samedi 24 janvier 2009

Les femmes de l'ombre: commentaire et entrevue avec Sophie Marceau


La résistance sexy

Une fiction historique haletante malgré quelques reliefs bédéesques.

Claude André

C’est en tombant sur un hommage rendu à la résistante Lise Villameur dans le Times, alors qu’il se trouvait à Londres pour travailler à la post-prod d’Arsène Lupin, que le réalisateur Jean-Paul Salomé a eu le flash de faire un film qui mettrait en vedette des femmes qui ont opéré au sein de la SOE. Cette branche de la résistance orchestrée par Winston Churchill depuis Londres au cours de la seconde guerre mondiale.

Ainsi, les filles de Salomé ; Sophie Marceau (jeu sévère), Julie Depardieu (truculente), Marie Gillain et Déborah François devront se rendre dans un camp nazi afin d’y soustraire un géologue anglais qui a été capturé alors qu’il s’afférait à la mise en place du débarquement sur la plage de Normandie. Évidemment, ses éventuels aveux pourraient compromettre l’arrivée des troupes alliées et marquer la victoire allemande.

Si ce personnage est fictif, comme les filles de l’escouade menée par Sophie Marceau d’ailleurs, Salomé emprunte à l’historiographie pour brosser sa toile de fond.
Inspiré par le classique Les douze salopards, le réalisateur propose un thriller proche d’une certaine tradition américaine sur le plan du traitement. Cependant, et il s’agit là de l’un des aspects les plus réussi du film, Salomé demeure dans subtile en nous présentant des femmes résistantes certes, mais également des personne qui n’ont rien à perdre à s’engager dans cette mission et présentent chacune un comportement différent face aux enjeux en cause. L’officier allemand pour sa part arbore un inhabituel visage humain.

Cela dit, la forme de ce triller historico-fictif, qui traite sous un prisme différent un sujet mille fois visité, emprunte parfois involontairement à la bande dessinée même si le parallèle horripile le réalisateur. «Je trouve que le film a tenté d’aller au-delà de ça. Mais, bon, peut-être que ce n’est pas totalement réussi ? Le côté Douze salopards oui, le côté bédé moins. Quand les gens disent : «on dirait un défilé de mode avec les femmes etc…On le savait et cela a été fait sciemment. Les filles, grâce aux services secrets, avaient la possibilité de bien s’habiller et de se procurer du maquillage à l’époque. Il fallait qu’elles soient jolies pour se faufiler, c’est une réalité pas une caricature».

Bien qu’il ne révolutionne pas le genre, voilà un rare hommage aux femmes debout qui lèvera le voile sur cet aspect trop méconnu de l’histoire française tout en réhabilitant, à sa mesure, un certain patriotisme devenu suspect. Haletant amalgame d’histoire et de thriller, Les Femmes de l’ombre et son souci du détail demeurent un savoureux divertissement. ***.1/2



Sophie s'en va -t-en guerre

Les choses ne sont jamais noires ou blanches pour la nuancée comédienne.

Votre réaction lorsque vous avez lu le scénar ?

Très emballée. Cela parlait des femmes comme je n’en avais jamais entendu parler. Même quand ce n’est pas la guerre, les femmes sont toujours, je trouve, des personnes courageuses. Même celles qui ont la trouille. Je trouve qu’il y a dans le caractère féminin énormément de courage. Et cela m’a beaucoup séduite. Et en en plus sans tirer quoi que ce soit, et en plus traiter de ça dans le contexte de la seconde guerre mondiale. Mais ça c’est la force de Salomé (le réalisateur). Il a le talent du kitsch vous savez.

Vous avez donc la volonté de faire avancer l’image et/ou la cause des femmes à travers ce genre de film en France ?
Paris ne s’est pas fait en un jour. C’est vrai que nous somme dans des vieilles civilisations, des sociétés patriarcales où le rôle de la femme a été tracé de façon définitive mais cela est en train de changer et, évidemment, moi je suis de cette génération qui profite du travail de celles qui ont posé les premiers jalons. J’en suis très consciente mais je viens aussi d’une famille où les femmes se sont battues, ont été courageuses et on fait preuve d’indépendance d’esprit. Je pense que petit à petit ça vient mais il faut que les choses se passent en douceur.

Vous avez tourné en Amérique, les rapports sont-ils différents avec les réalisateurs et comédiens d’ici en comparaison avec les européens ?
Non. Cela dépend vraiment des individus je dirais, après, justement, nous sommes tous teintés de notre culture. Et un Texan ne sera pas pareil qu’un latin ou un asiatique, évidemment. Il y a des codes. Mais si humainement on arrive à s’entendre sur un sujet aussi universel que l’Homme, avec un grand H, on arrive heureusement à se comprendre. Il n’y a pas que l’anglais qui fait qu’aujourd’hui les gens puissent se comprendre, du moins je l’espère.

Une question qui me chicotte. Vous êtes vous demandée, après ce tournage : «de quel camp aurai-je été sous l’occupation» ? Même s’il est facile, après coup, de s’imaginer résistant cela doit quand même mener à une réflexion profonde?
Oui, tout à fait. Je peux vous dire que sous la torture j’aurais tout dit. Je pense qu’il y a un degré de souffrance qu’on ne peut pas dépasser, auquel on ne peut pas résister.

Donc vous êtes certaine que vous auriez été résistante ?

Ah ah ah…Écoutez, franchement c’est très difficile à dire. Ça dépend où la vie vous conduit. Je suis quelqu’un qui a des opinions et qui croit que chacun à ses chances et qu’il faut aider ceux qui ont moins de force, moins d’adaptation. Je pense être quelqu’un de très altruiste et en même temps attentive aux respects des droits de l’homme, voilà. C’est facile à dire que je serais dans le bon camp mais c’est tellement pétri de contradictions et d’ambigüités une guerre…Parfois, il faut faire des choses terribles pour sauver des gens.

Ça vous arrive de croiser des gens et de vous dire : «tiens, celui-là il aurait été collabo» ?
Enfin, quand on s’énerve sur des gens on peut dire…ouais. En fait, non. Je n’aime pas avoir d’aprioris comme ça. Il y a une règle dans la vie que je me suis inculquée et c’est de ne jamais porter de jugements définitifs quand je ne suis pas sûr. Quand je n’ai pas expérimenté, pas vu, pas témoigner parce que ça aussi ça peut faire du mal.

Une scène vous a émue particulièrement ?

Celle où je suis l’antichambre avec cette fille qui remonte de la torture. Ça c’est quelque chose qui m’a complètement bouleversé parce que dans l’histoire c’est à cause de moi qu’elle va mourir et elle à 20 ans. C’est ça les horreurs de la guerre. Pour défendre mon pays, pour défendre une cause, j’envoie une enfant à la mort. Et c’est là où soudain il y a des dilemmes. Qu’est-ce que je vais dire à ses parents moi ? Et comment pourrai-je me regarder dans le miroir en sachant que c’est moi qui l’a embringuée dans cette histoire ? Lorsque nous avons des enfants soi-même on ne peut pas se pardonner des choses comme celles-là.

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