vendredi 4 mai 2012

On se fait tous fourrer !



Le mépris et l'entêtement d'Alexandre Chartrand


L’art de la provoc’

Bénéficiant d’une certaine sympathie dans le milieu du cinéma underground, grâce à son long métrage de fiction La Planque (2004) ainsi qu’à son documentaire sur le peintre d’envergure Serge Lemoyne (2005), Alexandre Chartrand, également peintre, présente une troisième expo à la fois provocatrice et engagée qui promet de brasser la cage : On se fait tous fourrer!

Claude André

Votre exposition s’intitule On se fait tous fourrer! Pourquoi?
Je suis un peintre engagé et dénonciateur. Pour cette expo, j’ai décidé d’aller droit au but. Les tableaux ont également un aspect caricatural, car j’ai représenté, sans détour, des gens qui se font fourrer dans le sens strict de l’expression. Pour ce faire, j’ai, notamment, mis l’accent sur les visages.

Êtes-vous influencé par Magritte?
Oui. On se souvient tous de son œuvre Ceci n’est pas une pipe, qui illustrait une pipe. J’essaie, comme lui, que les titres de mes œuvres aient autant d’importance que les représentations elles-mêmes.

Comment on en vient à faire une expo sur cette thématique?
Ça fait longtemps que je suis désenchanté par la politique. Les politiciens font, en général, davantage partie du problème que de la solution. Je trouve qu’il y a trop peu de gens qui s’intéressent à la chose politique et je me disais que la peinture, à la fois ludique et très colorée, pourrait attirer les regards. Il faut dire que si le sujet semble à la mode en ce moment, il ne l’était pas au moment où j’ai eu cette idée d’expo, il y a deux ans.

Cette expo est donc volontairement racoleuse.
Exactement. Généralement, lorsque je peins, je m’inspire de photos que j’ai prises moi-même de mes sujets. Dans ce cas, j’ai travaillé avec de photos glanées sur Internet, en cherchant délibérément la provocation par l’intermédiaire de la pornographie.

On retrouve même la reine d’Angleterre en position, disons… inhabituelle.
Oui, c’est le clou de l’exposition et ce geste est, par sa nature, illégal au sens de la loi, car il est interdit de représenter la reine sans son consentement. Je n’ai pas commencé par cette image, mais j’ai tellement trouvé effrontée la venue du couple royal après leur mariage que je me suis dit qu’il me fallait émettre un commentaire sur la monarchie. Cela semble anodin, mais le fait que nous soyons encore une colonie, que l’on ramène encore l’appellation « royale » dans les institutions, que l’on paie à ces jeunes un voyage pour venir rire de nous en pleine face et nous rappeler que nous sommes encore sous domination, m’apparaît totalement déplacé. Ces gens sont quand même les descendants des grands dictateurs de l’histoire européenne.

Vous présentez cette expo dans une galerie de l’Ouest de l’île, double provocation?
Oui et non. Ce n’était pas aussi flagrant qu’il ne paraît, car j’en suis à ma troisième expo à cet endroit. Je m’entends particulièrement bien avec la propriétaire de la galerie. J’ai pu lui proposer mon concept verbalement et elle l’a accepté d’emblée. Cela dit, je suis bien content, car l’emplacement de la galerie a pour effet de confronter plusieurs personnes. Il y a déjà des gens qui se sont plaints du mauvais goût de ma série.

Et il serait imputable, selon vous, à l’aspect politique ou pornographique de l’expo?
L’aspect politique. Parce que des gens nus, en peinture, ça pleut. C’est surtout le fait d’avoir associer la reine à la porno qui choque. D’autant plus que je lui ai donné un titre assez salé…

Lequel?
À faire bander Stephen Harper…




  
Le tableau titré Le Mépris et l’entêtement  (voir au sommet du texte) qui a été ajouté in extremis à l’expo a rapidement trouvé preneur et les 1779,00 $ demandés symboliquement pour son acquisition seront entièrement remis à la CLASSE en signe de soutien au mouvement étudiant. « En tant que non étudiant, je me suis demandé de quelle façon je pouvais soutenir le mouvement et manifester mon désaccord avec la position du gouvernement Charest sur la hausse des frais de scolarité. J’ai participé aux marches, j’ai transmis les textes sur ma page Facebook, j’ai signé des pétitions. Mais je me rends compte que je dois parler le même langage que Charest pour qu’il cesse de nous ignorer : le langage de l’argent! »

On se fait tous fourrer!, dès le 2 mai à la galerie Point Rouge.

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