samedi 7 mars 2009

Je me souviens...le film. Commentaire et entrevue.



Se souvenir avec plaisir


Pari gagné pour l’enfant terrible du cinéma d’ici…


Claude André


Considéré par plusieurs observateurs comme étant le plus doué des cinéastes indépendants du Québec, la parution d’un nouveau film d’André Forcier suscite toujours un certain intérêt comme le démontrait la palpable frénésie dans la salle lors de la projection de presse il y a deux semaines.


En replongeant en Abitibi pendant la grande noirceur, le film est d’ailleurs en noir et blanc, c’est à une métaphore du Québec contemporain que nous conviait celui qui a «déviergé le cinéma québécois».


Tiraillé entre les partisans du syndicat communiste et ceux du syndicat disons plus conciliant, le village vit au rythme de la Sullidor Mining, du clergé et de Duplessis. Pour le petit Louis, fils de Robert Sincenne le leader coco (moyen Pierre-Luc Brillant), c’est la comédie humaine qui se déploiera lorsque son papa, grand rêveur d’aventures, choisira de s’enrôler dans la légion étrangère lors de la mort de son rival Richard Bombardier.


La veuve de Bombardier (jouissive Céline Bonnier en allumeuse alcolo) soupçonnée d’avoir trucidé son mari par les femmes de la bande rivale se vengera habilement de ces dernières et de cette vengeance naitra Némésis. Une enfant qui refuse de parler et pince les bijoux de familles de ces messieurs qui viennent rendre visite à maman.


Entre Némésis et le petit Louis naitra une grande complicité qui les mènera en Irlande.


À travers son imagination foisonnante, Forcier nous distille ici et là de nombreuses métaphores tantôt truculentes et drôles tantôt politiques et touchantes. Que ce soit sur le pouvoir de séduction des femmes (ou la lâcheté des hommes), l’exploitation des enfants de Duplessis, la morale corrompue de l’église, l’éventuelle disparation du la langue française en terre d’Amérique ou le combat d’un peuple pour sa survie le réalisateur ne manque ni d’esprit ni d’humour cru.

Et si sa trame scénaristique pouvait sur papier semblée bancale au moment de justifier l’apparition au village du bel étranger par exemple, elle coule comme l’eau frette dans une rivière du Nord notamment grâce au brio de Roy Dupuis qui, encore une fois, crève l’écran et s’avère très crédible en Irlandais révolutionnaire.


Bien que nous ayons encore un peu de mal avec l’incarnation de Duplessis par Michel Barrette, Jean Lapointe a défini à jamais ce rôle dans le passé, on saluera au passage l’excellente performance de France Castel en épouse libidineuse alcolo et aveugle (qui a un dada pour les …«automatiques») et le rôle de boss de la compagnie incarné par Doris St-Pierre. L’antithèse même de l’habituel cliché du patron anglo sans oublier l’excellent Mario St-Amand en syndicaliste en goguette. Bref, un très beau film pour se souvenir certes mais aussi pour le plaisir.


*** ½




Le «paria» parle


Lors d’une récente discussion avec le réalisateur Rodrigue Jean, ce dernier se désolait du fait que le cinéma québécois s’intéresse douteusement au passé. Avant l’arrivé de l’étranger, quand nous étions «entre-nous»…

Justement, on aime bien faire la captation comme avec Le Survenant, Un homme et son péché, et même si ça peut être un bon film Maurice Richard mais on ne pose jamais un regard englobant sur le passé. Moi, j’ai voulu prendre une immense liberté sur le passé pour ne pas être cloisonné par le sujet. J’ai voulu montrer les années noires et mon approche est complètement différente et je l’ai fait justement parce que je suis d’accord avec Rodrigue Jean.


Michel Barette en Duplessis, on se dit «hummm…»…Vous avez voulu établir un lien avec un clown genre Hiha Tremblay ?

L’approche de Michel a été d’étudier tous les tics de Duplessis. Comme lorsqu’il se regarde les mains, je trouve qu’on le voit vraiment et je crois que sa performance n’a rien à envier à celle de mon ami Jean Lapointe. C’est différent. Il ne fallait pas tomber dans le piège de l’imitation.


Comment s’est effectué le casting ?

Plusieurs personnages ont été écrits en fonction de personnes avec qui j’ai déjà travaillé et d’autres avec lesquelles j’avais envie de le faire comme Hélène Bourgeois-Leclerc.


Parlez-nous de la psychologie des personnages.

Chacun des personnages porte le bien et le mal en lui. Dans la psychologie américaine ont essaie toujours de réconcilier le bien et le mal à l’intérieur des personnages et j’ai toujours trouvé qu’il s’agissait d’une aberration. Je n’ai pas voulu tomber dans ce piège pour ce film là.


Et Roy Dupuis dans son rôle d’Irlandais qui tente de faire survivre la langue gaélique, il incarne le Québec ?

D’abord, il y a un fondement scientifique avec la petite fille qui ne parle pas. Je suis un ami du pédiatre Jean-François Chicoine qui est d’ailleurs conseiller à la scénarisation du film. Il a quelques années, ce dernier m’a parlé de ses observations sur les fermes d’enfants en Roumanie de Ceausescu où les parents de délestaient de leurs enfants pour les faire élever dans les fermes. Et Jean-François me disait à quel point il était étonnant de constater l’ampleur du nombre d’enfants de 8 ans qui ne sont pas locuteurs, qui ne peuvent pas parler. Et cela a fait du chemin dans ma tête. Je me suis dit que cette enfant ne parlerait pas parce qu’elle avait manqué d’amour.


Après Le grand départ, Le Bonheur de Pierre et de Père en Flic bientôt, un troisième film en salle presqu’au même moment avec Rémy Girard. Il y a pénurie d’acteurs… ?

Rémy Girard est considéré comme un des dix meilleurs comédiens au monde et c’est un honneur pour moi de travailler avec lui. J’avais déjà travaillé avec Rémy et j’avais hâte de pouvoir le refaire.

2 commentaires:

Charles-Henri a dit…

Merci Claude pour cette intéressante analyse. De mon côté, j'ai trouve que Forcier avait trouvé le match parfait entre dramatique et poésie, entre satire et lysrisme. C'est un grand film québécois comme on les aime, et probablement le meilleur Forcier depuis très longtemps. Bravo!

claude andré a dit…

Merci Charles-Henri pour ta remarque.

Tu as entièrement raison.

A+

Klod