lundi 18 mars 2013

Le FLQ : repoussoir pour la souveraineté ?

Paul Rose devant le palais de justice de Montréal en janvier 1971.


Le FLQ : repoussoir pour la souveraineté ?

Par Claude André
Dans la foulée du décès de Paul Rose, le toujours coloré chroniqueur Normand Lester a écrit dans sa chronique sur Yahoo : « En provoquant la Crise d’octobre, Rose et son quarteron de complices ont servi les intérêts des gouvernements libéraux au pouvoir. Pierre Trudeau et Robert Bourassa ont su exploiter habilement les crimes de ces hurluberlus. En enlevant le ministre Laporte et le diplomate britannique Cross, ils donnent le prétexte au gouvernement fédéral de proclamer la loi martiale. Ottawa et Québec ont tout de suite compris comment ils pouvaient utiliser le FLQ pour faire peur au monde et ainsi endiguer et même faire reculer le développement de l’idée indépendantiste dans la population. »

Rectifions d’emblée : ce n’est pas la loi martiale qui fut proclamée, mais bien l’existence d’un état d’insurrection appréhendé. Proclamation qui a avait pour effet d’octroyer des pouvoirs d’exception à la police et non d’autoriser l’intervention de l’armée canadienne. Chose qui aurait pu se faire sans avoir recours à la fameuse Loi sur les mesures de guerre.

Et à l’intention de la frange droitiste qui accuse les médias d’encenser un meurtrier, précisons de nouveau que même s’il porte l’odieux de l’enlèvement de Pierre Laporte, Paul Rose n’était pas présent au 5630 de la rue Armstrong à Saint-Hubert au moment où le ministre libéral a été tué, comme l’ont démontré les audiences de la Commission Duchaîne en 19801. Il ne faudrait tout de même pas vider les mots de leurs sens.

Cela étant dit, pour quiconque s’intéresse à l’histoire politique du Québec plutôt qu’aux opinions déguisées en analyses, une question demeure pertinente : le FLQ a-t-il, a posteriori, favorisé le rayonnement du mouvement indépendantiste ou, au contraire, lui a-t-il été néfaste?

D’aucuns vont jusqu’à affirmer que « sans la Crise d’octobre, le Québec serait déjà un pays depuis longtemps » !

Hélas, je ne possède pas la boule de cristal rétroactive que semble consulter Mathieu Bock-Côté avant de se rendre dans le studio de Radio X, mais s’il est vrai que la majorité des Québécois, fédéralistes comme indépendantistes, désapprouvèrent l’enlèvement et le meurtre de l’ex-ministre libéral Pierre Laporte, il paraît hasardeux de tenter de faire porter le chapeau d’« idiot utile » à Paul Rose, comme certains tentent de le faire ces jours-ci.

Contexte sociopolitique


À la fin des années soixante, les Québécois étaient victimes d’une domination séculaire. Non seulement ils ne pouvaient pas se faire servir en français dans les commerces, mais il leur fallait en plus se soumettre à la langue du dominateur anglophone pour espérer gagner un salaire très souvent dérisoire.

Pour mémoire, rappelons-nous que le 19 novembre 1962, alors qu’il se faisait demander par le comité parlementaire pourquoi on ne retrouvait pas de francophones aux 17 postes de vice-président chez le Canadian National Railway (CN), Donald Gordon, le président de cette société d’État, déclara sèchement que les promotions s’effectuaient « au mérite ».

Un énoncé qui, non sans rappeler le célèbre rapport Durham, fit beaucoup de bruit à l’époque en cristallisant, en deux mots, une grande partie du mépris et de la condescendance, sans parler de l’exploitation, que subissaient alors les francophones face aux maîtres des lieux.

À la suite de cette assertion, une manifestation devant le Queen Elizabeth, où se trouva le siège social du CN, devait tourner à la violence. Ceci est un exemple parmi d’autres du climat qui régnait au Québec lorsque le FLQ commença à faire parler de lui dans les années soixante. Climat qui a permis au groupuscule terroriste de profiter d’un capital de sympathie auprès d’une certaine partie de la population québécoise. Or, le vent tourna rapidement après la mort de Laporte. Mais il demeure très difficile, selon, notamment, les historiens signataires du référentiel ouvrage Histoire du Québec contemporain2, d’évaluer l’impact de l’action terroriste qui s’est manifestée au Québec de 1963 à 1970.

Ce que l’on sait toutefois, c’est que si le Parti québécois a perdu un siège en 1973 (celui de Camille Laurin dans Bourget) son résultat est néanmoins passé de 23,06 % à l'élection de 1970 à 30,2 % à celle de 1973. Et cela en dépit du fait que l'indépendance était promise sans même passer par un référendum! Comme traumatisme, on a vu pire. D’autant que le Parti québécois a accédé au pouvoir en 1976 (41,4 %), en plus de tenir un premier référendum sur la souveraineté en 1980.

Donc, en l’absence d’études empiriques sur la question précise de l’influence favorable ou néfaste du FLQ, il n’apparaît pas farfelu de supposer que l’onde de choc provoquée par Rose et sa bande a contribué à une certaine prise de conscience politique chez de nombreux Québécois. Qu’une des cibles ait été un père de famille arraché à ses enfants rend le crime crapuleux, cela relève de l’évidence. Personne ne mérite la mise à mort. Même s’il a des accointances mafieuses comme c’était le cas de Laporte.

Mais du point de vue de la stricte et froide analyse empruntée à la realpolitik, on peut supposer que non seulement sans le FLQ le Québec ne sera pas davantage un pays souverain aujourd’hui, mais que les actes, aussi abjectes fussent-ils, commis par Paul Rose et les autres ont plutôt procuré une légitimité inespérée au parti fondé par René Lévesque. Lui qui, de son côté, prônait la voie démocratique pour accéder à l’indépendance.

Pour ma modeste part, même si je suis de ceux qui croient que la démocratie ne remplit pas toujours ses promesses et qu’elle est souvent instrumentalisée (on n’a qu’à penser à la récente loi 178), ce n’est pas parce qu’il refusait de jouer le jeu de la « lenteur démocratique », pour reprendre le chroniqueur Bock-Côté, que je n’aurais jamais cautionné le FLQ. Car dire cela équivaudrait à délégitimer toute forme de contestation autre qu’électorale.

Non, si je refuserai toujours de cautionner la violence, c’est parce que comme l’a si bien dit l’immense Camus en expliquant son refus d’endosser les bombes du FLN3 qui explosaient aléatoirement dans les trains algériens, c’est parce que, comme lui, « je préférerai toujours ma mère à l’injustice ».

1-Revue Criminologie La Crise d’octobre et les commissions d’enquête, Jean-Paul Brodeur Volume 44, numéro 1, printemps 2011, p. 45-66

2- Histoire du Québec contemporain tome II, Linteau-Durocher-Robert-Picard.Ed. Boréal 1989

3- Front de libération nationale, Algérie




vendredi 25 janvier 2013

Marc Hervieux et la Chauve-Souris




Dominique Côté et Marc Hervieux dans La Chauve-Souris de Strauss fils.

Champagne et… chauve-souris!

Transposer la célèbre opérette du viennois Johann Strauss fils dans le Montréal des années trente, telle est la proposition de Marc Hervieux et de l’Opéra de Montréal avec cette nouvelle adaptation de la classique La Chauve-Souris (Die Fledermaus).

Claude André

Caroline Côté et Marc Hervieux
«L’histoire? On peut la résumer assez facilement : c’est une grosse farce! Une comédie qui est presque une pièce de théâtre d’été chantée. Il s’agit d’un type qui est condamné à passer huit jours en prison, mais juste avant d’y aller, il est invité à un grand bal masqué. Sachant qu’il y aura beaucoup de filles, il s’y rend avec l’idée de tromper sa femme. Mais cette dernière, croyant que son mari est déjà en prison, se retrouve aussi à cette fête. Et mon personnage, Gabriel, éprouve une sérieuse attraction pour une des femmes présentes. Ce qu’il ignore, puisqu’elle est masquée, c’est qu’il s’agit de sa propre épouse!», résume le sympathique Marc Hervieux avant d’ajouter que cette histoire est avant tout un prétexte à une musique heureuse et au rire.

«On est loin de l’opéra, où il y a une dame coiffée d’un chapeau avec des cornes», rigole encore le prince des ténors en expliquant qu’à la différence de l’opéra, où tout est chanté du début à la fin, on trouve dans l’opérette des scènes parlées comme au théâtre.

Autres éléments intéressants de cette mise en scène signée Oriol Tomas qui ouvre la 33e saison de l’Opéra de Montréal et dans laquelle le comédien Martin Drainville joue le rôle du gardien de prison : le décor, qui sera parsemé de maisons cossues de Westmount, et une star de jadis, qui fera une apparition surprise. Soulignons que La Chauve-Souris sera essentiellement chantée et parlée dans la langue de la Bolduc. Champagne!

La Chauve-Souris
Production Opéra de Montréal
26, 29, 31 janvier et 2 février
Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts

Marc Hervieux et Caroline Bleau


Encart 

Pour protester contre l’utilisation de mannequins, à la place des véritables artistes qui seront sur scène, dans la publicité entourant les présentations de La Chauve-Souris, Marc Hervieux a fait une très remarquée «grève de la voix» pendant une répétition. «J’aurais pu faire la grève de la faim, ça aurait bon pour ma… silhouette! Sérieusement, l’important pour moi est que le débat soit lancé. Je ne peux dicter le fonctionnement de l’Opéra de Montréal. Cependant ce que je peux faire, c’est de remercier sa direction pour avoir fait rapidement volte-face. J’avoue que c’est un peu particulier que de faire partie d’un spectacle, mais pas de sa démarche publicitaire. Pire que ça : que tu sois remplacé par un autre, c’est un peu weird, honnêtement. Mais ça semble être derrière nous, je l’espère, et c’est tout à l’honneur de l’Opéra de Montréal.»

jeudi 24 janvier 2013

Un psychopathe au bureau ?

Heureusement, la grande majorité des psychopathes ne sont pas dangereux et violents comme le personnage interprété par Christian Bale dans le film American Psycho (2000).


Un psychopathe au bureau?

L’édition étatsunienne du journal web Huffington Post publiait en novembre dernier, sous la plume du blogueur Eric Bake, une recension des 10 professions où l’on retrouve le plus de psychopathes. Établie par le spécialiste en la matière, le psychologue et vulgarisateur Kevin Dutton, un personnage lui-même inquiétant, cette liste tirée de son livre The Wisdom of Psychopaths: What Saints, Spies, and Serial Killers Can Teach Us About Success a eu beaucoup de résonnance sur les réseaux sociaux.

Heureusement pour nous, tous les psychopathes ne sont pas des tueurs en série, et certains seraient même utiles à la société. C’est du moins la thèse que défend Kevin Dutton en soulignant qu’une société doit en compter quelques-uns pour… prospérer !

Parce que ce sont bien sûr les psychopathes qui sont à craindre et non leurs professions – qui comptent aussi leur lot de personnes formidables –, Métro a voulu en savoir plus. Voici donc le top 5 des domaines professionnels où l’on rencontre le plus de gens présentant des troubles de la personnalité, lesquelles vont du manque d’empathie à l’égocentrisme, en passant par l’impulsivité et l’irresponsabilité.

1. PDG
Prestigieuse et très lucrative, la carrière de président-directeur général (PDG) est l’aboutissement d’études en gestion, en commerce ou en marketing, ou encore le résultat d’un réseautage efficace. Selon une enquête réalisée par la Chicago Graduate School of Business (2008) qui a évalué les réponses de plus de 300 candidats à ce poste, les compétences techniques ont la côte : plus le candidat est énergique, tenace et déterminé, plus il a de chance d’obtenir ce poste. En revanche, les aspirants PDG qui font montre d’écoute, d’esprit d’équipe et qui sont ouverts à la critique ont moins de chance de devenir calife à la place du calife. Machisme déviant ?

2. Avocat
Après des études universitaires dans une faculté de droit ou de sciences juridiques, une formation à l’école du Barreau et un stage, le candidat est en route, en compagnie d’environ 800 nouveaux collègues, vers son assermentation. Son dossier sera ensuite examiné par le Comité de vérification du Barreau du Québec. Puis, une fois ces étapes franchies, il pourra commencer à exercer. Le salaire varie de 67 610 $ (moins de 10 ans d’expérience) à 158 870 $ (plus de 30 ans d’expérience). Pour devenir un bon avocat, il faut aimer la recherche, la résolution de problèmes et posséder, notamment, une bonne capacité de synthèse et d’analyse, ainsi qu’un bon sens des nuances et des responsabilités.

3. Média (surtout télé et radio)
Outre les cours de communication et de journalisme qu’offrent plusieurs universités, dont l’UQAM et Concordia (les deux seules qui proposent un bac en journalisme), il existe plusieurs voies menant aux médias : la sociologie, l’histoire, les sciences politiques, etc. Les textes publiés dans des journaux étudiants ou l’expériences dan des radios étudiantes constituent des cartes de visite intéressantes, en plus de permettre au candidat d’apprendre sur le terrain. Il faudra par la suite se créer un réseau de contacts. Dans un cas comme dans l’autre, il serait sage de ne pas espérer toucher le pactole les premières années. Ce qui laisse beaucoup de temps pour flairer des proies éventuelles…

4. Vendeur
Si la profession de vendeur se retrouve au quatrième rang pour le nombre de psychopathes, c’est sans doute qu’elle compte parmi les plus répandues : on retrouve presque autant de vendeurs que de produits sur le marché. Plusieurs écoles donnent des formations de qualité, mais de douteux «professeurs» proposent aussi leurs services. On ne saurait trop vous recommander d’opter pour une valeur sûre si vous souhaitez vous perfectionner dans ce domaine. Comme l’École des hautes études commerciales (HEC Montréal), qui «couvre de façon globale et intégrée les principaux enjeux et problématiques de la vente» avec son Certificat en vente relationnelle.

5. Chirurgien
Avant de devenir chirurgien, il faut avoir la bosse des sciences physiques et de la biologie pour pouvoir étudier la médecine. Ensuite, le médecin sachant manier le scalpel et insensible à la vue du sang pourra obtenir un diplôme en chirurgie générale à l’Université de Montréal, à l’Université Laval ou à McGill, ou encore choisir une spécialité. En raison du vieillissement de la population, les perspectives d’emploi sont fort alléchantes et le salaire très intéressant : de 300 000 $ à 500 000 $ par an, voire davantage.

La pathologie décryptée
Selon le site du magazine Psychologies (psychologies.com) : «On compte près de 3 % des hommes et 1 % des femmes touchés par la psychopathie. Cette pathologie peut s’exprimer à des degrés très différents, pouvant mener jusqu’à la réalisation d’actes criminels. Parmi les symptômes de la psychopathie, on relève : l’indifférence, l’irresponsabilité, l’absence de culpabilité et les comportements asociaux. Encore trop peu connue, la psychopathie a des origines assez floues. Cependant, on souligne tout de même une influence des facteurs environnementaux et familiaux.»

À lire la semaine prochaine
le palmarès des professions où on retrouve le moins de psychopathes.

nb: Cet article est d'abord paru dans l'édition du 22 janvier du Journal Métro

mercredi 23 janvier 2013

Billy «The Kid» Tellier : un gagster qui a du punch !





collaboration spéciale«Ma vie a commencé de façon assez brutale», confie Billy Tellier.

Le morning man, humoriste et scripteur Billy Tellier, que l’on peut entendre à CKOI et voir à V, présente La loi du plus fort, un premier one man show en forme de kit de survie.

Vers l’âge de 10 ans, alors qu’il racontait son premier gag écrit au cours d’un exposé oral à l’école, le petit, au sens propre comme au figuré, a découvert deux choses qui allaient orienter sa vie : le fait d’assumer, et même de rire de sa petite taille, le rendait sympathique aux yeux des autres et… la contre-attaque.

Comme bien d’autres, il aurait pu s’arrêter au premier stade, qui lui assurait un certain capital de sympathie, mais en répliquant et en ridiculisant ses bourreaux symboliques, il a compris qu’il faisait rire davantage et devenait encore plus «populaire» que ses adversaires.
Vingt ans plus tard, le jeune trentenaire né prématurément et haut de 5 pi 3 po propose un premier spectacle officiel où il évoque notamment les diverses stratégies de «survie» qu’il a utilisées depuis l’enfance.

«Ma vie a commencé de façon assez brutale. Je suis né prématurément à six mois. Je pesais 2 lb 2 oz. En partant, je n’ai pas eu un kit de survie très élaboré. Je me souviens qu’au primaire, je n’arrivais pas à faire ma place. Puis, l’humour est arrivé. C’est un peu devenu mon arme et ma façon de me démarquer. Le show commence ainsi : je décris comment l’humour m’a servi et comment je tente de faire ma place en jouant du coude dans diverses situations. On retrouvera, par exemple, la thématique “C’est quoi, être un homme en 2013?” J’arrive à donner une réponse dans le spectacle, mais non je ne vous la dévoilerai pas. Je suis agace de même», rigole le comique dans un studio de la station CKOI où Métro l’a rencontré de bon matin.






Outre l’évocation de ses multiples stratégies de «p’tit vite», l’humoriste tentera de remplacer le gouvernement en créant son propre pays imaginaire dans lequel il décrétera toutes les lois. Parmi les autres numéros, il y a aussi celui où il installe un quatrième mur entre lui et le public en chuchotant dans une église imaginaire. Ce qui contraint les spectateurs à étouffer leur envie de s’esclaffer. Le tout émaillé de quelques anecdotes tirées de son vécu.

Il s’agit donc d’un spectacle entièrement articulé autour de sa propre personne et non d’une présentation de la galerie de personnages auxquels il donne vie à la radio. Cela dit, «Billy ze Kid», qui est parfois sollicité pour resserrer les punchs lines de certains humoristes ou pour le cinéma (De père en fils), restera fidèle à son sens aigu des phrases percutantes que lui reconnaissent nombre de ses pairs. Consécration au St-Denis ?

«Lorsque tu sors de l’École nationale de l’humour, tu as deux choses en tête : ta première prestation au Festival Juste pour rire et ton premier spectacle au Théâtre Saint-Denis, un lieu hautement symbolique. C’est un peu comme s’il s’agissait de ta première communion officielle», analyse ce comique plutôt réservé dans la «vraie vie», qui est par ailleurs fasciné par le phénomène de la croyance et des religions.

Parions que les paroissiens de l’humour seront nombreux à aller communier à l’autel du rire du petit Billy, qui est entré en humour comme d’autres entrent dans les ordres.

Billy Tellier – La loi du plus fort
Au Théâtre St-Denis
Ce mercredi, vendredi et samedi à 20 h

Nb: Texte d'abord publié dans l'édition du 21 janvier 2013 du Journal Métro 

Connaissez-vous VioleTT pi ?

En juin dernier, dans le cadre d'une présentation du concept Shows de salon, j'ai découvert un jeune artiste qui m'a littéralement fait flipper.

Dread locks rousses, anneau de bœuf dans les naseaux, espadrilles ailées, l’excentrique nous livrait alors trois pièces tordantes, dont une histoire d’amour second degré, où une ogive nucléaire veut amener sa belle dans la grande roue de Tchernobyl!

Puis, à son invitation, le tout devait se terminer dans… la salle de bains de la suite présidentielle du Hyatt!
Bonheur, rigolade et moment exquis. 

Bande de veinard, je vous propose aujourd'hui en exclu, (ici) «Marie Curie» la chanson sur l'ogive nucléaire susmentionné extraite de «eV», le premier album de VioleTT Pi alias Karl Gagnon.

Une belle bebitte qui s'inspire autant de Leloup et Nirvana que Xavier Caféïne, Mister Bungle et Weezer et qui devrait faire buzzer pas mal de monde dans les semaines à venir.

Lancement le mercredi 6 février à 17h00 au Belmont à Montréal. 


Exit les dreads, voici la nouvelle tronche de VioleTT  pi.

mardi 15 janvier 2013

Le mariage homosexuel selon Galabru...


Patrick Bruel : Lequel de nous deux ?



Crédit : Diane Sagnier

Du triomphalisme à la vulnérabilité

Derrière le personnage aussi omniprésent que triomphant se cachait un homme sensible et humain. C’est du moins ce que dévoile le tout nouvel album de Patrick Bruel Lequel de nous deux. Le premier depuis six ans. Rencontre.

Claude André

Lorsque, depuis la périphérie, on examinait le phénomène Bruel, plusieurs observateurs voyaient en lui une belle gueule plus ou moins clinquante, fédératrice de minettes, quand ce n’était pas cet ancien joueur de soccer m’as-tu-vu qui aurait pu faire carrière ou encore ce joueur de poker professionnel auquel tout réussi.

Puis, voilà cet album qui oscille entre le bon et le très bon, dont l’écriture se révèle inspirée et les mélodies fort accrocheuses. Bref, entre les retrouvailles de la bande de la Place des grands hommes, la double lecture que l’on peut faire de la chanson titre, un hommage aux femmes de sa vie et une réflexion sur le printemps arabe, Bruel touche et parfois émeut.

Comme si un élément capital l’avait à jamais transformé. «Il y a peut-être un côté nostalgique et mélancolique parfois, mais c’est un album tourné vers l’avenir. Surtout à travers le regard de mes enfants. Forcément, lorsque tu regardes les choses avec lucidité et avec froideur, ce n’est pas très encourageant. Il faut essayer d’enrober un peu tout ça», explique Bruel qui a connu le divorce et dont un des copains de la bande de la chanson Place des grands hommes est vraiment disparu. Ce qui nous vaut la suite; Dans ces moments là, qui ouvre le disque.

Une œuvre intimiste, certes, mais aussi éclectique sur le plan musical comme en témoigne ce duo avec le rappeur La Fouine dans Maux d’enfants. Une pièce qui exprime la cruauté dont font usage certains jeunes sur les réseaux sociaux.

C’est pour faire accepter cet éclectisme que Bruel, qui a beaucoup travaillé sa voix, a porté une attention rigoureuse aux textes. Ciment de l’album. «Le mot d’ordre? Où allait le texte? Ensuite, nous installions les arrangements, les couleurs musicales. Nous ne savions pas que Maux d’enfants serait un hip-hop ni que Lequel de nous deviendrait klezmer. Mais il est vrai que mes textes sont peut-être plus aboutis. Puis, au final, de voir mon fils Léon, 7 ans, avec cet objet dans les mains (l’album) et de le voir écouter les chansons en boucle, ça a été vraiment très touchant, très touchant», enchaine l’heureux papa qui prévoit se produire dans nos contrées à l’automne.

Lui qui nous quittera en imitant, avec un certain talent, l’accent québécois : «Arrête don d’me niaiser, toué-là!» Ok, promis.

Lequel de nous deux en magasin dès aujourd'hui.

Bonus track : Qui le droit et le Père Noël?

Chaque année depuis 9 ans, me revient votre chanson Qui a le droit? lorsque vient le temps de Noël. Pensiez-vous aussi à ce grand mensonge consumériste lorsque vous parliez de ces enfants à qui l’on ment? «Non, non. Qui a le droit de profiter de la fragilité et de la pureté de l’enfance? Qui a le droit d’abimer ça? Quand je chantais cette chanson, je n’avais pas d’enfant. Maintenant, j’en ai deux. Noël, c’est comme la Saint-Valentin : d’un côté, il y a cette immense machine marketing qui est très bien huilée et, à côté de ça, tu as les yeux qui brillent de la femme pour qui tu as une attention ou les yeux des enfants devant le sapin. Moi, je suis content de voir les yeux qui brillent. Mais il ne faut pas que ce soit Noël ou la Saint-Valentin tous les jours.»

lundi 24 décembre 2012

Les 100 commentaires : un certain couple médiatique.....

Aujourd'hui dans la série Les 100 commentaires dessinée par l'excellent Bruno Rouyère, c'est votre serviteur qui fait office de scénariste invité.

dimanche 23 décembre 2012

Dieu est mort, vive Bourdieu !



Bourdieu et Marx : pour des centaines d'intellectuels de gauche le premier a remplacé le second au sommet de leur  panthéon personnel de la pensée.


Dieu est mort, vive Bourdieu !

Disparu en 2002, Pierre Bourdieu fut sans doute l’intellectuel français le plus controversé de la fin du XXIe siècle. Ultra cité partout dans le monde même 10 ans après sa mort, ce penseur rock qui déboulonnait les institutions a écrit une trentaine d’ouvrages et compte toujours des milliers d’adeptes. Coup de bol, le Seuil publiait il y a quelques semaines Sur l’État. Une recension de ses cours au Collège de France de 1989 à 1992 qui nous donne à voir un Bourdieu à la fois plus pédagogue que jamais mais toujours aussi transcendant. Nous avons demandé à Fréderic Merand, politologue à l’Université de Montréal et auteur notamment d’un article (avec Vincent Pouliot) portant sur Bourdieu de nous parler de Sur l’État.


M. Merand, pourquoi, selon-vous, devrions-nous lire Bourdieu ?



Le politologue Frédéric Merand de l'UdM
Bourdieu fixe un objectif ambitieux aux sciences sociales : mettre au jour les conditions sociales qui rendent possible la vie économique, politique, familiale, scientifique ou culturelle. Son œuvre séduit parce qu’elle permet de « dénaturaliser » ce que nous prenons pour des réalités évidentes : la nation, le marché, le talent, le goût, la science… Mais elle dérange parce qu’elle montre que toute relation sociale se fonde sur une inégalité de pouvoir.

Pour Bourdieu, qu'est-ce que l'État ?



L’État est bien sûr un appareil bureaucratique, mais c’est surtout une puissante construction mentale. « Parler au nom de l’État » donne un pouvoir considérable aux groupes sociaux qui ont accès au sommet de l’État (juristes, hauts fonctionnaires, médecins, patrons…). Il permet de dire qui est citoyen et qui ne l’est pas, qu’est-ce que le mariage, où est l’ennemi, qui ira en prison… Bourdieu souligne la réalité double de l’État, qui sert à réprimer (ce qu’il appelle la main droite de l’État) mais aussi à protéger (la main gauche).

Bourdieu analyse la « révolution » de Mai-68 en France. Peut-on établir un parallèle avec le «printemps érable» ?

Oui. Bourdieu analyse Mai-68 comme une crise du champ universitaire issue d’une démocratisation inaboutie. Comme au Québec, la contestation est portée par ce qu’il appelle les « facultés dominées » (lettres et sciences), où les débouchés professionnels sont incertains, alors que les « facultés dominantes » (médecine et droit… aujourd’hui on ajouterait gestion) sont plutôt indifférentes au mouvement.

Bourdieu parle de révolution symbolique en donnant l'exemple du peintre Manet...



Bourdieu aimait analyser la vie et l’œuvre d’un personnage emblématique (par exemple Manet, mais aussi l’écrivain Gustave Flaubert ou le philosophe Martin Heidegger) à partir du milieu social dans lequel il a vécu. Manet intéresse Bourdieu dans la mesure où sa trajectoire lui permet d’expliquer la formation au 19e siècle d’un champ artistique moderne, autonome, qui ne dépendra plus des académies ou des mécènes mais du jugement des artistes eux-mêmes.

Le concept de temps (calendrier, heures) est une construction de l'État...

Paraphrasant le sociologue allemand Max Weber, Bourdieu dit que l’État détient le « monopole de la violence symbolique légitime ». C’est à travers l’État qu’on obtient le pouvoir d’imposer des « principes de vision et de division ». Presque toutes nos catégories de pensée ont été inculquées par l’État, souvent à travers l’école : le calendrier avec ses congés officiels et ses jours fériés, mais aussi les poids et les mesures, l’histoire avec ses dates, ses héros et ses grands découpages, la géographie nationale, etc. Derrière toutes ces distinctions, il y a des gagnants et des perdants, mais nous nous soumettons de manière inconsciente à un ordre social, celui d’un État et pas d’un autre.


Bourdieu pose son regard acéré au sujet de l'opinion publique, il n'y croit pas?

L’un des textes les plus connus de Bourdieu s’intitule L’opinion publique n’existe pas. Sa critique des sondages d’opinion va au-delà de la méfiance dont on doit faire preuve à l’égard de la formulation et de l’ordre des questions. Pour Bourdieu, les gens n’ont souvent pas une opinion formée sur quelque chose avant qu’on leur pose la question. En fait, les sondages sont plutôt des instruments d’action politique. Dire que 66 % des Québécois veulent ceci ou cela n’a de sens que dans la mesure où ça permet à certains groupes de promouvoir leur opinion plutôt qu’une autre. C’est une façon de dire que « l’opinion publique est avec nous » comme autrefois les rois disaient que Dieu était avec eux.

Sur l'État : Cours au Collège de France (1989-1992)
Seuil, 2012
672 p.



Florilège bourdieusien 


«  L’image du jeu est sans doute la moins mauvaise pour évoquer les choses sociales. »

«  La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d'une partie très importante de la population. »

samedi 22 décembre 2012

Les 100 commentaires : Manuel Foglia

Aujourd'hui dans la série «100 commentaires» dessinée par Bruno Rouyere (quelle publication aura la bonne idée de la recruter ?), le scénariste invité est l'ami documentariste Manuel Foglia.

Survol musical 2012


Survol musical 2012



                                 Avec un concert adapté pour le public québécois, Johnny est venu, a vu et a vaincu.

Shows


Johnny Hallyday au Centre Bell
Oui, je sais. Mais justement pour cette démesure, ce clinquant assumé qui est doublé d’un charisme hors norme et d’une générosité sans faille. Parce qu’avec Batman et James Bond, il y a Djeuni. Il est venu, il a vu et il a vaincu en dépit de ses 69 balais. Total respect. 


Zaz au Métropolis
Arrivé vers la fin du spectacle cet été au Métropolis, je l’ai observée, langue pendue, me réjouissant de découvrir sur scène cette gouailleuse sauvage. Loin de la fille plutôt fleur bleue subodorée, Zaz distille sur scène une énergie survoltée. Comme si on venait de retirer sa camisole de force à une évadée. Mention  honorable à la voix écorchée, l’attitude point levée et le geste théâtral de la nouvelle Mélissmell vu sur You Tube et rencontrée en entrevue.

Richard Desjardins au Club Soda, Plume et Loco Locass aux Francos.
Le premier pour le côté «j’y étais» et la solennité jouissive de ce bilan de carrière, le second pour cette reprise décoiffante du spectacle All Dressed, sa pétarade de hits et son attitude désinvolte, les troisièmes pour avoir su canaliser, l’espace d’un spectacle,  le désormais historique «printemps érable». 


Disques 

Old Ideas de Leonard Cohen
Loupé le spectacle du second soir au Centre Bell où il a chanté La Manic en français, m’en remettrai-je un jour ?  Il restera pour les soirs de grandes quêtes existentielles, ce magnifique album auréolé de la magistrale Show Me The Place. Ma chanson de l’année issue de ce disque grandiose sur lequel se retrouve aussi, notamment, la superbe Darkness.

Aux Alentours de Marie Pierre Arthur 
Avec cette seconde livraison sur laquelle ont participé le dream team constitué d’Olivier Langevin, François Lafontaine et Louis-Jean Cormier (Karkwa) ainsi que Robbie Kuster (Pat Watson), Marie-Pierre Arthur s’impose comme une artiste majeure au sein de la francophonie. Mentions spéciales à Avec pas de casque et Moran dont les Astronomie et Sans Abris sont à la fois chaleureux, réconfortant et superbement écrits. Vous avez dit addiction ?


Pour le plaisir des trames sonores des séries télévisées seventies, le côté psychédélique/funk, les influences de James Brown et de Frank Zappa, les effluves jazz et le côté sexe et festif de cette meute aussi sauvage qu’exaltée.


mercredi 19 décembre 2012

Les 100 commentaires : scénariste invité André Sauvé


Salut,

long time no see... 

Voici le tout premier d'une série de dessins éditoriaux réalisés pas l'ami Bruno Rouyère et scénarisés par un invité différent à chaque fois. Voici celui de notre comique préféré : André Sauvé

ps: pour une résolution maximale, cliquez sur le dessin. 

mardi 12 juin 2012

«To do» cette semaine !

Merci à Danny Labonté à qui j'ai piqué ce programme des plus hilarant sur Facebook.

samedi 2 juin 2012

Le triomphe de l'image


Une affiche de la télésérie culte Mad Men


Incroyable mais… faux!

Livre événement dès sa publication au États-Unis en 1962, Le triomphe de l’image de Daniel Boorstin est devenu un classique qui a retenti autant chez les intellectuels qu’auprès du grand public. Pour la première fois en français, on y découvre l’histoire de l’image, de la pub, des pseudo-événements et quelques secrets de la télésérie Mad Men. Entretien avec Mark Fortier, son éditeur et traducteur qui est également chargé de cours en sociologie.

Claude André

Le livre de Boorstin aurait-il influencé les créateurs de Mad Men?
On voit Le triomphe de l’image sur la table de chevet de Don Draper, ainsi qu’un autre livre de Boorstin. Il est manifeste que les réflexions de Boorstin sur la culture américaine, la publicité et la consommation correspondent au propos de Mad Men. De plus, les sujets abordés par Boorstin et ceux de la télésérie sont souvent similaires : le débat Nixon/Kennedy, la publicité pour Lucky Strike, le roman Exodus de Leon Uris et le tourisme en Israël. Ce qui me frappe le plus, c’est le lien entre le générique du début de la série – où l’on voit des personnes chuter dans le vide – et la crainte de Boorstin que le monde l’image nous fasse perdre tout sens de la réalité, de ce que nous sommes, comme individu et comme société.


Le culte de l’image a-t-il été instauré par le premier débat télévisé opposant Kennedy à Nixon, en 1960?
Ce débat fut le premier du genre. Aux yeux de Boorstin, c’était un simulacre, une pseudo discussion qui ne permettait aucun échange d’idées réel. Soumis aux contraintes de la télévision et à la perception des auditeurs, les candidats sont condamnés à se lancer des répliques de 2 minutes. Pour éviter le ridicule, ils doivent s’interdire de penser. Nous sommes aujourd’hui habitués à ce cirque. Fait comique : les chaînes de télévision de l’époque ont repris la formule et la mise en scène des quiz télévisés pour organiser ces débats. Un quiz, ironise Boorstin, dont le premier prix est un boulot de 4 ans à 100 000 $ par année!
Daniel J. Boorstin

Dans le livre de Boorstin, on apprend notamment qu’un branding peut être victime de son succès.
Fidèle à son habitude, Boorstin a un sens aigu des détails, souvent savoureux. Il remarque en outre que l’objectif d’une image de marque est d’être simple, un peu équivoque, pour frapper les esprits et se différencier. Mais une marque peut être victime de sa popularité. Si elle devient le nom d’un produit en général, comme Kleenex pour les mouchoirs, alors elle perd sa spécificité, ce qui peut nuire à ses ventes. C’est souvent arrivé.

Chose étonnante, on découvre que non seulement les gens se laissent berner par la pub, mais aussi qu’ils prennent plaisir à découvrir les méthodes utilisées, lorsqu’ils apprennent qu’ils l’ont été trompés.
Boorstin attribue cette découverte à P.T. Barnum, l’homme de cirque du 20e siècle. Ce dernier n’avait pas son pareil pour inventer des attrape-nigauds (le général Tom Pouce, la nourrice de George Washington, la sirène à tête de singe, etc.). Mais ce qui fit sa renommée, c’est surtout le tapage que provoquait la dénonciation de ses astuces. Il se dénonçait d’ailleurs souvent lui-même! Les gens étaient autant fascinés par ses spectacles que par la révélation de l’inventivité qu’il déployait pour les distraire. C’est la loi des pseudo-événements. La propagande est un mensonge qui vise à tromper les gens. Si on démasque le mensonge, il cesse d’être efficace. Il en va autrement du pseudo-événement. Celui-ci est un fait, plus ou moins artificiel, qui se nourrit de notre désir d’être diverti et qui s’alimente de notre désir d’être informé. Paris Hilton en est un bon exemple. Tout comme le « scandale » que suscite les mannequins retouchés à l’ordinateur, qui devient lui-même un sujet de discussion ou de reportage. On se passionne autant pour les duperies qu’à découvrir comment elles ont été conçues.

Le triomphe de l’image : une histoire des pseudo-événements en Amérique de Daniel J. Boorstin (LUX Éditeur) est actuellement en librairie.

lundi 28 mai 2012

Grimskunk : fidèle au poste !




Fidèle au poste!

Formation phare du punk/métal kèbe, les vétérans de Grimskunk reviennent en force avec un 8e album enregistré en Australie où s’exprime la colère sociale sur des rythmes qui ne déplairont pas aux fans des Beatles, Pink Floyd et autres Led Zeppelin. Discussion avec Joe Evil, claviériste et chanteur.

Claude André

Pourquoi l’album a-t-il été enregistré en Australie?
À l’origine, nous devions l’enregistrer à Vancouver, mais ça n’a pas fonctionné pour des raisons d’horaire et d’urgence médicale qui touchait la fille de notre réalisateur. Comme nous avions pris des contacts en Australie avec notre boite de disques, qui vient d’y ouvrir une succursale, cela nous a permis d’habiter chez un ami et éviter ainsi des frais d’hôtel. En plus, on nous proposait d’effectuer une tournée. Nous avons donc décidé d’aller respirer l’air chaud. D’autant plus qu’on y retrouve une bonne scène métal et que les gens sortent beaucoup pour assister à des concerts.

On remarque sur cet album une touche psychédélique. Nostalgie de la musique de votre adolescence?
C’est sûr qu’il y a beaucoup d’influence des Beatles et de Pink Floyd dans notre démarche. Mais cela est aussi imputable au fait que notre réalisateur, Gus Van Go, tenait à amener un son rétro. Après avoir entrepris des recherches, nous avons déniché en Australie une vieille batterie Ludwig de l’année1972, un ampli Vox1974, en plus de vieilles guitares et de micros rares typiquement australiens. Grimskunk a toujours été un petit peu psychédélique/prog et cette fois le côté psychédélique ressort davantage. Cela dit, ce n’était pas nécessairement conscient au départ.

Au regard de tous ceux qui y ont laissé leur peau par excès de toutes sortes, vous considérez-vous comme un survivant du rock?
Nous sommes assurément des survivants de l’alternatif québécois. Il s’agit de notre 8e album et on commence à poigner la mi-quarantaine. C’est quelque chose d’assez particulier que de faire ce genre de musique aussi longtemps, c’est sûr.

On retrouve sur Set Fire! deux pièces en français. Volonté de conserver vos racines même si vous visez la scène internationale?
Oui. On vient de Montréal et une grande partie de nos ventes de disques se réalise au Québec. On aime aussi l’idée que le public québécois puisse capter à 100 % notre message. Mais, comme nous sommes un band international, nous n’avons pas d’autres choix que de mettre l’accent sur l’anglais. Cela se fait sans effort cependant, nos chansons francophones viennent avec l’inspiration.

Les spectateurs de vos concerts ont davantage la vingtaine ou la trentaine que la quarantaine. N’avez-vous pas parfois l’impression de vivre un clash entre votre vie civile et votre vie de rocker?
Ça s’en vient. Peut-être pas encore, mais je peux le voir arriver. Nous avons tous 40 ans dans le groupe et c’est sûr que nous ne vivons plus comme lorsque nous avions 21 ans. Nous avons des ados, alors ça change la dynamique en ce qui a trait à notre vie personnelle. Ce qui n’empêche pas notre vie de musiciens de drôlement ressembler à celle de l’époque où nous avions 24 ans. Si les excès sont moins excessifs? Un petit peu, ouais.

Bonus tracks :

L’inspiration était sans doute u rendez-vous car vous avez réussi un super reggae/métal en français avec Un jour. Vous aviez fumé un méga pétard?
(Rires) Exactement. L’inspiration était au rendez-vous. Dès nos débuts, en 1988, nous avions la volonté d’intégrer plusieurs styles musicaux au punk et au métal.

À votre avis, Joe, existe-t-il une date de péremption pour demeurer un rocker sérieux?
Euh! non, j’en ai pas encore connu. Les Stones? Ça fait presque 30 ans qu’ils n’ont pas fait un hit. Mais un concert des Stones, ça reste de la bonne musique. Je suis conscient quand même que le rock demeure une affaire de jeunes. En vieillissant, tu deviens comme AC/DC ou les Rolling Stones : gris, gros sur le stage et chauve. Ce n’est plus comme dans la vingtaine ou la trentaine, mais les gens viennent pour écouter de la musique. C’est une affaire de passion et non de mode. Et puis les 40 ans sont les nouveaux trentenaires. Maintenant des gens arborent des piercings et des tatouages, mais écoutent de la musique complètement dance et pop. Ton médecin qui a n’a jamais fumé un joint est maintenant tatoué… Nous sommes désormais plus ouvert socialement en ce qui a trait au look, mais c’est vrai que nous n’avons pas toujours les mêmes valeurs que les gens qui ont 20 ans.

Avec votre collègue Vincent Peake, vous avez participé au retour de Lucien Francoeur & Aut’Chose, il y a quelques années. Est-ce que des spectacles ou un nouveau disque sont au programme?
Finalement, on a fait l’album et quatre ou cinq shows, puis on a tout arrêté. C’était trop compliqué, notamment en raison des conflits d’horaire.