mercredi 14 avril 2010

Tabra la nuit




Immense bonheur de retrouver Roger hier au Verre bouteille, avenue Mont-Royal, à l'occasion du lancement de son livre La Folitude. Un récit qui raconte sa descente aux enfers suite à une rupture amoureuse. Comme vous êtes sympa, voici un extrait d'entretien que nous avons eu en 2007 au sujet de la nuit et ses avatars.

Tu as passé, pendant une trentaine d’années, à noircir le plus clair de ton temps dans les bars. Tu y recherchais quoi ?
Moi-même. Peut-être. Ou alors un peu fuir. Cela peut-être les deux. On sort dans les bars jusqu’à 4 ou 5 heures du matin, à Paris c’était toujours ouvert, et on sort de là les yeux et le cœur cernés.

Toi qui a connu les deux, qu’elle différence y a-t-il entre la nuit parisienne et la montréalaise ?
Montréal, c’est la campagne. Mais en même temps Montréal est quasiment plus permissive dans le sens ou, dans cette ville, les femmes sont plus abordables. Il y a aussi de la drogue. Hier soir, j’étais avec un ami pour rencontrer des jeunes filles dans un bar et bien qu’ils ferment les portes, on a pu rester dedans. À Paris, une demi heure avant la fermeture, on te sort déjà. Par contre à Paris c’est le transe. À Berlin, c’est exceptionnel aussi. Tandis qu’à Hambourg…les bars d’Amsterdam sont terribles.

On ne rencontre pas les mêmes personnes la nuit que le jour…Voilà sans doute ce qui t’a plu aussi
Mais c’est parce que je ne savais pas qu’ils étaient des gens de jour. J’ai toujours été un gars qui faisait 50 siestes par jour. Je me droguais, je ne le fais plus et je bois encore pas mal…Il y a eu cette période de ma vie, qui a duré trois ou quatre ans, ou l’heure de sortie était 1h00 du matin. Parce qu’on savait qu’à cette heure là, sortir c’était quasiment se garantir une rencontre. Malheureusement, ce n’était pas toujours des rencontres exceptionnelles mais, au moins, on ne rentrait pas tout seul.

Tu as passé des belles nuits avec la jet set ?
Je n’ai jamais été du jet set. La seule fois où je la fréquente, c’est au Gala de l’Adisq parce qu’il y a un gros party après. La nuit, c’est dans ma tête aussi. Tu vois, en ce moment il est 11h00 ou midi et je pourrais sortir dehors et ce serait la nuit. Parce qu’il a neigé, personne nous parle…Il y a sans doute des non-voyants qui ont des paysages plus lumineux que les miens. La nuit, on l’aime aussi, parce que c’est l’instant de tous les dangers. On peut se faire taper dessus….Et il y a des femmes qui nous ont trouvé tellement beau alors que nous étions laids comme des pioches. Et elles sont rentrées avec nous autres, imagine !

La nuit, les bars, c’est se croire immortel, non ?
Mais oui, complètement. À une condition, ne pas penser au matin. Lorsqu’on y pense, on redevient des mortels. On demande à un ami : « as-tu des lunettes noires que je puisse prendre un taxi ? »

Tiens, une blague: Un gars rentre saoul avec une fille. Il se réveille, elle est partie. Il retrouve des traces de sang sur le drap. « Merde, j’espère que je ne l’ai pas tué ». Partoutoù il va dans la maison, il y a toujours du sang par terre. À un moment, il rentre dans la salle de bain et se regarde dans la glace. Entre ses dents de devant, une petit fil blanc apparaît : « sacrament, j’espère que c’est la poche de thé ».

Entetien avec Suroît


photo: James Gray

lundi 12 avril 2010

Sus aux pédos !




Bédé et catharsis

Avec une économie de mots et un crayon noir au style graphique, le bédéiste reconnu Philippe Girard livre un récit captivant de sa propre adolescence.

Claude André

En raison du divorce de ses parents, Philippe se voit contraint de changer de ville, d’école et d’amis.  Comme il s’ennuie dans son nouveau décor, sa mère décide de l’inscrire dans les Oies blanches. 

Peut-être y trouvera-t-il la même fraternité que lorsqu’il était louveteau, pense –t-elle au sujet de ce groupe de jeunes qui s’adonne à plusieurs activités sous la férule d’un prêtre top cool qui arbore jeans et running shoes.

Déjà méfiant en regard de certains comportements de l’ecclésiastique, Philippe se joint néanmoins au groupe qui partira passer un week-end dans une maison de Dannaconna. 

C’est là que le prêtre fait visionner des diapositives de l’été d’avant au groupe en demandant aux jeunes de se tenir cois face à leurs parents «qui ne comprendraient pas». 

Le religieux, qui avait déjà amorcé son stratagème en disant à Philippe qu’il devait tuer son Vélasquez intérieur, ce peintre conservateur inféodé à l’église catholique, au profit du libre-penseur Picasso, dévoile la vraie nature de son ouverture d’esprit...

Puis il invite les jeunes, par groupe de deux, à partager son lit.

Mort de peur avant que son tour ne vienne, Philippe s’enferme dans sa chambre et puise du courage en lisant des vieux romans de Jack Bowore. Un aventurier qui affronte avec panache les pires situations. 

À l’heure où les scandales sexuels s’abattent encore une fois sur l’église catholique, voici une bédé qui, sans tomber dans le discours CLSC,  démontre qu’art et catharsis font souvent très bon ménage.

Tuer Vélasquez. Éd. Glénat Québec

dimanche 11 avril 2010

Villa Amalia : le retour d'Isabelle Huppert






La beauté perplexe

Parfois nous sommes en présence de la beauté mais on a du mal à saisir le comment du pourquoi…

 Claude André

Ann (Isabelle Huppert) espionne son mari et le découvre un soir en train d’en embrasser une autre et tombe, par hasard, sur Georges (Jean-Hugues Anglade), un ami d’enfance qu’elle ne reconnaît pas d’emblée.

 À son retour à la maison, alors que son mari (Xavier Beauvois) est déjà revenu et lui fait la scène du «tu rentres tard», elle lui annonce qu’elle le quitte. Désemparé, le conjoint qui a finalement avoué s’interroge : comment peut-elle balancer 15 ans de mariage pour si peu ? Mais ce n’est pas pour cela, lui confiera-t-elle, puisqu’elle s’en fout.


 Et c’est ce que nous tenterons de comprendre nous aussi pendant de très longues minutes tandis qu’Ann,  compositrice/concertiste d’envergure internationale, se départit de tout ce qu’elle possède et annonce même à son impresario qu’elle annule la tournée en cours.


Les tracasseries inhérentes aux départs défilent et seul Georges est mis au parfum de la démarche. Bien que complice involontaire du secret de Ann qui tente de tout effacer de son ancienne identité, le spectateur somnole : où veut-on en venir ?


 Puis, au moment où l’on hésite entre abandonner et continuer, on s’aperçoit que la fuite en avant transforme le personnage sombre et austère à mesure que le film progresse sous le ciel de la campagne italienne.

 Et l’intérêt du spectateur revient tout comme la jeunesse de Ann qui, dans une époustouflante bien que subtile métamorphose d’Isabelle Huppert, rayonne voire irradie. On se surprend alors à envier ce bonheur tranquille grâce aussi aux magnifiques images de baie de mer et de ciel bleu. 


 Vers la fin, un personnage inattendu apportera quelques éléments explicatifs qui, bien que touchants, laissent perplexe. Comme c’est souvent le cas d’ailleurs avec les questions identitaires.


Oeuvre toute en nuances sur les rapports entre ce qui doit être compris ou seulement ressenti, le film Villa Amaria du réalisateur Benoit Jacquot, qui s’inspire du roman éponyme de Pascal Quignard s’avère déstabilisant mais aussi touchant.


 Cela pourra séduire les adeptes du mystère  mais aussi énerver les esprits cartésiens.  À vous de voir.

samedi 10 avril 2010

Spécial Gainsbourg (4) : La bédé bible


 
Une bible pour un film

Une bible du film format bédé en guise de collector

Claude André

Pour les amateurs de bédé, Joann Sfar fait figure de rock star. Sa série Le chat du Rabbin, en plus de le propulser au sommet du panthéon des fadas, a vraisemblablement beaucoup contribué à convaincre les héritiers d’en faire le réalisateur de Gainsbourg (une vie héroïque).

Eux qui avaient refusé toutes les propositions jusque là.

Outre le fait qu’il soit bien placé pour comprendre la sensibilité juive de Gainsbourg, Sfar est sans doute ce qui nous était arrivé de mieux depuis Goscinny ou Pratt.

Sa maitrise du rythme ainsi que son imaginaire mystico-ludique en font un artiste qui peut aspirer plus souvent qu’à son tour à l’œuvre culte. Il a donc entrepris le tournage du film avec cet objectif en tête. Rien de moins. Si le tribunal de l’histoire artistique juge qu’il n’y est pas parvenu, personne ne pourra lui reprocher de ne pas avoir tout tenté.

Aussi, pour diriger ses acteurs et leur faire comprendre exactement ce qu’il attendait d’eux, Sfar a entrepris de tout expliquer : scènes, émotions et décor par des illustrations  et de créer en quelque sorte le «story board» ou la bible du film en 43 carnets  pour un total de 1 800 dessins et 12 kilos de papier.

Résultat? Un brique qui réjouira ceux qui ont aimé le film et ne sont pas réfractaires au style nerveux de Sfar. 

Légèrement diffèrent du long métrage sur le plan scénaristique, notamment par une plus grande permissivité quant aux allusions sexuelles, on se délecte de  cette méga bédé comme d’autres d’une interminable sucette à l’anis.


Gainsbourg
(Hors champs)
Joann Sfa
Éd. Dargaud 480 p.






vendredi 9 avril 2010

Entretien avec Paul Piché




L’inconscient collectif

Après une dizaine d’années d’absence tant sur disque que sur scène, Paul Piché revient nous secouer les idéaux à grands coups de refrains et de mélodies qui tuent

Claude André

Bien sûr, il y a eu ce disque de remix en 2004 qui n’était pas son initiative et quelques spectacles plus ou moins clandestins dans des bars ici et là.

Nous l’avons également aperçu en novembre 2007 alors qu’invité à une célèbre émission dominicale, il y a présenté sa «formule algébrique de notre inconscient collectif». Une théorie des cycles qui en a d’ailleurs laissé plusieurs perplexes (bien que la mode actuelle des albums de reprises)…

Pourtant, qu’il soit actif ou non sur le plan musical, l’artiste demeure constamment présent dans ledit inconscient. Un peu comme un grand frère qui viendrait nous rassurer quant à la justesse de certains idéaux.

Avec la morosité socio-économique ambiante, d’aucuns on pu penser qu’il en avait marre de son personnage de porteur de flambeau. S’y sentirait-il parfois à l’étroit?

«Oui, il peut y avoir un piège là-dedans, une sorte de prison. Pour mq part,  je n’ai jamais arrêté de chanter mes premiers hits et c’est peut-être parce que je les assume tellement, que ça ne se  produit pas… C’est vrai qu’il y a des artistes qui ont de la misère avec cela. Ils préfèrent que l’on découvre leurs nouvelles affaires. Moi, ça ne m’a jamais trop dérangé. Il y a des gens qui me disent : on a joué du vieux Piché sur le bord d’un feu. Ben, je suis le seul qui n’a pas pu faire ça…» rigole-t-il avant de préciser que ses chansons n’étaient pas encore faites à l’âge où il chantait devant un feu de camp.

C’est beau la vie

Pour cette grande rentrée où il sera entouré de son E Street Band à lui, pour faire référence aux supers musicos de Bruce Springsteen, Piché présentera ses classiques «feu de camp» certes mais également des pièces plus modernes et super accrocheuses comme «Je pense à toi» et, bien sûr, engagées comme la magnifique «Arrêtez» tirées de son plus récent album Sur ce côté de la terre.

Un opus aux textures organiques dont il se dégage une très agréable impression de familiarité dès les premières écoutes. Et qui comporte son lot de perles dont «La Vie», chanson qui reflète bien le propos général de l’album et dans laquelle il cause des saloperies humaines mais se dit, en regardant son enfant, que ceci compense néanmoins pour cela. «C’est exactement ça. Je suis vraiment heureux que tu le comprennes de même. C’est le paradoxe de la vie qui est à la fois extrêmement triste et cruelle avec l’injustice, les tremblements de terre, la laideur humaine qu’on y ajoute, les guerres.  En plus, on meurt et on perd des amis mais en même temps on trouve ça beau. On aime la vie et on veut la transmettre à un enfant ».

Parions que c’est ce que plusieurs auront envie de faire ce soir en sortant de la Place des Arts.

Paul Piché
Vendredi 9 avril à 20 h.
Salle Wilfrid-Pelletier

mercredi 7 avril 2010

Spécial Gainsourg (3) : autres temps, autres moeurs...




Scène tirée du film Je vous aime de Claude Berri tournée il y a une trentaine d'années avec Catherine Deneuve qui interprète un extrait de la chanson
Dieu est un fumeur de havane de Gainsbarre.


Merci au journaliste Marc-André Lussier de La Presse qui a eu l'idée d'insérer cet extrait sur son blogue dans Cyberpresse.

mardi 6 avril 2010

jeudi 1 avril 2010

Spécial Gainsbourg (2) : Le film




Je suis venu te dire que je reviens

Avec son conte très attendu sur «l'homme à tête de chou», le bédéiste Joann Sfar relève le gant de façon émouvante et inspirée.

Claude André

Trois jours après avoir visionné le très attendu Gainsbourg (Une vie héroïque), votre hôte se sent encore habité par les images et surtout le traitement que le bédéiste Joann Sfar a apporté à cette vraie fausse «biopic».

Car c’est bien d’un conte dont il s’agit et non d’une biographie comme l’étaient celles consacrées à Piaf, Morrisson ou, plus près de nous, Dédé Fortin.

C’est d’ailleurs en raison de cette approche proposée par Sfar que les héritiers, dont Charlotte Gainsbourg ( pressentie pour jouer le rôle principale), ont donné leur imprimatur au projet.

D’emblée, les premières images où l’on voit le petit Lucien contraint de jouer du piano par son père, un immigrant russe, donnent le ton. Noua assisterons à l’ascension d’un jeune juif affligé d’une gueule qui rappelle les stéréotypes de la propagande nazie devenir une icône de la culture française. Un peu à la manière de Romain Gary/Émile Ajar d’ailleurs dont Gainsbourg partageait plusieurs caractéristiques identitaires.

Déjà heureux du ton qui se manifestait, l'enthousiasme à monté d’un cran au moment du générique du début pendant lequel des poissons jaunes nagent avec clope au bec et fumée en prime.

Pas de doute, on a affaire à l’œuvre d’un bédéiste. Un bédéiste qui s’est offert toutes les fantaisies qui permettaient de faire avancer son scénar dont cette marionnette géante qui apparait ici et là comme une ombre de Gainsbourg lui-même. Sorte d’illustration de son double, synonyme de diable, et peut-être aussi, de conscience dans certains cas.

Si certain personnages sont fort réussis telle la magistrale Laetitia Casta en Bardot et Lucy Gordon en Birkin (ah leurs scènes d’amour devant Notre-Dame-de-Paris), nous avons craint à quelques occasions que le film ne dérape en première parti. Comme pendant cette scène de lendemain de biture avec les Frères Jacques ou encore au moment de la rencontre avec Boris Vian (mauvais casting Philippe Katerine). Mais, au final, le tout se tient et le le fil conducteur poursuit sa montée dramatique.

Montée qui atteindra son paroxysme au moment où Gainsbourg devenu Gainsbarre commet l’ultime affront pour une certaine France réac : revisiter La Marseillaise en version reggae (avec les choristes de Bob Marley).

« Je suis un insoumis qui a redonné à La Marseillaise son sens initial », lancera –t-il poing fermé aux militaires vociférant leur colère, en guise de réplique avant de les faire chanter en chœur.

Puis de quitter la scène pour y laisser le petit Lucien.

Incarné à merveille par Éric Elmosnino, dont la mimétique relève parfois du mysticisme, Gainsbourg (Une vie héroïque) s’avère, en quelque sorte, une bédé admirablement réussie pour un des plus célèbre  créateur de personnages qu’à connu la France : Lucien Ginzburg.

samedi 27 mars 2010

Bédé : Nemi, une gothique qui a du chien



«Si j’étais Dieu, je changerais tous les bouchers en porcs. Comme ça je pourrais recommencer à manger de la viande», lance Nemi dans l’une de ses réflexions cyniques.

Ce n’est pas qu’elle soit violente outre mesure mais la gothique norvégienne au teint blafard et aux cheveux de jais possède le sens de la formule et ses fantasmes sont parfois des plus étonnants.

Née il y a une dizaine d’année en Norvège, Nemi fait désormais figure de personnage culte en Scandinavie où ses aventures sont publiées dans plusieurs journaux.


Veinards que nous sommes, elle est arrivée chez nous voilà quelques mois bien que sur la pointe des pieds cependant.

 Dans la tradition des comics strip à l’américaine où les sketchs se livrent en 3-4 cases, ce sympathique personnage de jeune femme d’environ 25 ans que certaines aimeront détester craque pour Darth Vader,  Batman et autres Alice Cooper.

 Et si elle a débutée sa carrière en noir et blanc, elle décline aujourd’hui ses remarques parfois assassines sur les potes, la vie, l’amour et les petits boulots dans une ambiance intensément colorée où les décors, sobres, respirent énormément.



Collectionneuse de mecs qu’elle vire au réveil,  très portée sur l’alcool et fumeuse Nemi est une rockeuse dans l’âme qui se fout de tout et ne verse assurément pas dans le sentimentalisme mièvre.

Malgré quelques chutes parfois surréalistes, on se laisse prendre au jeu de Nemi grâce à ses moues qui font toujours mouche.

Et, comme le dit Tori Amos sur la jaquette de l’album numéro 1 publié chez nous «il y a une petite Nemi» en chacun de nous.

Nemi 1
Lise Myhre
Éditions Milady

vendredi 26 mars 2010

Stacey Kent: Vénus du mélo


Vénus du mélo

L’icône pop jazz Stacey Kent nous revient avec un chapitre entièrement francophone

Claude André

Promue au sein du gotha aux côtés de Norah Jones et autres Diana Krall avec le succès de son sixième album «Breakfast On The Morning Tram» (2007), l’américaine qui y insérait déjà deux chansons de Gainsbourg poursuit sa quête francophile.

Magnifiquement orchestré par son mari et producteur, le saxophoniste Jim Tomlinson qui a travaillé avec la légèreté d’un chat, ce dernier a laissé toute la place aux textes et au phrasé délicieux de la chanteuse intimiste.

«Raconte-moi», c'est donc un bouquet de reprises signées Barbara (Le mal de vivre), Benjamin Biolay-Karen Ann (Jardin d’hiver, Au coin du monde) ou Michel Jonasz (Les vacances au nord de la mer) ainsi que quelque inédites dont la très réussie La Vénus du mélo.

Savoureux jeu de mots que n’aurait pas renié Gainsbarre. «C’est bien vous ça, la Vénus du mélo ? » lui demande le journaliste au bout de l’onde. «Ah, ah, ah, peut-être», s’esclaffe-t-elle. «Oui, bien sûr, mais je suis aussi le personnage qui existe dans la pièce Raconte-moi. Métaphoriquement, l’album est une autobiographie», souligne la star en parlant de ces textes, comme La Vénus… (Bernie Beaupré-Émilie Satt-Jean) qui lui ont été offerts et de ceux qu’elle a choisi dans le grand répertoire de la chanson française.

«Vous savez, je voulais depuis toujours faire un album en français. J’ai pris plein de temps pour faire la recherche liée à cet album et quand j’ai commencé à recevoir ces chansons, j’étais bouleversée de découvrir des inédites aussi belles qu’elles. Dès que j’ai entendu et lu le texte de Raconte-moi, j’ai su que c’était la chanson titre. C’était ça, exactement, que je voulais créer sur cet album».

Les nuances

Et si, de prime abord, se distille l’impression d’écouter un album printanier émaillé de moments lumineux, notamment grâce à la présence du saxophone, on découvre également une tristesse qui s’installe, subrepticement, jusqu’à l’avant-dernier titre, la bouleversante Le Mal de vivre.

Un peu comme si nous chaloupions entre clairs-obscurs et vagues à l’âme. «Ah voilà», chuchote-t-elle à présent : «Exactement. C’est la clé. Vous parlez de la fondation. Je ne veux pas dire que ça n’existe pas dans les autres langues ou les autres cultures mais pour moi, dans la musique française et aussi la musique brésilienne, il existe une balance entre la douceur, la tendresse, la joie et la… douleur.»

Puis elle décrit l’intense et exquise émotion et le besoin de la chanter qu’elle a ressentie en entendant Jardin d’hiver pour la première ou encore la tristesse qui l’a envahie lorsqu’elle a découvert Le mal de vivre, sans connaitre l’aura qui entoure ce grand classique. Ce qui lui a permis, confie-t-elle, dans ce cas comme dans les autres, de se les réapproprier avec une certaine «virginité».

Virginité qui amalgame à la fois grâce et volupté, pourrions-nous ajouter.

Stacey Kent
Raconte-moi
EMI

mardi 23 mars 2010

Appel à tous : Les ados et la culture.

Sacrée famille !

Nous cherchons une famille qui a des ados et/ou des jeunes adultes, entre 14 et 25 ans, dont les parents et grands parents aiment la culture et les arts.

Nous voulons une discussion trans-générationnelle sur leur rapport à la culture, comment ils la défendent, comment ils la consomment. Quelles différences entre les années 50 et aujourd’hui ?

Certains pensent que tout fout le camp et que les jeunes en adhérant à la culture de masse ne voient pas l’intérêt de défendre la culture québécoise. Est-ce vrai ?

"Sacrée Famille!" est une série radio-documentaire de 8 épisodes de 1 heure qui sera diffusée à la radio de Radio-Canada au cours de l’été 2010. Le concept de la série tourne autour du souper de famille et du dialogue entre les générations. Dans bien des familles, le repas donne lieu à des discussions animées entre les différents membres de la famille mais aussi, et surtout, entre les différentes générations. Cette série est le témoin de ces discussions enflammées.

claude.andre@radio-canada.ca

Santé !

samedi 20 mars 2010

Huis clos


Vu la semaine dernière l'excellente version TNM de Huis clos, pièce majeure écrite pendant la seconde guerre mondiale, en 1944, par l'égérie du courant existentialiste Jean-Paul Sartre.

Je ne saurais trop vous recommander d'assister à la supplémentaire qui aura lieu le samedi 10 avril à 15 h00.

Avec une mise en scène signée Loraine Pintal et une scénographie qui est l'oeuvre du sculpteur Michel Goulet, cette lecture de la pièce de Sartre s'avère des plus réussie.

Le jeu des Pascale Bussières, Julie Le Breton, Patrice Robitaille et Sébastien Dodge (dans un rôle de soutient discret mais très efficace) est percutant et on plonge dans cet «enfer» avec un intérêt captif.

Réflexion profionde sur le mal que l'on s'inflige soi-même en jaugeant notre estime de soi à l'aune du regard des autres, Huis clos est une pièce ont ne peut plus moderne à l'ère du succès à tout prix et de la volonté de tout un chacun d'accéder à la popularité.

mercredi 17 mars 2010

À l'agenda

  

L’autre gothique

Après la déferlante Lisbeth Salander, héroïne de la trilogie Millenium, voici Nemi Montoya. Une autre gothique de la mi-vingtaine qui pourrait bien marquer les esprits. Plus drôle et légère que la Suédoise qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, cette Norvégienne qui vit en colocation et admire Batman, Alice Cooper et Darth Vader est née il y a une quinzaine d’années dans l’esprit de sa créatrice Lise Myhre. En Scandinavie, elle fait l’objet d’un véritable culte et la voici qui débarque, en français, chez nous. Dans la tradition du comic strips, Nemi balance ses réflexions cyniques sur la société entre deux virées dans les bars où elle pêche une collection d’inconnus qu’elle vire les lendemains. Et nous on se régale. Car, comme le dit Tori Amos en préface, «il y a une petite Nemi en chacun de nous».







Rencontres au sommet
Le réalisateur Milos Forman (Amadeus) qui cause cinoche au célèbre Chelsea Hotel (celui-là même que chante Leonard Cohen), le magnifique Jacques Tati créateur du film Jour de fête, l’immortel Philippe Noiret et sa voix grandiose, la majestueuse Romy Schneider (César et Rosalie), le génial André Malraux, auteur de La Condition humaine, sans parler d’Antonine Maillet (la Sagouine), de Boris Vian et de…. Cayouche, voilà une belle brochette de personnages plus colorés les uns que les autres qui seront virtuellement réunis à l’occasion du 28ème Festival International du Film sur l’Art. Cet événement majeur qui se consacre à la promotion des arts propose cette année 230 films provenant de 23 pays. Une véritable bacchanale artistique dont on serait fou de se priver. Enjoy !
Du 18 au 28 mars dans plusieurs salles.
Programmation : http://artfifa.com



Franco jazz
L’icône du jazz Stacey Kent, qui a connu la consécration avec son 7ième encodé «Breakfast On The Morning Tram» (2007), proposera son plus récent chapitre «Raconte-moi» le 23 mars. Un opuscule composé de reprises entièrement francophones de pointures telles Benjamin Biolay, Moustaki, Michel Jonas et, notamment, Claire Denamur. À la fois élégante et sensuelle, l’Américaine Stacey possède une voix de velours et son phrasé unique s’avère des plus mignon. Dans une ambiance feutrée et intime, on se délecte en écoutant la sublime Jardin d’hiver popularisé par Henri Salvador ou la tragique Le Mal de vivre de Barbara. Ambiance piano-bar nappée d’orchestrations subtiles et raffinées, «Raconte-moi» est promis à un bel avenir.




La nuit je mens
La beauté de meurt pas et l’ombre majestueuse de Bashung planera à travers les voix de Louis-Jean Cormier, Daniel Lavoie, Stéphanie Lapointe, Bïa et Stefie Shock lors de l’Hommage à Bashung qui sera diffusé à Artv (ainsi que sur Tou.tv dans le Web) dans le cadre de l’émission Studio 12, le 17 mars prochain à 20h00.

dimanche 7 mars 2010

Victoire pour Coeur de pirate



À l'abordage du public français depuis bientôt 10 mois, Béatrice Martin alias Coeur de pirate a vu hier sa chanson Comme des enfants remporter le prestigieux titre de «chanson originale de l'année» à la cérémonie des Victoires de la musique.

Pébliscitée par le vote du public, la timide jeune femmes de 19 ans, qui s'inspire notamment de Pierre Lapointe sur le plan musical , a remercié «mes parents qui m'ont forcée à apprendre le piano et tous mes petits amis qui m'ont larguée, ce qui m'a fourni matière à écrire des chansons».

Devrions-nous lui souhaiter de multiples ruptures pour les années à venir ?

En tout cas, bravo. Et chapeau à Ariane Moffat qui a livré, encore une fois, une performance électrisante de Je veux tout.

vendredi 5 mars 2010

Appel à tous !

Je cherche actuellement une personne militante ou conscientisée de gauche et/ou altermondialiste dont les parents seraient plutôt conservateurs ou libéraux, donc politiquement plus à droite, pour la future émission «Sacrée famille !»

Le projet "Sacrée Famille!" est une série radio-documentaire de 8 épisodes de 1 heure qui sera diffusée à la radio de Radio-Canada au cours de l’été 2010. Le concept de la série tourne autour du souper de famille du dimanche et du dialogue entre les générations.

On n'entendra donc pas (sauf rares exceptions) de questions d'animateur/trice mais bien la discussion entre les membres d'une même famille (trois générations/Max. 6 pers.) qui aura au préalable acceptée de se prêter au jeu.

Dans bien des familles, le repas du dimanche donne lieu à des discussions animées entre les différents membres de la famille mais aussi, et surtout, entre les différentes générations.

Cette série fait écho à ces discussions passionnées. Nous cherchons des familles dans lesquelles il y a des divergences d'opinions, de points de vue et/ou interrogations et qui prennent plaisir à en discuter ouvertement. Chaque épisode porte sur une famille et un thème différent dont une sera consacré à la thématique droite/gauche.

Merci de votre attention,

claude.andre@radio-canada.ca

mardi 2 mars 2010

Agenda culturel



Un Prophète

Amateurs de cinéma relevé comme ceux craquent pour les histoires de bandits genre les vieux Pacino, vous de ne devez absolument pas rater le magnifique Un Prophète de Jacques Audiard. Œuvre qui a d’ailleurs obtenu le Grand prix du jury à Cannes en 20009 et qui vient d’arriver chez nous. Un jeune arabe de 19 ans analphabète (magistral nouveau venu Tahar Rahim) est condamné à 6 ans de bagne. Naïf et fragile, il est rapidement repéré par le chef du clan mafieux corse (très crédible Niels Arestrup) pour lequel il fera les sales besognes en plus de lui servir de boniche. À la fois par admiration et intérêt, notre jeune arabe en profitera pour s’élever dans la hiérarchie criminelle grâce à son humilité et sa facilité à transiger avec les «barbus» ainsi que son lien d’amitié avec un gitan exalté. Un film de taule magnifique, subtil, habilement mené et, en quelque sorte, antiraciste a contrario. Captivant.




Photo: Jean-François Gratton

L’enfer c’est les autres !

Si nous connaissons tous la célèbre réplique de Jean-Paul Sartre, elle devient sublimement savoureuse lorsque restituée dans son contexte originel, la pièce Huis Clos rédigée en 44. Porte-étendard du courant existentialiste, le compagnon de Simone De Beauvoir souhaitait, à travers cette œuvre empreinte d’humour noir et très accessible, démontrer comment notre existence se ressent, se perçoit, à travers les autres. Dans une mise en scène signée Lorraine Pintal, la magnifique Pascale Bussières et les excellents Sébastien Dodge, Julie Le Breton et Patrice Robitaille nous livrerons ce tour de force théâtral. Maintenant reste à espérer que si l’enfer c’est les autres, le bonheur c’est les uns ?
Huis Clos
Du 9 mars au 3 avril
TNM
514-878-7878



Les derniers humains

Photo: Teatro Sunil

Spectacle mythique acclamé plus de 700 fois sur les 5 continents, cette pièce écrite en prison par un l’objecteur de conscience Daniele Finzi Pasca raconte l’histoire d’un patient qui, en arrivant à l’hôpital, propose un voyage imaginaire à son compagnon de chambre histoire de tromper la mort qui rôde. À travers l’unique acteur, l’autre personnage étant incarné par un spectateur invité à regardé la pièce depuis la scène, Pasca nous entrainera dan un univers fantaisiste où il devient tout à tout clown, acteur, diablotin, improvisateur et tout le bazar. Il parait que la pièce et son créateur désormais célèbre (Cirque Éloize, Cirque du Soleil, Jeux de Turin) sont si magistraux qu’on en ressort plus humain qu’avant notre arrivée.
http://www.youtube.com/watch?v=WsdwbH8OK_0
16 mars au 3 avril
Usine C
514-521-4493

Complexe d’Oedipe

La toute récente parution bédéesque de Joan Sfar, Oedipe à Corinthe, dessins Christophe Blain, est le troisième d’une série de 4 albums qui revisitent la mythologie à travers les aventures de Socrate le demi-chien. Irrévérencieux, brillant et drôle.

Benjamin Biolay: Ton héritage



Très beau montage sur une des perles de l'écrin «La Superbe». Un album qui redéfinit sans doute les cadres de la pop française et qui marquera assurément son époque.