mercredi 18 avril 2012

Lettre à la CLASSE

Lettre à la CLASSE

La situation est tendue tel un fil sur le point de casser.

Après plus de deux mois de manifestations historiques, de répression et, plus récemment, un processus de judiciarisation du conflit, la ministre Beauchamp semble reculer. La muraille entêtée du gouvernement Charest se fissure. Cette brèche est suffisante pour faire pénétrer la lumière dans le débat.

Mais voulant sans doute sauver la face du gouvernement, et ce qui reste de dignité au premier ministre Charest, celle qui commence probablement à paniquer sous la pression des multiples bavures policières et les échecs de la job de bras digne de l’époque de Duplessis, lance aujourd’hui un ultimatum : « condamner les violences et y renoncer afin de faire avancer les choses ». 

Je comprends que vous ne souhaitiez pas participer, voire vous abaisser, à cette logique paternaliste qui va à l’encontre des principes même de la démocratie directe. Je comprends très bien que vous ne souhaitiez pas adhérerà cette façon de penser selon laquelle un porte-parole, confondu avec un chef, devrait dénoncer des gestes isolés qui, dans certains cas, n’ont peut-être rien à voir avec le mouvement qu’il représente.

Je comprends qu’en refusant de vous prononcer à ce sujet vous refusez un amalgame qui a sans doute pour objectif de vous discréditer auprès de la population.

Mais le récent (et ignoble) débat auquel le porte-parole de la CLASSE a participé face au chroniqueur Christian Dufour, inutilement provocateur et sincèrement obtus à l’émission de Denis Lévesque sur les ondes de LCN,  démontre que même un professeur comme M. Dufour ne semble pas comprendre la culture de la démocratie directe.

Même lui, habitué à la chose politique, ne parvient pas, et je ne doute pas de sa sincérité, à comprendre votre refus d’adhérer à la politique spectacle et à la personnalisation des enjeux politiques.

Le culte de la personnalité ambiant jumelé à un hyperindividualisme devenu culturel les empêche, lui comme Martineau et de nombreuses personnes hostiles au mouvement étudiant, de comprendre une autre logique que celle qui est devenue la leur.

Voilà pourquoi je ne saurais trop vous suggérer de tenter une autre approche que celle de la confrontation des idées et d’obtenir auprès de vos adhérents le mandat de formuler une déclaration qui irait dans ce sens :

« Nous condamnons la violence utilisée par certains de nos membres, ainsi que la brutalité policière qui a été déployée depuis le début des manifestations. »

Cette déclaration qui aurait pour effet de permettre au gouvernement Charest de sauver la face auprès de la population, ce qui le rendrait plus disposé à négocier, pourrait du même souffle lui jeter à la figure sa propre responsabilité quant à l’escalade de la violence.

De plus, elle lierait les mains de la ministre Beauchamp qui ne pourrait plus se réfugier derrière un écran de fumée pour refuser de vous inviter à la table des négociations, tout en permettant à la CLASSE de faire preuve d’une certaine envergure.

Cette envergure que la population attend encore d’un homme d’État, c’est de vous qu’elle viendrait.

Chose qui, en plus d’être noble, s’avérerait positive pour le rayonnement de votre cause auprès de l’opinion publique.

Merci de votre attention,

Cordialement.

Claude André

1 commentaire:

Yvonne Barreau-Fein a dit…

a publier dans les tribunes libres de nos quotidiens