jeudi 17 avril 2008

Vieille âme : Raphaël


«Je sais que la terre est plate», chante Raphaël. Comme on le croyait en ce temps-là. Au temps où l’on brûlait les vieilles âmes et autres hérétiques…

Claude André

Avec la publication de l’album Caravane en 2005, la tribu des vieilles âmes s’était trouvé un autre Prométhée beau comme la nuit et triste comme les amours mortes. Raphaël et ses chansons d’errances les avait littéralement subjugués. D’ailleurs, ils n’étaient pas les seuls. D’autres chantres de la mélancolitude tels Miossec reconnu pour son penchant pour la quintessence éthylique, Cali l’exalté et Daniel Darc, cet ancien adepte de la haute couture (lire junkie) se sont tous laissé séduire par le beau Raphaël comme on peut le constater en visionnant leurs duos sur le web.

En plus de plaire à un très vaste auditoire donc (1.5 millions d’exemplaires de Caravane ont trouvé preneurs), le jeune homme est top crédible auprès de ses pairs comme a pu l’être Dassin à une autre époque. Les vieilles âmes, celles qui ont eu un jour envie de fracasser la fenêtre noire, se reconnaissent assurément. De la même façon que le font les Aliens. «Ah oui, j’ai une âme centenaire, ça c’est sûr. Je suis d’accord. Je traîne une impression de nostalgie de quelque chose que j’aurais détruit», acquiesce l’artiste peu loquace en entrevue. Serait-ce la «maladie de ma (sa) jeunesse», comme il l’évoque dans la chanson «Le petit train», qui lui fait appréhender les choses avec un certain recul? «Pas vraiment. Il s’agit plutôt de ce truc qui vous brûle et vous dévore comme une maladie, quoi. C’est souffrant cette jeunesse qui s’en va, c’est ça en fait que ça voulait dire», analyse Raphaël qui venait de l’école de Lou Reed et Alain Bashung avant de découvrir et de travailler avec Gérard Manset. Papa de sa manager et amie et artiste mythique quasi invisible avec lequel a d’ailleurs créé la pièce «Concordia» pour cet album.

Haïti chérie

Si Je sais que la terre est plate semble moins bohémien que le précédent, le mouvement et l’exil demeure présents comme avec la très belle «Quand c’est toi qui conduis» et «Adieu Haïti» où l’on retrouve un duo avec le célèbre reggaeman Frederick «Toots» Hibbert. «J’ai une fascination pour Haïti depuis que je suis tout petit. C’est venu de films, de livres… Ce pays représente un peu le cœur traumatisé de l’Amérique où quelque chose comme ça. À Montréal il y a énormément d’Haïtiens, cela a un peu contribué à cette chanson. Je me souvenais également de cette pièce d’Arcade Fire qui parlait d’Haïti…», explique ce lecteur de Dany Laferrière qui devrait revenir nous rendre visite en avril 2009 après une longue tournée européenne. Nous aurons alors le bonheur d’entendre ces autres chansons engendrées avec Boris Bergman et, notamment, Stephan Eicher.

Comme d’autres dégustent des vins, on écoutera souvent cette œuvre qui comporte sa cohorte de pointures dont le percussionniste Mino Cinelu (Lou Reed, Miles Davis…), le pianiste Robert Aaron (Wyclef Jean) et le guitariste Carlos Alomar (Bowie). Il est parfois si bon de se laisser macérer l’âme.

2 commentaires:

kokoa a dit…

Bjr Claude, tu as interview� r�ellement Raphael ou tu rapportes ses propos d'ailleurs ?

claude andré a dit…

Lui-même (lundi dernier), bien sûr, comme tous les autres artistes qui se retrouve sur ce petit blogue et que j'interviewe dans le cadre de mes fonctions pour l'hebdomadaire culturel Ici Montréal dont le lien se retrouve dans mes favoris.

Merci de ta visite.

A+