’apartheid en Afrique du Sud.

Ah oui, un détail : n’en déplaise à Dieudonné et ses amis conspirationnistes, elle a été produite par un certain David L. Wolper… et oui, encore un Juif.


1 - Le CNC est le Centre national de la cinématographie.

2 - Précisons ici que l’avocat de Dieudonné n’a jamais demandé la suppression de ce passage lors de la poursuite post parution du livre. En outre, il semblerait que  seulement 10 à 15 % des demandes aboutissent. Et que des gens dont la réputation n’est plus à faire, telle la cinéaste Tonie Marshall, se sont vus également refuser l’aide.


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Article paru dans TRIBUNE JUIVE édition Mars 2011
Chronique «Carte blanche»

samedi 9 mai 2009

Haro sur Dieudo

En mai 2006, un copain gravitant dans le monde du spectacle envoie à quelques personnes une invitation pour assister dans son bar au match de soccer opposant la France et le Brésil. Je l’appelle pour réserver ma place et, un sourire dans la voix, le pote en question m’annonce que l’humoriste Dieudonné, qui est de passage pour le Festival Juste pour rire, devrait se joindre à la joyeuse équipe. Malaise.


Faut dire que les quelques membres de cette bande d’adeptes de la non-rectitude, que nous sommes encore aujourd’hui, avions tous jadis craqués pour le mouton noir Dieudonné qui disait tout haut ce que ressentait souvent la majorité aphone.


Machination


Or, j’apprends à mon ami que TV5 venait de relayer une information selon laquelle Dieudo s’était rendu dans un congrès du leader de l’extrême droite française, Jean-Marie Le Pen.


Sinistre personnage pour lequel les camps de concentration ne seraient qu’« un détail de l’histoire » et que Dieudonné qualifiait lui-même, quelques années plus tôt, de « Grand marabout borgne ».


Stupéfait, le pote en question ne me croit pas. Je l’invite à consulter le Web et ça s’arrête là.


Plus tard, je me suis rendu voir le match et le comique français n’y était pas. Ouf. L’avait plutôt choisi le Barouf, rue Saint-Denis, parait-il.


Jusque-là, je pouvais à la rigueur accepter, en ma qualité de spectateur, que Dieudo présente un sketch illustrant un colon israélien esquissant le salut hitlérien. L’analogie était plus que douteuse, mais tout le monde y passait dans son show, alors ok. Mettons.


Or les déclarations incendiaires se sont multipliées par la suite et Dieudonné, devenu paranoïaque, est entré dans ce délire qui emprunte au Mein Kampf d’Adolphe Hitler et s’est mis à voir des complots partout.


Qu’il remplace le mot juif par sioniste ne change rien à cette crapoteuse machination. D’ailleurs, il en convenait lui-même un jour en entrevue en France, cet écran de fumée langagier était la meilleure façon d’éviter les poursuites pour incitation à la haine.


Sérieux problème


Qu’un mec associé dans le passé à la gauche dérape vers l’extrême droite, ça ne sera pas la première ni la dernière fois. La gauche n’est pas imperméable au culte de l’homme fort et les bastions lepénistes d’hier étaient souvent d’anciens fiefs communistes. On le sait.


Que Dieudonné critique les politiques du gouvernement israélien, pas de problème non plus. Ils sont d’ailleurs déjà très nombreux à le faire là-bas.


Mais qu’il parle de « pornographie mémorielle » au sujet de la commémoration de la Shoah et accuse, au Québec, Patrick Bruel de se croire issu d’une race supérieure cause un sérieux problème.


D’ailleurs, il n’est pas vain de le rappeler que cette fameuse « élection » de Dieu, à laquelle fait manifestement allusion le comique sinistre, n’a rien à voir avec un quelconque sentiment de supériorité. Cette élection vise plutôt à contraindre le peuple juif de donner l’exemple en se comportant de façon exemplaire, comme en témoigne le prophète Amos : « C'est vous seuls que J'ai distingués entre toutes les familles de la terre, c'est pourquoi Je vous demande compte de toutes vos fautes. »


Dieudonné au Québec


Cela dit, le guignol est de retour au Québec.


Je l’ai appris cette semaine par la voie d’un communiqué émis par une relationniste, que j’aime pourtant bien et qui se justifiera plus tard ne pas le défendre ni le louanger, mais seulement transmettre de l’information.


Je la laisse à sa conscience, si elle la retrouve un jour. Puis, elle conclut notre échange de courriels par : « Reste à voir l’accueil du public maintenant! »


Eh bien, j’espère de tout cœur que le public québécois ne sera pas au rendez-vous!


Les listes


Déjà qu’il était très douteux que le personnage affirme, sur le plateau de Tout le monde en parle version québécoise, qu’il fut agressé en Martinique en mars 2005 par quatre Israéliens, il précisa aux téléspectateurs que ceux-ci l’avaient attaqué dans le dos avant d’ajouter : « déjà, c’était signé » devant un Guy A. Lepage décontenancé, qui n’eut hélas pour réflexe que de sourire. Comme si le propos de Dieudonné était léger et divertissant.


J’ai vu l’an passé son dernier spectacle en banlieue de Montréal et je puis vous assurer que cet homme est habité par la haine. Et qu’il présente aujourd’hui des listes antisionistes pour l’élection européenne du 7 juin n’est guère étonnant.


Nous n’irons pas jusqu’à promouvoir l’interdiction de ces listes, comme l’ont récemment évoqué les partis politiques français. Cela ne ferait que le servir en le gratifiant d’une aura de pseudo martyr et alimenterait sa posture victimaire fumiste qui invente par ailleurs de toutes pièces un débat en opposant les Noirs aux Juifs.


Désormais persona non grata des tribunes médiatiques en France, le personnage revient propager son humour nauséabond chez nous. Que faire?


Dénoncer


Entre le « je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire » de Voltaire et le « pas de liberté pour les ennemis de la liberté » de Saint-Just — rappelons ici que Dieudo a demandé à Le Pen d’être le parrain de sa troisième fille —, nous croyons qu’une seule voie soit possible : la dénonciation.


Ce triste sire possède du charisme. Il est rusé — demandez au chroniqueur Richard Martineau qui s’est fait croquer en essayant de le dénoncer lors d’une émission de télé — et jouit d’influence auprès de ceux qui croient encore que propager des mensonges haineux relève de l’audace humoristique contestataire.


Dénonçons les humoristes pleutres participeront au même spectacle que lui au Québec en faisant mine de pas être au courant de la controverse.


Refusons que le Québec serve de roue de secours à un humoriste devenu persona non grata en France, non pas en raison d’un quelconque complot judéo-maçonnique, mais bien parce que l’odeur de la peste brune suscite toujours l’indignation.


À cet homme qui invente des trophées pour les Robert Faurisson de ce monde, célèbre négationniste de la Shoah qu’il invite d’ailleurs sur scène, remettons-lui à notre tour la médaille de notre dignité : le mépris.


Claude André


Ce texte a été publié dans l'édition du mardi 12 mai 2009 du quotidien Le Devoir dans la section «Idées».

vendredi 27 avril 2007

La religion au Québec: cold turkey

Voici mon humble contribution au magazine La Voix au masculin parue dans l'édition de mai 2007 arrivée mercredi sur les présentoirs. À lire : l'excellente entrevue avec Daniel Boucher réalisée par Franco Nuovo.

« La religion, c’est l’opium du peuple », disait Karl Marx. Après avoir été infiniment intoxiqué entre 1944 et 1959 pendant la période de « la grande noirceur » au cours de laquelle l’église imposait un joug oppresseur sur notre population avec la complicité de Duplessis, les Québécois ont littéralement expulsé la religion avec la révolution tranquille qui a débuté en 1960. C’est d’ailleurs aussi en rébellion face à cette époque que nous utilisons si souvent des mots ecclésiastiques pour exprimer notre colère quand nous sommes en tabarnak. Cependant, la désintoxication, en proportion avec l’histoire de l’humanité, s’est faite de façon rapide, brutale et à froid. Cold turkey, disent les junkies.

Or, je suis de plus en plus persuadé que la « victoire » hautement symbolique de Mario Dumont le mois dernier a vraiment quelque chose à voir avec le religieux. On a beaucoup parlé d’une soi- disant colère du Québec rural à l’endroit de certains immigrants qui revendiquent des accommodements déraisonnables.

Que ce soit dans le cas de prières à l’université, de fenêtres givrés ou du couteau sikh, les récriminations ont toujours à voir avec le religieux.
Or, comme le sait la sagesse populaire, 90 % des occasions où un individu est en colère, il l’est en fait contre lui-même.

De voir agir ces immigrants, aussi minoritaires fussent-ils dans les cas qui nous préoccupent, nous a peut-être fait réaliser que nous avons collectivement jeté le bébé avec l’eau du bain en matière de religieux.

J’ai moi-même longtemps fréquenté l’athéisme (suis plutôt agnostique aujourd’hui) et je demeure farouchement partisan d’une séparation de l’Église et de l’État. Mais comme plusieurs d’entrevous, j’ai été ébranlé lors de la dernière campagne électorale lorsque André Boisclair a proposé de retiré le crucifix de l’Assemblée Nationale. « Et pourquoi pas la croix sur le Mont-Royal », ai-je maugrée avec dépit pour moi-même. Pourtant, cette initiative allait exactement dans le sens de mes convictions, non ? C’est en voyant Daniel Boucher quelques semaines plus tard qu’un élément de réponse est apparu. En effet, le « bummer funambule », à l’occasion d’un spectacle au Cabaret, arborait un gaminet sur lequel trônait une représentation du Christ avec l’inscription « Jesus is my homeboy ». «Volonté d’affirmation identitaire, nul doute que c’est de cela qu’il s’agit », me suis-je dit à ce moment en me promettant de faire de même et de m’acheter moi-aussi un t-shirt de Jésus.

Par une espèce de mimétique du désir, ce sentiment qui fait qu’un enfant souhaite toujours obtenir le jouet de son camarade et se désintéresse du sien, d’observer des gens défendre et revendiquer leur culture religieuse, malgré un brutal changement d’environnement social qu’implique le fait d’habiter un nouveau pays, nous a peut-être fait prendre conscience que nous y perdions quelque chose.

Car s’il est vrai que la religion catholique est sexiste et paternaliste, en plus d’avoir eu son lot de scandales pédophiles, c’est aussi elle et son imaginaire sacré qui caractérise notre identité nationale avec la langue française et notre statut de minoritaire en terre d’Amérique. Ces fameuses « valeurs communes » que Mario Dumont, bien qu’il souhaite les enchâsser dans une charte n’a jamais voulu ou été en mesure d’identifier mais qu’il a assurément pressenties.

Avec notre éternel complexe de la ringardise, notre peur de passé pour quétaine nous avons balayé sous le tapis les beaux souvenirs de première communion ou de dimanches chez la grand-mère. De notre papa qui saluait une église lorsque nous en croisions une en voiture. Souvenez-vous de la scène poignante du film Les Invasions barbares où un curé tente de vendre, sans succès, des icônes religieuse. Le réalisateur Denys Arcand touchait là une des cordes les plus sensibles de notre identité collective. De société la plus pratiquante en Amérique du Nord, le Québec est devenue la moins pratiquante. Selon, The Bibby Report on Catholicism in Quebec, le nombre de catholiques pratiquants continue de décroître au Québec et serait maintenant de 22 %. Tandis qu’il remonte à 37 % dans le reste du Canada. Une baisse de fréquentation qui s’explique par le vieillissement de la population des babys-boomers de plus en plus nombreux dans la tranche plus âgée de la population.

Mais ce sondage nous apprends également que 85% des Québécois revendiquent leur appartenance catholique et trois Québécois sur quatre affirment prier à l’occasion en privé (source la Presse 8 avril).

De toute éternité, l’Histoire nous enseigne que l’être humain a toujours tenté d’assouvir un besoin irrépressible de sacré et de symbolique qui n’est pas prêt de s’estomper. Souvenez-vous du succès de la chanson «Seigneur » de Kevin Parent. Avec la résurgence du folklore chez-nous, le succès d’une chanson comme « Dégénération » de la formation Mes Aïeux, la popularité du grandissante du conte et l’effritement de la mode des religions à la carte, il ne faudrait pas s’étonner d’un retour massif et fort probable des ouailles dans les églises du Québec. Les Curés devront alors un fier cierge pascal aux plus revendicateurs des représentants des communautés culturelles qui auront agit en éléments catalyseurs, en quelque sorte.

Et pendant ce temps, des jeunes québécois et canadiens continueront d’aller mourir en Afghanistan, ce pays reconnu pour être le plus grand fabricant d’opium au monde. Bonjour l’ironie.

mardi 27 mars 2007

PQ: la fin pour Boisclair ?


Oui, je sais, il a mené une bonne campagne. En fait, meilleure que cette chronique d'une mort annoncée par les observateurs.

Mais, sur le plan de son leadership, il est évident qu'André Boisclair vit désormais sur du temps emprunté.

Cruel? Oui, mais c'est la politique.

La nature humaine étant ce qu'elle est, il est plus qu'assuré que les militants du Parti québécois exigeront un sacrifice humain symbolique...

Les membres de l'organisation fondée par René Lévesque ne se gêneront pas pour indiquer la sortie, dans les jours qui suivent, à cet homme qui incarne trop l'urbanité branchée.

Et ce désir sacrificiel devrait également se manifester chez les libéraux qui ont néanmoins subi un cuisant échec hier.

Les penseurs de ce parti se demanderont assurément si Jean Charest pourra leur redonner la victoire dans 18 mois.

Soit lorsque ce gouvernement minoritaire tombera, comme c'est le cas en moyenne, pour les gouvernements qui ne détiennent pas une majorité de sièges.

L'avenir du PQ

Il est évident que Gilles Duceppe lorgne déjà de ce côté-ci de la rivière des Outaouais.

Comme, modestement, je le subodorais en ces pages ouèbes le 20 février dernier, la question n'est plus de savoir si Boisclair quittera le PQ mais bien lequel de Duceppe ou Curzi le remplacera.

Pour ma part, je crois que Duceppe à laissé passer sa chance lorsqu'il à refusé de répondre à l'appel du pied d'une partie de l'establishment du parti à la démission de Bernard Landry.

En plus, bien qu'il ait pris du gallon à cet égard, il n'est pas de ce bois dont ont fait les héros, les sauveurs pour ce peuple québécois encore fortement marqué, dans son inconscient collectif, du sceau de la judéo-chrétienté. Donc des messies.

Or, je le répète, je demeure convaincu que Pierre Curzi, après avoir affûté ses armes à la présidence de l'Union des Artistes où il a fait un boulot admirable selon la plupart de ses pairs, ne s'est pas lancé en politique active pour jouer les seconds rôles.

L'homme a beau afficher une certaine modestie, et c'est ce qui fait notamment son charme, il n'est pas dupe pour autant et possède une envergure certaine comme ses récentes apparitions télés l'ont démontrées.

Dimanche dernier d'ailleurs, le chroniqueur Richard Martineau, qui était de la grand-messe Tout le monde en parle, ne disait-il pas, en évoquant sa récente tournée des régions québécoises en sa qualité d'observateur de la campagne électoral, que les "régions attendent Curzi"?

Ces mêmes régions qui ont donné l'opposition officielle à l'Action démocratique.

Surtout en réaction face aux accommodements raisonnables et de la fameuse position "autonomiste".

Mais le leurre de cette posture de l'ADQ ne saura résister à l'épreuve des faits.

Mario Dumont devra un jour expliquer comment il entend s'y prendre lorsque ses vis à vis d'Ottawa lui brandiront des refus catégoriques à ses revendications en matière d'impôts, par exemple.

C'est un peu comme si un chef syndical se présentait à une table de négociations en annonçant à l'employeur: "on veut des bons salaires mais on ne souhaite surtout pas aller en grève ou vous froisser!".

Il ferait quoi le patron? Il achèterait une dinde à Noël aux employés et dirait au leader syndical: "voilà, tu as eu tout ce que tu voulais, maintenant, laisse-moi vaquer à mes occupations plus sérieuses..."

Bref, pour revenir donc à l'avenir du PQ, bien qu'il aurait déclaré aujourd'hui à Paul Arcan à la radio qu'il était, à 60 ans, trop vieux pour devenir chef de parti, je crois que M. Curzi a surtout fait preuve d'élégance envers celui qui est encore son chef.

Mais n'en croyez que dalle. Lorsque j'ai eu la chance et le privilège de le voir à mes côtés, il y a deux semaines, sur le plateau de l'émission Ici et là, M. Curzi n'a pas bronché lorsque j'ai fait, en ondes, allusion à son éventuel statut de premier ministre.

Et, je crois qu'il ne m'en voudra pas trop d'en parler ici, mais lorsque nous avons causé politique ensemble en nous dirigeant au spectacle de Zachary Richard, M. Curzi m'a semblé, et c'était frappant, l'homme de la situation.

À la fin du concert, après qu'une dame soit venue l'encourager à apporter une part d'âme à la chose publique, je lui ai lancé: "Pierre, téléphonez-moi lorsque vous serez candidat à la direction du PQ".

L'ancien comédien de haut voltige n'a rien répondu et m'a salué dans un grand éclat de rires.

Or, c'est bien connu, au PQ, lorsqu'on ne dit pas non, c'est qu'on dit oui!

mardi 20 février 2007

Un pays pour Curzi?


Je ne sais pas si vous avez regardé le gala des Jutra de dimanche dernier, mais moi j'ai eu le temps de voir l'hommage au comédien Pierre Curzi qui a décidé de faire le saut en politique sous la bannière péquiste.

Si la reprise de la chanson Le Blues du businessman faisait figure de quintessence de la ringardise, le discours de la "tête hommagée" pour sa part a démontré une exaltation et une passion des plus enthousiasmantes avec sa chute en appel à la souveraineté du Québec et l'ovation debout qui en a résultée.

J'aurais aimé qu'une caméra se braque sur la ministre du patrimoine canadien Bev Oda histoire de rigoler un bon.

Imaginez la scène, si cette dernière qui ne maîtrise pas l'une des deux langues officielles du pays qu'elle est sensée représenter, a suivi le courant et s'est levée elle aussi, comme la majorité de la foule, à la suite de l'exhortation à réaliser l'indépendance du Québec de Pierre Curzi!

Je ne sais pas pour vous, mais comme l'impression que cette figure ministérielle évoquait ces ambassadeurs qui allaient, jadis, adresser des sourires patentés aux indigènes des colonies des républiques bananières.

Manquent vraiment pas d'air les fédéralistes...

Ce qui nous ramène à Pierre Curzi.

J'avais remarqué bien sûr l'éloquence du comédien comme tout le monde, mais son envergure politique et sa passion m'ont particulièrement touchés lorsqu'il a été invité en qualité d'analyste à l'émission Il va y avoir du sport, diffusée il y a quelques semaines à Télé-Québec.

Et rebelote ensuite à Tout le monde en parle.

Avec les impairs du nouveau chef du Parti Québécois André Boisclair qui ne cessaient de s'accumuler, Curzi ne démontrait-il pas l'envergure d'un homme d'État?

Et à ceux qui soutiendrait que son statut de comédien pourrait nuire à sa crédibilité, me suit dit que l'ex-président des États-Unis Ronald Reagan était lui même un ancien acteur(de second ordre, dans son cas) et que Curzi avait sans doute fourbi ses armes alors qu'il occupait le poste de président de l'Union des artistes.

En plus, il est un enfant de l'immigration. Ce qui ajoute un plus value majeure dans ce débat où les démagogues tentent d'amalgamer les partisans de la souveraineté à une clique de nationaleux ethnniquement atteints.

De la façon dont les planètes semblent s'aligner, même avec l'évenutalité d'un gouvernement péquiste minoritaire, comme l'évoque une analyse de Greg Morrow parue dans La Presse d'aujourd'hui, qui avait prédit avait exactitude le résultat de vote dans 92 % des circonscriptions fédérales l'année dernière, la question n'est plus de savoir si André Boisclair demeurera longtemps chef du PQ.

Mais qui de Piere Curzi ou Gilles Duceppe le remplacera.

Mon choix est fait. Le vôtre?