Journaliste culturel au «Journal Métro» (ex «24 H», «Ici», «Ici et là»...) et recherchiste, je cause cd, ciné et livres entre des commentaires politiques, des entrevues et un zeste d'humour frelaté.
C’est à une nuit suave sous un ciel étoilé que nous convie Bïa avec ce rendez-vous vêtue de soie noire, de folk latin, de poésie et de jazz.. Chaud comme la lune de juillet, Nocturno, réalisé par Erik West-Millette, fleure bon la peau salée des promesses charnelles grâce, surtout, à cette salutaire rencontre avec Charles Papasoff qui y signe des arrangements somptueux de cuivres et de bois en plus de l’accordéon de Francis Covan ou des six-cordes d’Yves Desrosiers, Bernard Falaise et Simon Godin. Avec la complicité de ses amis du Mile-End Lhasa et Thomas Hellman qui viennent faire coucous, la Brésilienne nous permet de croire encore aux promesses de l’aube que ce soit en français, portugais ou espagnol. Grande classe. **** (CA)
À télécharger : Madalena Los Hermanos Mes Zaricots
Pour son troisième chapitre, Karkwa poursuit sur sa lancée pop exploratoire avec une démarche encore plus orchestrale, urbaine et planante.
Claude André
Très attendu, ce troisième opus ne dépaysera pas les amateurs et continuera de faire rayonner la formation auprès de ses pairs dont plusieurs pointures européennes.
Malgré l’engouement pour Les tremblements s’immobilisent, le précédent album, Karkwa a su résister à la tentation commerciale souvent inhérente au succès. Même que les gus se sont demandés, comme à la fin du précédent disque d’ailleurs : «sommes-nous allés trop vers la pop ?», confiera Louis-Jean Cormier.
Mais depuis la publication de la chanson «Échapper au sort», il y a quelques semaines, on présageait déjà une mouture mélodique, certes, mais encore plus étoffée sur le plan des arrangements progressifs-rock qui sont une des caractéristiques fondamentale du groupe. «Plus orchestral ? Je crois que c’est le mot juste. Sans le vouloir vraiment, il est vrai qu’on a poussé cet aspect encore plus loin. Il y a des espèces de buzz minimalistes et d’autres orchestraux comme la finale de «La façade» justement qui lève en crescendo. Puis on a ajouté le vibraphone ainsi que des envolées de voix», analyse Cormier, le chanteur du groupe entouré des autres musiciens qui acquiescent du chef dans ce petit local de répétition craignos et déglingué de la rue d’Iberville. Local grand comme une salle de cours où l’entre eux, François le claviériste, se retirera dans le cadrage de porte à quelques reprise histoire de griller une clope. Urbanité fumante
Parlant de fumer, Le volume du vent pourrait très raisonnablement s’accommoder des volutes baudelairiennes dispensées par ses éventuels auditeurs, n’est-ce pas Louis-Jean… ? «Oui oui, tout à fait. La plupart des chansons ont été inspirées de et créées par…», rigole le sympathique chanteur et guitariste de la formation.
L’urbanité semble également avoir beaucoup inspirée les textes avec leurs références aux néons, lampadaires et autres ponts sans compter que le premier clip tiré de la chanson «Échapper au sort» (très beaux dessins animés) traite de la descente aux enfers d’un jeune de la rue. Comme si il y avait des velléités conceptuelles derrière le projet. «Je trouve que le milieu urbain est un sujet super inspirant. Moi, je viens de Sept-Îles, ça fait tout de même dix ans que je suis à Montréal, mais je continue à y puiser des nombreuses images. Puis, il y a un thème, celui du stress et de la conciliation travail/amour qui se dessine tout le long du disque», raconte Louis-Jean, principal parolier du disque en plus du poète Pierre Nepveu qui y signe «Le Solstice» dont un extrait a inspiré le titre de l’album.
Avec d’autres invités qui se démarquent tels Élizabeth Powell de Land of talk, Patrick Watson, Olivier Langevin, Marie-Pierre Fournier ainsi que le quatuor Cartier, parions que le dernier trop musical de la formation qui a vu le jour il y a dix ans nous fera planer encore un max. Qu'importe le volume de boucane…
Clip de la chanson «Elle m'a dit» tirée du premier album C'est quand le bonheur? qui nous avait littéralement subjugué lors de sa parution en 2003. On voit ici Cali en compagnie de Miossec.
Auréolé de ce nouvel opus, L’espoir, au casting plutôt relevé qu’il viendra nous dégoupiller cet été aux Franco, le Perpignanais qui a retrouvé la fougue, l’urgence et l’exaltation de son premier encodé nous fait part de ses coups de cœur dont ceux pour Arcade Fire et The Waterboys. En attendant de voir cette bête de scène nous livrer ses chansons indociles et autres blessures d’amours déglingués…
Claude André Sur ton dernier album L’Espoir on retrouve quelques chansons disons de gauches. Quel est pour toi la plus belle chanson révolutionnaire ? «Els Segadors». C’est une chanson de révolte des opprimés catalans interdite par tous les gouvernements et par tous les rois qui se sont succédés en Espagne et en Catalogne. Une chanson remplie d’espoir. Version ? Celle du groupe catalan La Cobla. Sinon, «Le Temps des cerises, ouais. Et, tu as raison, on peut aussi insérer «Où c’est que j’ai mis mon flingue», de Renaud. Avec ton dernier cd, on retrouve «Pas la guerre», ta plus belle chanson antimilitariste ? «Le déserteur», de Vian évidemment. Il y a aussi une chanson de Waterboys : «Red Army Blues». Je mettrais aussi l’œuvre complète de Patti Smith et «Le Parachutiste» de Maxime Leforestier.
Tu chantes «Le droit des pères», la plus belle chanson écrite pour un enfant selon toi ? Il y en a pleins. Celle de Lavilliers, «Petit» est très belle par exemple ou «Isabelle» de Brel. «Prendre un enfant par la main», de Duteil c’est très joli aussi et la superbe «Votre fille a vingt ans», par Reggiani.
Ton dernier disque nous fait craquer et toi, c’est lequel ? Hum, j’en achète pleins… Banco des Têtes Raides, il y a une top chanson qui s’appelle «Expulsez-moi», dessus et sinon le dernier Dyonisios La mécanique du cœur, le dernier Dominique A, le Brest of (à la correctrice : ce n’est pas une faute) de Miossec et aujourd’hui on a le nouveau Raphaël qui sort.
On retrouve sur L’espoir une chanson intitulé «Les beaux jours approchent», ta plus belle chanson d’été ? Wow ! (rires). Merde. C’est compliqué. Je vais dire «Hollyday In The Sun» de Sex Pistols (il se met à chanter). Une chanson qui m’a aussi bercé tout l’été, «No Cars Go» d’Arcade Fire. C’est vrai, ton album fait d’ailleurs parfois penser à ce groupe… Ben oui, j’ai pris pour quelques chansons le producteur Scott Colburn qui a travaillé sur «Neon Bible» ce n’est pas pour rien. Je les ai vus à Paris, c’était énorme.
Pour faire un parallèle avec ta «Paola», quelle est ta chanson sensuelle préférée ? «Je t’aime moi non plus», interprétée par Gainsbourg et Bardot, et ensuite avec Birkin.
Ton idole musicale ? Mike Scott, le chanteur des Waterboys (que l’on retrouve sur «Pas la guerre»).
Ton fantasme musical ? J’aimerais faire une chanson où je serais au chant avec Mike Scott. Aux cœurs, il y aurait Bono, Patti Smith, Joe Strummer et David Bowie. Au piano à six mains on retrouverait Beethoven, Tom Waits et Nick Cave. Keith Moon (The Who) jouerait de la batterie. Les guitares seraient tenues par Keith Richard et The Edge et Sid Vicious se chargerait de la basse. Puis, devant nous, il y aurait il y aurait une salle de bal où danseraient, seuls, Léo Ferré et Mick Jagger.
Et vous chanteriez...? Ça pourrait être «Tom Traubert's Blues» de Tom Waits. Le disque pour t’exiler sur une île avec une femme belle et amoureuse ? Unforgettable Fire, de U2. Et le meilleur disque de tous les temps ? Oulala (rires). Tu es dur là. Alors, c’est compliqué. Pour moi, je dirais, This Is The Sea, des Waterboys ou alors Never Mind de Sex Pistols ou encore le premier Clash (The Clash) ou le War de U2.
Le premier disque que tu as acheté ? Plutôt le premier que l’on m’a offert, c’était L’eau vive de Guy Béart. J’ai d’ailleurs fait reprise de cette chanson. Tu as également repris «Je reviens te chercher» de Bécaud… Ah oui (rires). J’avais fait ça pour le générique d’un film qui s’appelle «Chef d’orchestre».
La chanson la plus ringarde que tu aimes ? Merde, je croyais que tu avais oublié cette question…«Le Bac G», de Michel Sardou. Ah, non il faut que j’aime bien hein ? Oublie, oublie… Allons-y avec «Les portes du pénitencier» de Johnny Hallyday
La chanson que tu aurais aimé écrire ? Il y en a pleins…Disons «Thunder Road», de Bruce Springsteen.
L'ami Steph ce matin: «Le Café Pico est une succursale non-officielle de Louis-Hyppolite Lafontaine». Hummmm...voila, en effet, ce qui expliquerait bien des choses...
S'il m'a fait rencontré deux femmes qui m'ont dévoilé leur chef-d'oeuvre, dont une m'a lesté d'une triste musique au fond du coeur récemment, mon boulot m'a également permis de vivre des moments plutôt cools ces derniers temps.
Ce fut le cas lundi dernier lorsque je me suis retrouvé à une séance d'écoute exclusive du prochain encodé de Artur H au Patro Vys, un bar qui crèche avenue du Mont-Royal.
Réalisé tour à tour à Paris et Montréal avec la complicité de Jean Massicotte (Pierre Lapointe), «du commerce équitable quoi», dixit l'Arthur, «L'homme du monde» a littéralement subjugué les 6-7 journalistes présents dont l'auteur de ces lignes et l'ami Pat que je n'avais pas vu depuis qu'il est passé au Voir.
Nous étions là, épars, assis sur les tabourets hauts, oreilles tendues et pieds battant la cadence, à regarder la scène vide (!) tandis que l'artiste, derrière, faisait les cent pas un moment et observait les bouteilles d'alcool dans une remise à l'autre.
Sa jeune conjointe, au bar, marmaille dans les bras, scrutait furtivement les réactions des journaleux en souriant ici et là. Effectivement, n'avait pas à s'inquiéter.
Inspiré par le ciel de Grèce, comme l'a fait si souvent Leonard Cohen, ce sixième disque studio, contrairement aux précédents, a été composé à la guitare plutôt qu'au piano. Ajoutez à cela un Arthur heureux en amour et un autre bébé qui s'en vient et vous comprendrez que l'oeuvre ne porte pas cette tristesse à laquelle nous avait habitué l'artiste.
En fait, c'est vraiment un trip seventies qui nous assaillira de ses élans funky, R& B et disco top groove le 2 juin prochain, date de parution de l'encodé.
Si on retrouve évidemment les influences de Tom Wait, l'Arthur nous gratifie de quelques clin d'oeil à Claude François et son disco kitsch, au délire de «Echoes» de Pink Floyd quand ce n'est pas Ziggy Stardust de Bowie ou à Nick Cave dont la chanson My father is a cosmonaut a inspiré la délirante Cosmonautes père et fils.
«Tu vas envahir les dancefloors et venir nous présenter un show avec paillettes, mega lunettes de soleil et costume blanc stresh disco, toi». «Qui n'en a jamais rêvé», a -t-il répliqué avec justesse avant de me préciser qu'en ce qui concerne sa présence sur scène, ça irait en 2009.
En attendant, c'est la très disco Dancing with Madonna ou le rock de Lady is Back qui feront danser le soleil de 2008. Vous avez hâte?
En plus d’effectuer sa rentrée montréalaise et de lancer son recueil de poésie «Tu cours après les pigeons», l’auteur du très bel hommage au poète mythique Denis Vanier La star du rodéo sillonnera les salles du Québec avant de traverser la grande mare pour participer à des Marché de la poésie. Rendu là, il espère effectuer une tournée de son spectacle «Demain… la peur». Vendredi 7 mars au Lion d’Or à 20h00. Avec 4 musiciens, Monsieur Mono comme invité et Louis-Étienne en vedette américaine.
Claude André
Le premier disque ? Shot At The Devil, de Mötley Crue. Et le premier que j’ai reçu en était un d’Angèle Arseneault, «Libre». D’ailleurs excellent et que j’écoute encore. Ton disque préféré à vie ? Hummm….Étant donné que j’en possède deux milles à la maison, ce n’es pas évident. Si je ne devais en choisir en seule je dirais «Ma gonzesse» de Renaud sur lequel on retrouve ma chanson préféré Salut Manouche en plus de Ma gonzesse et de La tire à Dédé. Mais pour être honnête, ça serait toute la discographie de Renaud. C’est comme s’il s’agissait d’une œuvre entière. J’aime tous ses albums. Et son dernier, tu l’aimes avec autant de passion ? C’est vrai que «Rouge sang» est celui que j’ai écouté un peu moins. Mais je trouve ça plate de dire que j’aime moins quelque chose de Renaud, il a tellement de belles affaires. Tous les albums de Renaud m’ont habité d’une façon obsessionnelle.
Le disque qui t’a donné le goût de faire de la chanson ? Je dirais «L’escalier» de Paul Piché. J’ai commencé à jouer de la guitare avec des chansons de Beau Dommage et de Paul Piché. Tu portais des chemises à carreaux ? N….oui, mais en fait j’étais grunge. J’écoutais Paul Piché et Soungarden en même temps.
Album québécois préféré ? Je dirais «Planter le décor», de Fred Fortin.
Album français préféré hormis Renaud ? L’album «Les chansons perdues» de Mick est tout seul (Mickaël Furnon). Le chanteur de Mickey 3D. Album anglophone de prédilection ? J’aime bien Grant Lee Buffalo.
Plaisir coupable ? Ben avec Angèle Arseneault, c’est quand même pas pire coupable. Mais c’est des textes écœurants de l’époque de la libération de la femme. Moi, en tout cas, je trouve ça vraiment très fort mais je ne peux pas faire écouter cela à mes amis…Ils ne me trouveraient pas drôle. Dernier cd acheté ou volé ? Acheté c’est The Deils et volé c’était la cassette de «Shot At the Devil» en 1984.
La plus belle chanson du monde ? Je dirais que c’est Mistral gagnant de Renaud.
On ne te demandera pas qui est ton chanteur préféré…mais la chanteuse que tu affectionnes le plus, pas Angèle Arseneault quand même ? Ouais, je dirais Angèle Arseneault et il y a aussi PJ Harvey.
Ton fantasme musical ? J’aimerais, à la manière de Brassens ou Félix Leclerc, parvenir à faire une œuvre, pratiquement guitare/voix qui se tient et ne vieillit pas.
Le disque que tu apporterais au fond de l’océan. Donc il ne faudrait pas trop déprimer…? Une compil de Brassens avec quatre cent tounes.
La chanson le plus drôle que tu connais ? Je pense que c’est Martiniquaise de Soldat Louis.
La plus triste ? Que je t’étranglerai, de Fred Fortin. Ah oui, il y a aussi Lomer de Richard Desjardins. Un texte très réussi à la manière de François Villon. C’est magnifique et tellement cinématographique imagine : adieu la terre pourtant si bonne… Ta toune préféré de toi et pourquoi ? La star du rodéo. Parce que le sujet, la mélodie… J’aime l’attitude, bref j’aime tout de cette chanson là. Il y a même un extrait de poème de Denis Vanier dedans. C’est ma chanson préféré de moi de tout les temps.
Le plus grand auteur selon toi, Renaud ou Desjardins ? Pour moi, ça reste Renaud parce ça fait 40 ans et qu’il a 28 albums mais les deux univers sont essentiels. On ne peut pas en bafouer un.
Histoire de couronner vingt ans de Bruelmania, Maurice Benguigui vient lancer «des souvenirs…ensemble», un encodé et un dvd captés en public de l’été 2006 à octobre 2007. Rencontre.
Claude André
Je l’observe scruter, commenter et maugréer au sujet son horaire serré des prochaines heures à l’endroit de son attachée de presse. «Sans doute pas facile à vivre, le type», me dis-je en ayant en mémoire une discussion avec une relationniste qui l’a «subi» un jour.
Puis, la discussion s’amorce. Malgré quelques bâillements imputables au décalage horaire, l’homme, enfilait-il un nouveau rôle ?, est affable, séduisant, plutôt mec assumé et généreux dans ses réponses. Je comprends petit à petit un peu mieux l’engouement autour de sa personne. Regard vif, on sent qu’il est passé maître dans l’art de jauger son interlocuteur. Champion du monde de poker, c’est ça aussi.
Je lui raconte que j’ai visionné la veille un document dans lequel il expliquait que c’est un concert de l’illustre Serge Reggiani qui l’a amené à la chanson. Or, lui, Bruel, est devenu l’idole des minettes qui s’agglutinent par dizaines de milliers à son passage. Si l’auteur de ces lignes à pu s’identifier à la colère de «Casser la voix» il y a vingt ans, nenni par la suite. Y aurait-il eu un malentendu entre Bruel l’auteur de chansons et le public qui l’a choisi ?
Le malentendu
«Celui qui m’a vraiment donné envi de chanter, ça dû être Brel quand j’avais 4-5 ou 6 ans. Ma mère avait acheté un disque et ça me touchait beaucoup. Ensuite, un jour, par hasard, on a croisé un ami de ma mère qui allait voir Reggiani à Bobino. On est allé avec lui et le lendemain, j’ai demandé le disque et je chantais ses chansons devant la glace. Ce sont toujours des chanteurs qui m’ont donné envie de faire ce métier. Probablement à cause d’un phénomène d’identification. Soit le chanteur me racontait une partie de mon histoire, soit je rêvais de devenir le chanteur», explique Bruel avant de convenir qu’il y a effectivement eu un malentendu sur la perception que le public pouvait avoir de lui. Les gens auraient choisi de mettre l’emphase sur les jeunes filles exubérantes alors qu’il n’y avait pas que cela dans les salles. Et, soutient-il, ces jeunes filles qui étudiaient ses textes au lycée aimaient également Brel, Reggiani, Brassens et même Ferré. «Cela n’était pas incompatible. Mais il est vrai qu’on a mis un peu de temps à m’accepter, à me faire rentrer dans la famille des auteurs-compositeurs-interprètes respectés. Il y a eu une espèce de condescendance en regard de mon succès auprès des jeunes filles mais cela s’est équilibré. Le respect est un long combat, surtout lorsque tu as beaucoup de succès.»
Le respect du public plus «sérieux» était donc programmé dans les astres. Il est surtout venu avec la publication de l’excellent Entre-deux en 2002 (on n’en retrouve hélas qu’une chanson sur le récent dvd). Un disque de classiques puisés dans le répertoire français de l’entre-deux guerres qui, coquin de sort, allait faire un pied de nez aux lepénistes de tout acabit. Eux qui, malgré leur succès au premier tour des élections présidentielles de cette année-là, devaient se farcir ce Benguigui qui s’emparait des chansons fétiches de la grande France. «C’est vrai que l’album est sorti dans des circonstances particulières avec Le temps des cerises chanté par Jean-Jacques Goldman et moi a capella». C’était lourd de sens n’est-ce pas que cette reprise tiré du répertoire des classiques de la gauche ? «Oui. Surtout chanté par deux Juifs ».
Patrick Bruel Des souvenirs ensemble… Musicor/Select
Texte paru dans l'édition en cours du Ici Discographie : Thomas Fersen
Lors de son précédent passage, le zazou de la chanson nous apprenait que «le ukulélé est à la guitare ce que le string est au caleçon». Exhibitionnisme ou raffinement, pour sa prochaine visite, Fersen et son complice nous présenterons encore à nouveau l’univers chansonnier bestiaire et fort en gueule si joliment dépouillé du plus québécois des chanteurs français. Thomas Fersen-Duo Ukulélé à Latulippe, «parce que j’adore le restaurant à côté», les 28 et 29 février à 20h00.
Claude André Premier disque acheté ? Il était une fois la révolution ou Il était une fois dans l’Ouest d’Ennio Morricone en 1969. Parce que moi j’aimais bien les cowboys, hein. (Thomas se promet d’assister au concert du Spaghetti Western Orchestra lorsqu’on lui explique ce dont il s’agit et lui signale sa présence à Montréal au même moment). Le plus récent encodé acheté ? Amy Whinhouse pour la chanson «Back to Black» que j’aime bien. Quelle musique écoutes-tu lorsque tu prends ton bain ? J’écoute surtout de la musique dans la salle de bain. Elle communique avec la chambre…Heureusement je l’ai emmené dans la salle de bain parce que je n’en écoutais plus lorsqu’elle était dans le salon. Je ne suis pas tellement du genre à m’asseoir dans un fauteuil pour écouter de la musique. Ça c’était mon père. Il fallait mettre des gants blancs pour toucher à la chaîne. Ton disque québécois préféré ? Moi je suis fan d’un artiste québécois qui s’appelle Fred Fortin. Tu connais Galaxie 500, son groupe ? Ouais, ouais, ouais. Bien sûr. D’ailleurs je les ai vu à Paris l’année dernière à côté de chez moi à La flèche d’or. Fred, il est en train de réaliser mon nouvel album là… C’est étonnant parce qu’on penserait que tu aimes la musique disons plus douce que celle de Galaxie 500. Oui mais j’aime bien aussi le rock bien fait. Mais il est vrai que je suis plus porté sur le côté chanson de Fred. Ce qu’il faisait sur ses deux premiers albums. Ce qu’il refait d’ailleurs en ce moment un peu, des chansons avec des personnages un peu forts. Forts en odeur, quoi.
Et en chanson française ? J’écoute Loic Lantoine, un gars qui s’appelle Fantazio, Les Têtes raides…
La chanson qui te fait rire ? Il y en a certaines de Serge Gainsbourg, de Jacques Dutronc, de Bobby Lapointe, de Charles Trenet. Un titre ? «Le serpent python» de Charles Trenet. Et la chanson la plus triste ? «Avec le temps» de Léo Ferré. Alors ça, pour me foutre les boules, c’est bien. Et c’est agréable en même temps.
Tu considères que c’est la plus belle chanson française ? Elle est pas mal. Vraiment pas mal. Il y a «Ne me quitte pas» de Brel aussi…. Je suis moins fan. Parce que là c’est un peu plus larmoyant. Dans le sens où le mec il pense à lui quand même. Il se pose un peu en victime en s’apitoyant sur lui-même.
La plus belle chanson du monde selon toi ? C’est une chanson qui va m’emmener les pieds à l’étrier. Qui va me donner l’envie de faire quelque chose, de me lever le matin, de travailler, de partir en voyage…
Ta chanson préférée de toi ? Ça change mais c’est forcément une des dernières chansons que j’ai écrites mais vous ne la connaissez pas encore. Tu es plus Beatles ou Rollings Stones ? J’ai commencé par être plus Beatles quand j’étais petit. Puis, quand j’ai grandi un peu à l’adolescence, ils m’ont fait peur la première fois que je les vu. À l’époque, on a montré un genre de clip à la télé où on les voyait jouer Angie en concert de très loin. On ne les voyait pas bien et ils avaient les cheveux longs. J’ai beaucoup aimé cette peur. Chanson la plus ringarde que tu aimes et faut pas dire la Compagnie Créole parce qu’ils sont à Montréal… Ah oui, la Compagnie créole. Très bon choix. «Au bal masqué». Mais honnêtement, je n’ai pas de chansons dont j’ai honte. Pas de plaisirs coupables ? Si je te le dit, ils ne vont pas me laisser revenir au Québec la prochaine fois… Le prochain disque que tu achèteras ? Le Spaghetti Western Orchestra
Assité hier au Lion D'Or au lancement de l'excellent album de l'harmoniciste Guy Bélanger en compagnie de l'ami Pierre, son fils Malek et ma Nounou à moi.
Un peu de blues sur ces lancinantes notes de pluie glengouldiennes qui m'accompagnent depuis bientôt deux semaines.
Parait qu'il y a une esthétique de la douleur. Parait que nos petites noirceurs font aussi parti de la vie. Qu'elles nous enseignent la résilience.
Malgré de belles rencontres de la semaine dernière avec Bruel, Birkin et Fersen et le spectacle de la muse de Gainsbourg samedi avec ma super pote Karine, pas encore libéré de cette chape de mélancolie qui serait le bonheur d'être triste selon Hugo.
Mais bon, la vie continue.
J'aurais voulu l'aimer celle -là. L'est encore trop empêtrée dans une dynamique d'accessibilité-fuite genre: «je te veux si tu n'es pas accessible histoire de monter plus haut dans mon propre estime de moi».
Comme plusieurs, elle cherche à débusquer le bon,. «J'en passerai tant que je ne trouverai pas le sentiment amoureux», qu'elle m'a dit. Comme s'il attendait quelque part tapi dans l'ombre.
Mais l'amour, n'est-il pas un sentiment volontaire? Un truc que l'on décide de vivre avant que la petite euphorie s'installe ?
Guy Bélanger Éponyme Bros/Fusion 3 Figure emblématique des nuits écartelées du Bistrot à Jojo et des musiciens de l’excès depuis 25 ans, le souffleur d'étoiles Guy Bélanger présente son premier album solo. Révélé au grand public grâce à sa participation au film «Gaz Bar Blues» réalisé par son frère Louis, l’harmoniciste y revisite ici la pièce Retour à Berlin tiré du film. Avec, notamment, l’excellent Claude Fradette aux guitares dobro, électrique, et acoustique, l’homme aux mille harmos propose donc un album de blues soft et accrocheur surtout instrumental malgré les apparitions de Bob Walsh sur une pièce de Lyle Lovett (My Baby Don’t Tolerate) et Kim Richardson en plus de se commettre sur une chanson avec modestie avec propre voix qui, hélas, ne casse pas la baraque. Très bon. *** ½. CA
lundi 18 février 2008
Naïla Compteuses d’Étoiles Outside/Indica Si on dit qu’elle aurait commencé, petite, à enregistrer et siffloter des chansons en écoutant des casettes de Gainsbourg c’est également des teintes de M et surtout des Rita Mitsouko et Niagara que l’observateur entend. Dégaine sixties kitsh mais électrop-pop contemporaine avec quelques clin d’oeils au passé, Naïla et sa voix d’hélium proposent des récits amoureux enveloppés d’un lyrisme urbain plutôt accrocheurs. Réalisé par Watcat (Lhasa, Jean Leloup, Arthur H) ce premier opus devrait lui permettre une entrée remarquée dans le petit monde de la musique kèbe trop conssensuelle. En voilà une que ne renierait pas Diane Dufresne de l’époque extravagante. La voix haut perché peut cependant devenir un irritant à l’occasion. Tiens, tiens…*** (CA)
Voir Birkin en spectacle c’est comme s’attendrir du vol affolé d’un oiseau aux ailes fracassées. Une forme de sublimation de la beauté frêle Pas étonnant d’apprendre qu’elle décida de s’exiler de la chanson à la mort de Gainsbourg en 1991 quelques jours avant celle de son père, le commandant de la Royal Navy David Birkin. Puis, les ailes recousues, tant bien que mal, elle devint prêtresse du mythe de l’homme à tête de choux et choisit de faire rayonner son œuvre à travers la planète. Il aura fallu 5 ans de deuil pour enfin publier Versions Jane en 1996, puis À la légère en 1999 et le très célébré Arabesques, consacré à l’œuvre de Gainsbarre, en 2002.
Après une séance de visionnement de vieux clips du tandem Gainsbourg-Birkin sur Youtube, c’est avec, notamment, une question relativement délicate au sujet d’Arabesques que l’auteur à téléphoné à l’Anglaise mercredi dernier de bon matin. Citizen Jane souhaitait-elle, avec ce disque, contribuer au rapprochement entre deux peuples en interprétant des classiques de Lucien Ginzburg sur des orchestrations arabisantes ? «Ah oui. Il y a des trucs comme ça sur Youtube. C’est super. Je ne vais jamais là-dessus», commencera-t-elle par s’exclamer avant d’énumérer sa douzaine de venues au Québec dont une, hélas pas enregistrée, avec Seige en 1990. Puis, après cet échange de bons procédés, elle plonge dans ses souvenirs : «Des musiques arabes sur les chansons du Juif, vous mettez le marteau sur le clou comme on dit», lance –t-elle en souriant avant d’expliquer avec moult détails la naissance du concept. «France Culture m’avait donné carte blanche pour un spectacle en direct, à la radio, du prestigieux Festival de théâtre d’Avignon. Comme je ne suis pas quelqu’un qui aime faire des lectures, contrairement à ma fille Lou qui est géniale, j’ai téléphoné à mon directeur artistique pour lui demander ce que je pourrais faire pour surprendre les gens. Il m’a dit : Vous avez chanté des chansons de Serge depuis 20 ans. Donc ils ont tout entendu. Tu peux en faire deux ou trois au piano, mais si j’étais toi, quitte à choquer les gens, j’essaierais de trouver un autre angle complètement. Écoute Djemel Benyelles. Ce que j’ai fait. Puis, quand j’ai demandé à Djamel de faire un essai sur Élisa, les gens de la maison de la radio étaient sidérés (…). Puis, j’ai rencontré un manager, je n’en avais jamais eu. L’idée d’aller chanter à Ramallah,Gaza et Tel-Aviv est venue plus tard. Fallait d’abord demander aux musiciens s’ils voulaient jouer à Tel-Aviv, ce qui n’était pas évident . Djamel Benyelles m’a répondu : écoutez, nous serions fiers de jouer des chansons de Serge Gainsbourg et d’avoir une audience de Juifs, debout, qui nous applaudit», se souvient la Jane avec émotions.
La sélection naturelle
Mais toute bonne chose ayant une fin, comment la muse de Gainsbourg choisit-elle ses chansons, désormais. Pour Fictions, son dernier album paru en 2006 par exemple ?«Je n’ai pas choisi les chansons pour «Fictions». C’est Gonzales et Renaud Letang qui ont fait un tri de ce qu’il leur semblait être les meilleurs nouveaux artistes en France et en Angleterre. La seule chose que je voulais faire moi était de chanter «Alice» de Tom Wait (paroles Kathleen Brennan). Je voulais aussi faire une chanson de Kate (Bush). Sinon, je n’ai pas d’idées moi, généralement. Et ils ont eu la bonne idée de récupérer Cali que j’avais refusé, et j’ai été bien bête, pour l’album «Rendez-vous» (2004). Et il y a eu Rufus Wainwright, j’ignorais qu’il avait du temps pour m’écrire des chansons quant à Divine Comedy, je n’aurais jamais osé leur demander des chansons. Pour Beth Gibbons cependant j’ai osé et pour The Magic Numbers, j’ignorais leur existence. C’est Gonzales qui était au courant de tout ces artistes qui ont écrit des chansons merveilleuses pour moi, qu’ils auraient du garder pour eux d’ailleurs. Les cadeaux sont somptueux. Est-ce qu’il m’est arrivé de dire à un artiste, même célèbre, que ça ne me convenait pas ? Oui, souvent. Mais je ne demande pas, en principe, aux personnes dont le travail est susceptible de ne pas me convenir. C’est moi qui fais la demande, donc c’est a priori, des personnes que j’aime. C’est plutôt eux qui ne trouvent pas l’inspiration ce jour-là où qui n’ont pas envie. Et ce n’est pas la moitié de la planète qui m’envoie des chansons», révèle l’attachante interprète. «Mais c’est vrai que nous avons reçu des réponses positives de toutes les personnes à qui nous en avons demandé. Même des personnes un peu obscures comme Tom Wait. Cependant, il m’arrive parfois d’écrire des choses comme la pièce Oh ! Pardon tu dormais. Quand on me demande de la jouer, je suis plus que contente car une pièce de théâtre ou une chanson n’existent pas si elles ne sont pas jouées. Mais de se mettre devant une page blanche pour vous écrire une chanson en plus de courir le risque de se faire dire «ce n’est pas ce que j’avais en tête» relève pour moi d’une modestie sans nom ».
Cette incarnation de la féminitude aérienne ailée d’humilité nous proposera un amalgame de chansons tirées de Fictions, Rendez-vous et, bien sûr, du répertoire de Seige. Mais que des chansons qu’elle n’a pas interprétées lors de ses trois escales montréalaises pour Arabesques comme «Manon» ou «Le moi et le je». Et si Seige se retourne dans sa tombe, ce sera pour mieux écouter. Of course.
Samedi 23 février 2008 à 19 h 30 Théâtre Maisonneuve - PdA 514-790-1245
Sandrine Kiberlain Coupés bien net et bien carré EMI/Fusion 3 Deuxième encodé pour cette valeur sûre du cinéma français et ex petite amie de Vincent Lindon dont elle pleure ici le départ sous l’angle de la retenue en public malgré les sanglots intérieurs (excellente Parlons plutôt de vous). Avec des compositeurs doués pour les mélodies qui tuent tels Bazbaz, Daho, Mickey 3 D ou Souchon fils, la comédienne écrit des petits scénarios enveloppés de sonorité sixties et britanniques qui ne sont pas sans rappeler Françoise Hardy. La voix, bien sûr, n’est pas exceptionnel mais le climat général est agréable et devrait plaire aux amateurs d’une pop légère et un brin branchouille. Pour votre serviteur, l’impression qu’il s’agit d’un truc de calories plutôt vides, finalement. ** ½ (CA)
Yann Perreau Perreau et la lune live au Quat’Sous. Bonsound Records/Fusion 3
Réalisé par Éric Morin (Mange ta ville, ARTV), cette captation du dernier spectacle présenté au Quat sous avant sa démolition est tout simplement exquise. À la fois poète lunaire, crooner, rocker et farfadet de la nuit, Yann Perreau flanqué de l’excellent Alex McMahon au piano, claviers, voix, batterie, programmations… nous offraient un spectacle énergique et inspiré qui a subjugué tous ceux qui y ont assisté. Sacrés veinards que nous sommes, ils nous l’offrent en plus des six clips, d’images de coulisses et des deux cd live du spectacle sur lesquels on retrouve une relecture électro kitsh de La vie n’est pas qu’une salope et une rare Alabama Song. **** (CA)
Bernard Lavilliers Samedi soir à Beyrouth Universal Pour les uns, il est catalyseur de colères et témoin des affres de l’époque. Pour les autres, parlez-en aux Fatals Picards (tordante Bernard Lavilliers sur Youtube), il est à la chanson de ce que le président Chavez, auquel il rend hommage avec Tryo, est au général Alcatraz dans Tintin : une caricature. C’est en chaloupant les hanches sur les rythmes reggaes mâtinés de soul, de r & b et de calypso que nous tantôt rêvé de marins en cavale, de beautés du désert et d’amoureuse qui revient et tantôt lever le poing à l’endroit du capitalisme bimbo à la Sarko et poufiasse. Capté à Kingston dans le studio de Marley et à Memphis, ce chapitre plus intime succède superbement au magistral «Carnets de bord». **** CA.
Barbara Le temps du lilas Le chant du monde/Fusion 3 Ange de velours sombre, Barbara devait nous quitter en novembre 1997. Elle demeure à ce jour, au même titre que Ferré et Brel, une auréole qui plane au dessus des âmes mélancoliques et autres aficionados de la grande chanson à textes sublimatoires. Voici donc un coffret de 4 cd qui réunit 77 chansons recoupant 15 années de sa carrière, parfois entrecoupés de commentaires de la dame débusqués dans les archives de Radio-France et de l’INA. En plus de l’excellente qualité sonore des pièces voix et accordéon électrique ou piano, captées tantôt sur scène tantôt en studio, on y recèle 7 chansons inédites en plus d’un savoureux livret de 64 pages. De Nantes au Mal de vivre, voici l’ultime frisson noir de l’émotion. ****1/2