vendredi 27 avril 2007

La religion au Québec: cold turkey

Voici mon humble contribution au magazine La Voix au masculin parue dans l'édition de mai 2007 arrivée mercredi sur les présentoirs. À lire : l'excellente entrevue avec Daniel Boucher réalisée par Franco Nuovo.

« La religion, c’est l’opium du peuple », disait Karl Marx. Après avoir été infiniment intoxiqué entre 1944 et 1959 pendant la période de « la grande noirceur » au cours de laquelle l’église imposait un joug oppresseur sur notre population avec la complicité de Duplessis, les Québécois ont littéralement expulsé la religion avec la révolution tranquille qui a débuté en 1960. C’est d’ailleurs aussi en rébellion face à cette époque que nous utilisons si souvent des mots ecclésiastiques pour exprimer notre colère quand nous sommes en tabarnak. Cependant, la désintoxication, en proportion avec l’histoire de l’humanité, s’est faite de façon rapide, brutale et à froid. Cold turkey, disent les junkies.

Or, je suis de plus en plus persuadé que la « victoire » hautement symbolique de Mario Dumont le mois dernier a vraiment quelque chose à voir avec le religieux. On a beaucoup parlé d’une soi- disant colère du Québec rural à l’endroit de certains immigrants qui revendiquent des accommodements déraisonnables.

Que ce soit dans le cas de prières à l’université, de fenêtres givrés ou du couteau sikh, les récriminations ont toujours à voir avec le religieux.
Or, comme le sait la sagesse populaire, 90 % des occasions où un individu est en colère, il l’est en fait contre lui-même.

De voir agir ces immigrants, aussi minoritaires fussent-ils dans les cas qui nous préoccupent, nous a peut-être fait réaliser que nous avons collectivement jeté le bébé avec l’eau du bain en matière de religieux.

J’ai moi-même longtemps fréquenté l’athéisme (suis plutôt agnostique aujourd’hui) et je demeure farouchement partisan d’une séparation de l’Église et de l’État. Mais comme plusieurs d’entrevous, j’ai été ébranlé lors de la dernière campagne électorale lorsque André Boisclair a proposé de retiré le crucifix de l’Assemblée Nationale. « Et pourquoi pas la croix sur le Mont-Royal », ai-je maugrée avec dépit pour moi-même. Pourtant, cette initiative allait exactement dans le sens de mes convictions, non ? C’est en voyant Daniel Boucher quelques semaines plus tard qu’un élément de réponse est apparu. En effet, le « bummer funambule », à l’occasion d’un spectacle au Cabaret, arborait un gaminet sur lequel trônait une représentation du Christ avec l’inscription « Jesus is my homeboy ». «Volonté d’affirmation identitaire, nul doute que c’est de cela qu’il s’agit », me suis-je dit à ce moment en me promettant de faire de même et de m’acheter moi-aussi un t-shirt de Jésus.

Par une espèce de mimétique du désir, ce sentiment qui fait qu’un enfant souhaite toujours obtenir le jouet de son camarade et se désintéresse du sien, d’observer des gens défendre et revendiquer leur culture religieuse, malgré un brutal changement d’environnement social qu’implique le fait d’habiter un nouveau pays, nous a peut-être fait prendre conscience que nous y perdions quelque chose.

Car s’il est vrai que la religion catholique est sexiste et paternaliste, en plus d’avoir eu son lot de scandales pédophiles, c’est aussi elle et son imaginaire sacré qui caractérise notre identité nationale avec la langue française et notre statut de minoritaire en terre d’Amérique. Ces fameuses « valeurs communes » que Mario Dumont, bien qu’il souhaite les enchâsser dans une charte n’a jamais voulu ou été en mesure d’identifier mais qu’il a assurément pressenties.

Avec notre éternel complexe de la ringardise, notre peur de passé pour quétaine nous avons balayé sous le tapis les beaux souvenirs de première communion ou de dimanches chez la grand-mère. De notre papa qui saluait une église lorsque nous en croisions une en voiture. Souvenez-vous de la scène poignante du film Les Invasions barbares où un curé tente de vendre, sans succès, des icônes religieuse. Le réalisateur Denys Arcand touchait là une des cordes les plus sensibles de notre identité collective. De société la plus pratiquante en Amérique du Nord, le Québec est devenue la moins pratiquante. Selon, The Bibby Report on Catholicism in Quebec, le nombre de catholiques pratiquants continue de décroître au Québec et serait maintenant de 22 %. Tandis qu’il remonte à 37 % dans le reste du Canada. Une baisse de fréquentation qui s’explique par le vieillissement de la population des babys-boomers de plus en plus nombreux dans la tranche plus âgée de la population.

Mais ce sondage nous apprends également que 85% des Québécois revendiquent leur appartenance catholique et trois Québécois sur quatre affirment prier à l’occasion en privé (source la Presse 8 avril).

De toute éternité, l’Histoire nous enseigne que l’être humain a toujours tenté d’assouvir un besoin irrépressible de sacré et de symbolique qui n’est pas prêt de s’estomper. Souvenez-vous du succès de la chanson «Seigneur » de Kevin Parent. Avec la résurgence du folklore chez-nous, le succès d’une chanson comme « Dégénération » de la formation Mes Aïeux, la popularité du grandissante du conte et l’effritement de la mode des religions à la carte, il ne faudrait pas s’étonner d’un retour massif et fort probable des ouailles dans les églises du Québec. Les Curés devront alors un fier cierge pascal aux plus revendicateurs des représentants des communautés culturelles qui auront agit en éléments catalyseurs, en quelque sorte.

Et pendant ce temps, des jeunes québécois et canadiens continueront d’aller mourir en Afghanistan, ce pays reconnu pour être le plus grand fabricant d’opium au monde. Bonjour l’ironie.

mardi 24 avril 2007

Un paria qui dérange

Photo: Louis-Étienne Doré



Voici une entrevue réalisée il y a quelques années avec l'enfant terrible du cinéma québécois Marc-André Forcier. Toujours d'actualité?



Marc-André Forcier, réalisateur de nombreux long-métrages, dont le plus récent est Coteau Rouge avec Roy Dupuis, a été le maître d’œuvre de quelques-uns uns des films les plus essentiels de notre cinématographie (L’eau chaude, l’eau frette, Au Clair de la lune, Le vent du Wyoming, Une histoire inventée….).

Mais son franc parlé et sa dissidence lui ont également valu sa part d’inimitiés.

Les pendules sont remis à l’heure avec le bum qui a jadis déviergé note cinéma. Rencontre.

Claude André

Que penses-tu du star système au Québec?
C’est le star système télévisuel qui, de plus en plus, détermine le casting des films. Je trouve ça le fun qu’une petite société ait son propre star système et tout le câlisse de kit. Mais que ce soit lié à la télé et que ce soit elle qui call les shots, je trouve ça un peu poche.

Tu aimes le cinéma québécois actuel?
J’ai entendu dire qu’ils veulent faire un film sur Lucien Rivard. Je ne doute pas que cela sera très bon avec Rémy Girard et écrit par Fabienne Larouche. Mais où ça mène osti tout ça? Tous ces films folkloriques comme Séraphin, Le survivant ou Aurore? Est-ce qu’on peut garder une place relativement importante pour l’imagination? J’ai l’impression qu’il y a un moule, des patterns, à Téléfilm Canada qui financent ces films là. L’art ne peut évoluer si on ne fait que de la peinture à numéro. Les auteurs d’œuvres originales ont également leur importance à mon avis.

Ne ressentons-nous pas le besoin de scruter ainsi notre passé afin de nous forger une identité encore incertaine?
Je pense que l’identité, elle est aussi par en avant. C’est comme si nous étions autosexuels. Si le Québec était un homme, il essaierait de se sucer tabarnak! Moi, je veux seulement que le cinéma d’auteur soit protégé. Si le cinéma commercial l’est autant qu’on le dit, qu’on ne mette pas tout cet argent pour le publiciser. S’il y avait une enquête genre la Commission Gomery dans l’industrie du cinéma et des organisations gouvernementales qui le finance (avec l’argent des contribuables), il en sortirait des vertes et des pas mûres. Hélas, tout le monde a peur de parler.

L’idée est lancée, espérons qu’elle sera captée histoire de poursuivre le nettoyage…J’ai rencontré une auteure récemment chez un ami. Elle m’a raconté que ses livres ont été pilonnés. Avec un de ses collègues de l’Uneq (Union nationale des écrivains ndlr.), ils ont réussi à repérer une cinquantaine d’écrivains à qui cela était arrivé. Tout ce beau monde était prêt à dénoncer la chose or quand est venu le moment de signer une lettre de protestation personne n’a voulu le faire parce qu’ils avaient tous peur de l’éventuelle réaction des éditeurs. Est-ce que l’on peut se poser des questions sur la liberté d’expression? Sur le courage de ces gens là? Moi, quand j’ai appris ça j’ai été carrément flabbergasté.

En France il existe encore une liberté d’expression non sanctionnée mais quand tu vas y présenter tes films, n’éprouves-tu pas le sentiment de celui que l'on tente de folkloriser?
Oui et ils ne s’en aperçoivent même pas. L’impérialisme est une maladie, une maladie onctueuse.

Revenons à nos brebis. Tu sembles être perçu comme un marginal par certains personnages influents de l’industrie du cinéma genre producteurs ou distributeurs.
Ces gens là sont financés par notre argent via Téléfilm Canada. Ce sont souvent de grossiers personnages. Ils mangent ensemble et les vrais marginaux ce sont les cinq ou six débiles qui call les shots et décident de ce qui va passer. C’est la même chose à la radio. On assiste à un nivellement partout. Il y a un excellent chanteur par exemple, Daniel Gagné, qui vient d’Abitibi. Il ne tourne même pas là-bas parce que les postes d’Abitibi sont programmés par Montréal criss.

Luc Picard, Patrick Huard et Dan Bigras, un acteur, un humoriste et un chanteur, ont obtenu du financement de Téléfilm Canada pour réaliser leurs premiers véritables films.Est-ce frustrant pour un gars qui a ramé comme toi?
Moi, je ne crois pas qu’un premier film ne puisse pas avoir accès à la réalisation. Dans mon temps, il n’y avait pas d’école de cinéma et on apprenait sur le tas. Ma critique des institutions se situe ailleurs. Mais il est certain que le phénomène des acteurs qui font des films est troublant. Davantage par le nombre des acteurs qui s’y mettent que par le geste de le faire. Cela est avalisé par Téléfilm et ce patern fait en sorte que des gars qui en sont à leur premier long métrage obtiennent 7 ou 8 millions tandis que moi je suis contraint de tourner à 4. 7 millions un film qui aurait dû en coûter 15. Ce n’est pas tout, pour la première fois de ma vie on m’a enlevé le droit de coupe finale de mon film la veille du dépôt à Téléfilm Canada. Quand tu fais cela à un père de trois enfants, il n’a pas tellement le choix de se plier. Alors les relations entre les producteurs et les réalisateurs ne sont plus aussi civilisées qu’avant.

Ton côté disons anarchiste a sous doute contribué à te faire blacklister par les bonzes de l’industrie…
Je suis blacklisté parce que je dis la vérité. Il y a une très petite minorité de producteurs qui sont accrédités et qui possèdent des « enveloppes à la performance ». Alors, ce sont ces gens là qu’il faut courtiser dans les cocktails. Or, moi, ce n’est pas mon genre. En plus, ce ne sont même pas des vrais producteurs. On fait des films qui vont cartonner au Québec avec des subventions aux distributeurs qui égalent à peine le produit qu’ils font et ne sont pas exportables à l’étranger comme Séraphin, Le Survenant, Les Boys etc. alors que mes films le sont. Les distributeurs d’ici veulent écrémer le marché québécois. Mais il faudrait savoir que les résultats mirobolants au box office de ces films sont attribuables aux massives campagnes de pub. C’est facile d’assassiner un film comme on l’a fait pour le mien en le diffusant dans un nombre restreint de salles à des heures incongrues.

Est-ce qu’on paye le prix, au Québec, de s’exprimer librement?
J’en ai toujours payé le prix. Mais j’espère qu’il y en a un jour qui payera le prix de leur lâcheté. Et je pense à plusieurs artistes qui refusent d’aller au bat actuellement. Je ne me suis, pour ma part, malheureusement jamais assagi.

Des noms?
Charles Binamé par exemple. Voilà un réalisateur habile qui fait à grand frais le travail qu’on lui demande pour le parti libéral. Moi je refuse d’être un tâcheron.

Quel est ta position au sujet de la question nationale?
Je ne suis pas un nationaliste. Je suis un séparatiste doctrinaire. Pour moi, on fait le Québec où on ne le fait pas. L’école anglaise, c’est de la foutaise tabarnak. Je sais que cela peut sembler ringard mais cette culture là qui passe par la langue c’est notre poumon et je l`aime. Nous sommes le seul peuple de l’humanité qui s’est dit non deux fois et qui appelle une défaite une conquête. Cela dit, à la limite je préfère un Canada socialiste à un Québec indépendant de droite.

Un congrès tenu à Montréal portait sur la prostitution, qu’en penses-tu?
C’est un choix personnel dans la mesure où l’on ne t’oblige pas à le faire. Je suis porté à croire qu’il faudrait la légaliser avec certaines balises.

Près de la soixantaine, il te vient à l’esprit parfois de joindre les rangs, d’abdiquer?
Jamais. J’aime trop le cinéma et je pense que les organismes représentants les divers niveaux de ma professions essaient toujours de ménager la chèvre et le choux. Hier, j’entendais Mme Filiatreault, pour laquelle j’ai le plus grand respect, dire à la télé : « On ne peut pas parler contre les institutions et s’attendre à recevoir de l’argent des gens qui sont là pour la donner ». Ce n’est pas leur argent, tabarnak. L’éthique ne veut plus rien dire. Quand on serre la main d’un producteur et qu’on se retrouve à perdre la cut final de son propre film la veille de sa présentation pour l’évaluation du budget…Alors, moi là, lorsqu’on parle de solidarité québécoise je dis : « mangez de la marde »!

dimanche 22 avril 2007

Dubois bio...


S’il m’est arrivé d’être critique à l’endroit de Guy A. Lepage, je dois confesser que j’aime malgré tout l’émission Tout le monde en parle. Surtout lorsqu’elle nous offre des moments comme celui avec Claude Dubois.

Un artiste que j’aime profondément depuis toujours et auquel je m’identifiais pendant l’âge ingrat des premiers furoncles et des dramatiques chagrins d’amour.

À la fois bum et romantique, Dubois incarnait, et c’est à mon sens toujours vrai, une certaine quintessence de la mâlitude.

Intelligent et sensible, engagé et irrévérencieux, cet homme à su dire tout haut ce que ressentais la majorité silencieuse à travers des chansons qui sont la trame sonore du Québec depuis les seventies.

Vous ne serez pas étonné d’apprendre que je rêve depuis toujours, en fait depuis que j’écris dans les médias, de devenir l’auteur de la biographie de ce surdoué excessif dont les coups de gueule, la passion pour les voyages et, bien sûr, la vie trépidante ponctuée par l’enfer de la dope et la tôle est digne d’un roman.

Je lui ai d’ailleurs fait part de mon savoureux projet lorsque j’ai eu le privilège de le rencontrer dans un hôtel du centre-ville pour une entrevue sur ses nombreux voyages, il y a environ trois ans.

En ce qui me concerne, la chimie avait opéré mêmne si Claude Dubois m’avait répondu, sourire aux lèvres, après que je lui eu fais part de mon projet de bio : « Je ne suis pas encore mort ». « Mais justement, ça vous permettra de la lire », avais-je rétorqué enthousiaste.

Puis nous avions discuté musique en général et des mythiques albums Fable d'espace et Mellow Reggae en particulier grâce auquel Dubois devait devenir le premier "cul blanc", avant Gainsbourg, à proposer du reggae en français.

Quelques jours plus tard, je fus le plus heureux des hommes lorsque son attachée de presse m’a informé que le chanteur lui avait fait part de ses bons auspices à mon humble égard après notre rencontre.

C’est donc avec ces mots en mémoire que je reviendrai à la charge avec mon précieux projet quelque part au cours de la semaine prochaine.

En effet, alors que nous étion ensemble au Conti avec l'équipe pour la dernière de l'émission Ici et Là jeudi dernier, l'ami Pat (lire post précédent), bientôt ancien chef de la section musique du Ici, m'apprenait qu'une entrevue avec Dubois était imminente.

Et tout ça pendant que l'artiste en question était assis à une table voisine !

Donc, si tout fonctionne, je devrais le rencontrer à nouveau pour causer, officiellement, de la publication le 10 mai prochain de cet album de duos et de reprises de ses plus grands hits avec Richard Desjardins, Garou, Éric Lapointe, Francis Cabrel, Patrick Bruel, Céline Dion… Opus réalisé dant le but déclaré de le faire découvrir aux Français.

À suivre…

ps: Dans un autre ordre d'idée, si Claude Dubois a écrit la magnifique Si Dieu existe, il nous est loisible d'entendre les anges sur la page my space de ma cousine Claude-Marie Landré, celle qui officait la messe de Minuit dont je vous parlais à l'ouverture de ce blogue le 27 décembre dernier. Magnificos.

vendredi 20 avril 2007

Va te faire voir


Dernier épisode de la saison d’Ici et Là hier. Si dans l’atmosphère dormait un voile plutôt tristounet, c’est notamment parce qu’une étrange et triste nouvelle nous est tombée dessus lorsque Pierre Thibeault, rédacteur en chef de l'hebdo Ici, nous a appris que l’ami et collègue Patrick Baillargeon avait décidé, après qu’on lui eût offert un pont d’or, de retourner sa veste de vieux keupon (sic!).

En effet, le plus doué, patraque et sympathique observateur de la scène musicale n’a pu résister à la tentation de passer chez l’hebdo concurent.

Après plus de dix années d’amitiés et de confidences, et, j’allais oublier, de rapports professionnels, en voilà un qui va nous manquer en général et à moi en particulier.

Mais bon, la vie suit son cours même quand le dicton se vérifie : « ce sont toujours les meilleurs qui s’en vont ».

Allez mon pote, va te faire Voir. Et sois heureux.

mercredi 18 avril 2007

Mon Ange à moi

Aujourd'hui je vais récupérer Noa, mon ange. Cela m'a rappelé que pour beaucoup de gens, des filles notamment qui s'y sont identifiées, le méga tube d'Éric Lapointe Mon Ange n'impliquait pas une histoire entre un mec et sa Dulcinée.

Lorsque le parolier Roger Tabra a écrit le texte, c'est en fait à son fils Leny qu'il s'adressait. Fiston a d'ailleurs été prénommé ainsi en l'honneur du grand Leny Escudero.

Un artiste dont j'ai souvent écouté l'oeuvre en compagnie de Tabra qui, chose rarissime, ne tarissait pas d'éloges à l'endroit d'un autre surdoué de la plume, comme lui, lors de ces séances de lévitations chansonnières.

dimanche 15 avril 2007

Pawn Shop of Love



Avec la récente parution d'un recueil de Leonard Cohen, Livre du constant désir (trad. Michel Garneau), eu l'envie de vous partager ce petit texte sans doute inspiré par les chansons du maître que j'écoutais en boucle il y a quelques années.

Au fond du grenier
J’ai pendu ton souvenir
Descendu l’escalier
Sans même faire un soupir

J’ai croisé le miroir
Entrevu un sourire
Endrapé de soie noire
C’était l’ange du délire

Regardé vers le ciel
Pour trouver cette étoile
Qui de son étincelle
Foutrait le feu à ces voiles

Suis allé dans la ville
Pour croisé le destin
Mais j’étais trop fébrile
Pour trouver le chemin

Dans le hasard de nuit
J’aperçus un pusher
Il dealait la folie
Contre un peu de bonheur

Fauché comme un clochard
Et qu'ma vie pour payer
J’ai pawné notre histoire
Pour du rêve enveloppé

Claude André

Électro Shock


Viens d’arriver du concert de Stéphane-René Ca.... heuh...Stefie Shock auquel j’ai eu le bonheur d’assister en compagnie de Luc, Peluso ainsi que sa copine Sonia. Malgré une sérieuse douleur lombaire, me suis allègrement agité le popotin sur les rythmes funky et R & B de celui qui était, dans une autre vie, collaborateur au Ici.

Avec ses clins d’œil pop, l’également ancien dj du célébrissime et défunt Central qu’est Car..heuh Stefie, à de nouveau prouvé qu’il est passé maître dans l’art de malaxer des riffs éprouvés. Comme le rythme de la ringarde mais top accrocheuse Bambino popularisée par Dalida, la classique (!) Da Da Da ou Le Moustique de Joe Dassin qui est, comme chacun sait, lui-même une reprise de The Mosquito des Doors.

Avec un public jeune mais parsemé d’amateurs de rythmes chauds de tous les âges, l’ami marmonneur/chanteur Stefie bien que l’on capte très mal ses textes, poussé qu’il est par une formidable section de cuivres, a néanmoins ravi à l'occasion de cette supplémentaire la salle comble du Club Soda. .

En enfilant tube après tube: Le Décor, Un homme à la mer ou All Zippers Downs, l’émule de Gainsbourg nous a mitraillé des ses gestes saccadés distinctifs et littéralement plongés dans les seventies. D’ailleurs l’atmosphère (et les motifs du décor n'y étaient pas pour rien), rappelait un certain Barry White quand ce n’était pas carrément des furtives allusions à James Brown.

Prlant de groove, si la basiste Marie-Pierre Fournier assure côté doigté et rythmique, on apprécierait cependant qu’elle soit plus au devant de la scène plutôt que de se contenter d’un jeu disons discret.

Cela dit, le Steph fringué d'un superbe costard noir et cravate rouge, après les trois premières pièces dans les jeux d’ombres, a décidé d’élever son concert d’un cran et, un peu comme s’il nous servait une tournée de shooters musicaux, nous a ragaillardi beding bedang tout en maintenant la cadence effrénée jusqu’au dernier moment. Top cool.

Regret : pas eu l’occase d’aller saluer la toujours rayonnante Christiane Charrette. Alors voilà, c’est fait.

dimanche 8 avril 2007

Pops Star

Cela peut sembler ringard, je sais, mais cette journée de Pâques me rappelle que nous vivons chacun à notre façon, au cours de l'existence, des résurrections parfois petites tantôt grandes. Je ne serai jamais assez reconnaissant à l'endroit de Pops, hormis son humanitude à envers des jeunes paumés, de m'avoir dit un jour: "Ta fille cherchera plus tard un garçon qui la traitera comme son père l'a fait avec elle". Cela m'a donné la dose de courage qu'il me manquait à l'époque pour lutter afin d'obtenir une éventuelle garde partagée. "Car si tu ne le fait pas, tu donneras raison à sa mère..." Voici donc un entretien qui lève un peu le voile sur un héros du bitume rencontré il y a deux ans environ.
UN PÈRE QUI A DES AILES

Plusieurs personnes pensent que les heureux événements sont des coïncidences. Pour des milliers de jeunes abandonnés et désespérés qui ont eu affaire à La Roulotte, au Bunker ou qui ont fréquenté l’école alternative Dans la rue, il s’agit d’une évidence : c’est Dieu qui se manifeste à travers les êtres humains. Et le Père Emmett Johns alias Pops, une légende urbaine, n’est pas étranger à l’affaire.
Claude André

Pops, d’où vous vient votre surnom?
Il y a une quinzaine d’années, lorsque j’ai commencé avec les jeunes de la rue, j’ai pensé à un surnom parce que mon nom peut être difficile pour des francophones. Pops est apparu, c’était idéal parce que c’est familier et en anglais ça désigne quelque chose genre un p’tit vieux dans un dépanneur.


Vous êtes membre de quelle congrégation religieuse?
Père diocésain. Mon patron est à Rome. Sous lui, le pape, il y a un cardinal, le monseigneur Harty (un pour les francophones et un autre pour les anglophones) et moi.

Vous venez de faire allusion au pape. Vous qui œuvrer auprès de marginaux, êtes-vous satisfait de l’élection de ce nouveau pape réputé très conservateur?
On ne sait jamais. C’est le mystère de la papauté. Prenez Jean XXIII, il a ouvert les fenêtres pour laisser entrer l’air frais en ce qui concerne les réformes. Ça peut arriver encore. Et les personnalités changent.


Revenons à vous. Vous êtes né à quel endroit?
Sur le Plateau Mont-Royal à Montréal. Mon père était ouvrier. Il travaillait sur les quais du Saint-Laurent. Contrairement à ses amis qui buvaient et dépensaient leurs sous, il a pu économiser pour acheter une maison. On a même eu une voiture. Mon père était croyant et ma mère, pour sa part, allait à l’église à tous les matins. Je l’ai accompagné avec ma sœur, qui est devenu plus tard patineuse pour les Ices Capades, tout le long de mon primaire. Nous menions une vie tranquille.


Enfant, vous vous destiniez à une carrière religieuse?
Je suis né 1928. J’avais 11 ans quand la guerre a éclaté. J’ai eu des professeurs d’écoles qui sont morts à la guerre. La guerre s’est terminée avant que j’atteigne l’âge requis pour s’enrôler dans l’armée britannique.


Avez-vous craint d’être appelé au front?
Non. Les jeunes vont à la guerre parce qu’ils sont assez caves (rires) pour ne pas avoir peur. Ça représente en quelque sorte la grande aventure. Moi j’étais officier dans les cadets, je voulais aller à la guerre mais comme j’avais 17 ans en 45 et que j’étais trop jeune et trop petit je n’y suis pas allé.


Votre humanisme ne s’était pas encore manifesté à ce moment-là?
Je me suis rappelé, de nombreuses années plus tard que lorsque nous étions enfants et que ma mère allait sur le boulevard Saint-Laurent acheter du beurre, elle en prenait 5 livres alors que nous n’étions que quatre. En fait, elle en donnait aux voisins dans le besoin en échange de petits services. Aussi, à tous les jours pour aller à l’école, je passais devant un immeuble intriguant qui abritait la cour juvénile, cela nous fascinait. Quand je n’étais pas sage, mon père me montrait la direction de l’immeuble avec son pouce, je comprenais…


Mais qu’elle était votre vocation à ce moment?
Militaire ou génie en chimie. J’ai travaillé un été chez un chimiste et l’odeur m’a découragé de poursuivre dans cette voie. Ensuite, j’ai consulté mon père et il m’a dit : « tu vas aller à l’université où je briserai tous les os de ton corps. Cela ne laissait pas beaucoup de place à la discussion (rires). À la maison nous recevions deux revues religieuses. C’est en les consultant que j’ai décidé d’aller en Chine pour me faire missionnaire.


Et alors, la Chine?
Je suis allé à Scarborough, Ontario pour offrir mes services et ils ont décidé en 49 que je n’avais pas la vocation de missionnaire. J’ai de nouveau posé ma candidature à 5 reprises. Puis, je me suis rendu à une congrégation de New York en auto-stop, même refus. Je suis donc revenu à Montréal encore un peu plus déçu. Puisque j’avais déjà fait 4 ans d’un programme de 7 années d’études en théologie à l’Université de Montréal, j’ai décidé de poursuivre et quand je suis sorti j’ai été ordonné prêtre.


Cela ne vous posait pas de problème de renoncer à l’amour entre un homme et une femme?
Adolescent, j’avais déjà décidé de ne pas avoir de famille. Je souhaitais quelque chose d’un peu plus tranquille (rires). Je ne voyais pas que de la gaieté dans les familles de mon entourage.


Les jeunes filles ne vous tourmentaient donc pas?
J’habitais un quartier francophone alors que j’étais un anglo qui fréquentait une école de l’Ouest de la ville. Je voyais donc mes amis là-bas et le soir, à la maison, je faisais mes études. Mon père était très rigoureux à ce sujet. J’avais cependant une amie féminine…


Vous avez donc œuvré en qualité de prêtre à Montréal après vos études?
Oui, au milieu des années soixante j’ai fondé la première maison de transition pour les jeunes qui sortaient de centre d’accueil au Canada. Je pense qu’il y a un lien avec l’immeuble mystérieux que je voyais petit. Comme ils fuguaient toujours dès qu’ils sortaient j’ai eu l’idée d’ouvrir cette maison de chambres ? Puisqu’ ils ne fuguaient plus, il y avait comme un message. Plus tard, j’ai été aumônier à l’hôpital psychiatrique Douglas.


Vous avez constamment été entouré de marginaux, de laissés pour compte de la société, un choix?
Ça c’est intéressant. En 1966, j’étais vicaire dans une paroisse où le curé était un peu disons débalancé. J’ai donc fait une demande pour être transféré et m’a offert ce poste!
J’ai cumulé trois ou quatre postes pendant plusieurs années.


Êtes vous un marginal au sein de l’église catholique?
J’essaie d’être très ordinaire. Je fréquente les réunions de mes confrères, ils me connaissent et ne sont pas toujours content des perspectives que j’apporte. Au sujet de l’argent accumulé par l’église par exemple. Il arrive un moment où il faut reconsidérer ces choses. Au moyen âge, le pape subventionnait l’art et les universités par exemple.


On dit que vous avez développé une passion plutôt inhabituelle chez les religieux.
Après avoir obtenu ma licence de pilote, je me suis acheté à crédit un Senna 182 4 places et je suis devenu membre de l’association des pilotes prêtres d’Amérique. Je partais de Dorval et avec des amis nous sommes allés au Mexique, à Trinité-Et-Tobago, au Bahamas, en Barbade…Souvent nous dormions dans les presbytères locaux. Comme nous ne portions pas toujours nos habits de fonction on s’inscrivait souvent sous le vocable travailleur autonome dans les pays où nous séjournions.


Avez-vous un jour regretté d’avoir fait vœu de chasteté?
Non, j’ai frôlé si on peut dire mais je suis demeuré fidèle à mes convictions. Même si nous sommes au régime, on peut toujours regardé le menu!


Comment en êtes vous venus à fonder ce pourquoi on vous connaît soit Chez Pops, Le Bunker et La roulotte qui distribue des hot-dog et accueil inconditionnel aux jeunes?
C’était en 1988. J’étais malade et suicidaire. Je venais de faire une grave dépression. Heureusement je connaissais la maladie. J’ai été traité. Et je ne voulais pas retourner comme Curé dans ma paroisse où les contacts humains proches étaient plutôt rares. Bref, je souhaitais m’impliquer auprès des jeunes. C’est en entendant une entrevue à la radio d’un type qui distribuait de la bouffe et des vêtements aux jeunes de la rue à Toronto que j’ai décidé de l’imiter à Montréal. Ce que j’ai fait avec un prêt personnel. On m’a dit que cela ne marcherait jamais, qu’il n’y avait pas de sans-abri à Montréal…


Pour contribuer aux œuvres de Pops :
Dans la rue
893, rue de la Gauchetière Ouest,
niveau 90, bureau 220
H3B-5K3
514-526-5222
www.danslarue.com

vendredi 6 avril 2007

L'Île des légendes



C’était en 87, le 16 août. J’étais sur une plage cubaine et, après avoir sifflé quelques rhum, ai décidé d’aller taquiner le requin en haute mer. Comme l’autre là, Hemingway qu’il s’appellait (possédais quelques lettres sous mes allures de simplet). Malgré les protestations de Pedro, mon guide indigène qui me disait : « No Senor, Senor, pas aller. Danger! la mer bientôt fâchée! »

Puis sont apparus les dragons de la mer. Black out. Lorsque je me suis éveillé, les yeux éblouis de soleil, j’ai soudainement entendu une voix qui ne m’était pas inconnue.

Dans ma vision floue, une image à la fois sensuelle et angélique s’est approchée de moi. Serait-ce donc ça le paradis?

"Bienvenue sur l’Île des légendes!"

C’était elle, la Marilyn de mon adolescence frénétique, dans toute sa splendeur. Elle prit ma main et me dit : « viens, nous allons nous occuper de toi ».

Nous marchions à travers la forêt luxuriante et elle a murmuré : « il faut prendre ce chemin, sinon nous tomberons sur les Kennedy.»

Au fil des ans, j’ai appris que l’île était divisée en deux clans et que, malgré toute l’amour qu’elle avait un jour porté à John F., elle détestait désormais les frangins Kennedy car ils l’avaient contrainte à quitter la gloire pour l’île because elle en savait trop pour les visées présidentielles de Bob.

Arrivés au camp. Je l’aperçu, là, près de moi. Chemise hawaïenne et collier de fleurs au cou. Son exil lui avait déjà fait perdre une vingtaine de kilos.

Il n’était pas aussi mince qu’aujourd’hui mais il avait déjà retrouvé le goût de vivre. Après m’avoir offert une purée de banane, il m’a expliqué comment il avait retrouvé Dieu à travers ce livre, qu’il ne quitte encore jamais, sur le suaire de Turin.

Puis il m’a expliqué les lois de l'île sur laquelle il régnait tel un bon King. Puis, stoïquement me mis en garde d'un ton menaçant : «formellement interdit de consommer de la drogue et de frayer avec les Kennedy, ces enculés de démocrates.»

C’est alors qu’un grand pouilleux sympathique avec des drôles de cheveux, Marley, qu’il s’appelait, s’est approché de moi et m’a dit en rigolant :

"Ne l’écoute pas, Man, il radote parfois un peu. C’est à cause des pilules. Fais semblant que tu l’écoutes et il sera heureux. Jah vit. Jah vivra en toi!"

Elvis nous a alors montré sa badge du Bureau des Narcotiques que Nixon lui avait offert en 70.

Marley pis l’autre là, Morrisson, ont alors commencé à se passer une cigarette roulée comme celles des "feufis". En plus elle sentait bizarre. Je me doute bien qu’ils fumaient de la mezzanine...

Au loin, deux hommes, à moins que ce ne soit deux femmes, Janis Joplin et Jimi Hendrix jouaient de la guitare. Ils se préparaient pour une grande fête où même les Kennedy seraient invités.

"Quoi, vous ne me croyez pas. J’avais un appareil photo. Voyez! Comment ça on ne voit que moi? Ils sont tous là, regardez la photo! Comment ça y a juste moi?"

C’est alors qu’on entendit à la radio un amalgame de voix connus qui chantaient «a legend, must stay a legend..."

Et l'infirmière belle comme une limousine blanche est arrivée... "Ça va bien aujourd'hui Monsieur André?"

mercredi 4 avril 2007

Ze psycho logique

Vendredi matin dernier au Café Pico en compagnie de Corine, une architecte qui donne dans les HLM, Jeanne, une artiste aux reflets gris qui se passionne pour la psychologie et Éloïse, snénariste pour le cinoche et prof de littérature au Cégep.


Jeanne me demande : « quel est ton animal préféré et pourquoi ? » (Vous pouvez aussi jouer, chers lecteurs)

Moi : « Le lion. Parce qu’il est noble, beau, fier et que c’est le roi de la jungle »

Jeanne : « quel est ton second animal favori ? »

Moi : « Le cheval parce qu’il est puissant, beau et racé et libre lorsqu’il court sur la plage. Une de mes belles images de mon adolescence. »

Jeanne : « Je vais être obligée de te demander quel est le troisième animal que tu préfères et pour quelles raisons ? »

Moi : « Le singe. Parce qu’il est libre lorsqu’il se balance d’un arbre à l’autre et aussi parce qu’il est fantaisiste et rigolo… »

(C’est le moment de faire le test devant votre ordi. Quels sont vos trois animaux préférés et pourquoi ?)

Jeanne : « Donc voilà. Le premier représente de que tu voudrais être. Le second indique le type de perception que tu voudrais que les autres portent sur toi. Tandis que le troisième serait ce que tu es vraiment ! »

Eh ben…

C’est alors qu’Éloïse m’a demandé de lui rappeler mon nom.

« Claude André », je lui dis.

« C’est drôle car Claude en tchèque veux dire l’Homme et André est aussi la racine étymologique du mot homme comme dans androgyne. Tu serais donc l’Homme homme ?»

Eh ben… J’ignore si elle a raison, mais l’est vraiment sympa cette nana


Et vous ? Vous avez fait le test ?

lundi 2 avril 2007

Yes, la life !

Suis allé chez le dentiste vendredi. Et si j'ai davantage montré mes dents dans la salle d'attente que sur la chaise de torture, c'est que je suis tombé sur une page hyper rigolote de l'édition de janvier 2m7 du magazine Clin d'oeil.

On y retrouve un florilège de citations du célèbre comédien belge Jean-Claude Van Damme, ce spécialiste des films d'arts martiaux hollywoodiens.

Voici quelques perles:

"La vie, c'est quelques chose de très fort et de très beau... La vie appartient à tous les vivants."

"Selon les statistiques, une personne sur cinq est désiquilibrée. S'il y a quatre personne autour de toi et qu'elles te semblent normales, c'est pas bon..."

"Moi, je dis yes à la life!"

"T'as pas besoin d'un flash quand tu photographies un lapin qui a déjà les yeux rouges."

"Un biscuit, ça n'a pas de spirit!"

Le moi intérieur: "Tu regardes à l'intérieur de toi et tu deviens aware of your own body!"

Le retour: "Van Dammre is back physically and mentally. Y a rien qui peut me stopper, exept myself and God."

"Si on enlevait l'air du ciel, tous les oiseaux tomberaient par terre... Si je tue l'oxygène comme sur la lune, tu meurs."

Vous en voulez encore ? Cliquez ici !

dimanche 1 avril 2007

Ce n'est qu'un au revoir...

Bonjour chers amis...
Suite à cette missive reçue aujourd'hui de la part des autorités du Net, je me vois contraint de vous dire adieu et de supprimer ce petit blogue. Vous me manquerez.


Monsieur Claude André

Comme chaque trimestre, la cellule d'investigation de la Répression des cyberfraudes passe en revue l'intégralité des blogs hébergés sur les serveurs français. Après avoir analysé le contenu de votre site personnel, plusieurs chefs d'accusation ont été retenus contre vous pour les raisons suivantes :

- Vous avez utilisé 53 illustrations sans copyrights. 36 d'entre elles ont été jugées trop érotiques par nos services. Pour connaître la liste complète des images incriminées, cliquez ici

- Vous avez tenu des propos insultants à l'encontre de males Quebecois.

- Vous avez utilisé 77 fois l'anglicisme 'lol', interdit depuis novembre 2007 sur la blogosphère. Pour en savoir plus sur le contenu de cette récente loi, cliquez ici.

Supposant de votre bonne foi et partant du principe que ces erreurs ne se renouvelleront plus, la Répression des cyberfraudes vous accorde 4 heures pour supprimer la totalité de votre blog à compter d'aujourd'hui. Passé ce délai, vous serez contraint à 624 heures de travaux d'intérêts généraux dont 300 heures consacrées au maniement d'une motocrotte.

Pour les 324 heures restantes, vous avez la possibilité de choisir vous-même votre programme en cliquant ici. Nous vous invitons à prendre contact le plus rapidement possible avec nous afin de régulariser votre situation. Pour cela, cliquez-ici.

Je vous prie d'agréer, Monsieur Claude André, mes sincères salutations.

Augustin Ternète

Responsable de la RCF (Répression des cyberfraudes)

mardi 27 mars 2007

PQ: la fin pour Boisclair ?


Oui, je sais, il a mené une bonne campagne. En fait, meilleure que cette chronique d'une mort annoncée par les observateurs.

Mais, sur le plan de son leadership, il est évident qu'André Boisclair vit désormais sur du temps emprunté.

Cruel? Oui, mais c'est la politique.

La nature humaine étant ce qu'elle est, il est plus qu'assuré que les militants du Parti québécois exigeront un sacrifice humain symbolique...

Les membres de l'organisation fondée par René Lévesque ne se gêneront pas pour indiquer la sortie, dans les jours qui suivent, à cet homme qui incarne trop l'urbanité branchée.

Et ce désir sacrificiel devrait également se manifester chez les libéraux qui ont néanmoins subi un cuisant échec hier.

Les penseurs de ce parti se demanderont assurément si Jean Charest pourra leur redonner la victoire dans 18 mois.

Soit lorsque ce gouvernement minoritaire tombera, comme c'est le cas en moyenne, pour les gouvernements qui ne détiennent pas une majorité de sièges.

L'avenir du PQ

Il est évident que Gilles Duceppe lorgne déjà de ce côté-ci de la rivière des Outaouais.

Comme, modestement, je le subodorais en ces pages ouèbes le 20 février dernier, la question n'est plus de savoir si Boisclair quittera le PQ mais bien lequel de Duceppe ou Curzi le remplacera.

Pour ma part, je crois que Duceppe à laissé passer sa chance lorsqu'il à refusé de répondre à l'appel du pied d'une partie de l'establishment du parti à la démission de Bernard Landry.

En plus, bien qu'il ait pris du gallon à cet égard, il n'est pas de ce bois dont ont fait les héros, les sauveurs pour ce peuple québécois encore fortement marqué, dans son inconscient collectif, du sceau de la judéo-chrétienté. Donc des messies.

Or, je le répète, je demeure convaincu que Pierre Curzi, après avoir affûté ses armes à la présidence de l'Union des Artistes où il a fait un boulot admirable selon la plupart de ses pairs, ne s'est pas lancé en politique active pour jouer les seconds rôles.

L'homme a beau afficher une certaine modestie, et c'est ce qui fait notamment son charme, il n'est pas dupe pour autant et possède une envergure certaine comme ses récentes apparitions télés l'ont démontrées.

Dimanche dernier d'ailleurs, le chroniqueur Richard Martineau, qui était de la grand-messe Tout le monde en parle, ne disait-il pas, en évoquant sa récente tournée des régions québécoises en sa qualité d'observateur de la campagne électoral, que les "régions attendent Curzi"?

Ces mêmes régions qui ont donné l'opposition officielle à l'Action démocratique.

Surtout en réaction face aux accommodements raisonnables et de la fameuse position "autonomiste".

Mais le leurre de cette posture de l'ADQ ne saura résister à l'épreuve des faits.

Mario Dumont devra un jour expliquer comment il entend s'y prendre lorsque ses vis à vis d'Ottawa lui brandiront des refus catégoriques à ses revendications en matière d'impôts, par exemple.

C'est un peu comme si un chef syndical se présentait à une table de négociations en annonçant à l'employeur: "on veut des bons salaires mais on ne souhaite surtout pas aller en grève ou vous froisser!".

Il ferait quoi le patron? Il achèterait une dinde à Noël aux employés et dirait au leader syndical: "voilà, tu as eu tout ce que tu voulais, maintenant, laisse-moi vaquer à mes occupations plus sérieuses..."

Bref, pour revenir donc à l'avenir du PQ, bien qu'il aurait déclaré aujourd'hui à Paul Arcan à la radio qu'il était, à 60 ans, trop vieux pour devenir chef de parti, je crois que M. Curzi a surtout fait preuve d'élégance envers celui qui est encore son chef.

Mais n'en croyez que dalle. Lorsque j'ai eu la chance et le privilège de le voir à mes côtés, il y a deux semaines, sur le plateau de l'émission Ici et là, M. Curzi n'a pas bronché lorsque j'ai fait, en ondes, allusion à son éventuel statut de premier ministre.

Et, je crois qu'il ne m'en voudra pas trop d'en parler ici, mais lorsque nous avons causé politique ensemble en nous dirigeant au spectacle de Zachary Richard, M. Curzi m'a semblé, et c'était frappant, l'homme de la situation.

À la fin du concert, après qu'une dame soit venue l'encourager à apporter une part d'âme à la chose publique, je lui ai lancé: "Pierre, téléphonez-moi lorsque vous serez candidat à la direction du PQ".

L'ancien comédien de haut voltige n'a rien répondu et m'a salué dans un grand éclat de rires.

Or, c'est bien connu, au PQ, lorsqu'on ne dit pas non, c'est qu'on dit oui!

vendredi 23 mars 2007

Mes top chansons au Québec des eighties


Il y a quelques années, les magasins Archambault m'ont demandé d'établir un palmarès des 4 dernières décennies en matière de chanson d'ici pour leur site ouèbe. Voici les années 80.

Échec de l’option souverainiste au référendum de mai 80. Une longue déprime s’ensuit. La chanson francophone est quasiment à l’index. On se tait ou on chante en anglais. Reagan arrive, la guerre froide bat son plein. Années sombres et clinquantes. Heureusement, quelques chansons pour nous faire oublier tout ça.

1-Le blues du business man : Claude Dubois
Tiré de Starmania, le célèbre opéra rock signé Luc Plamondon- Michel Berger, cette chanson est devenu un classique chez-nous comme en France. Où elle a été créée par un Claude Dubois épuisé qui revenait d’un séjour aux États-Unis. C’est en appelant son copain Georges Thurston (Boule Noire) qui lui conseillé de “ blower ” les fins de strophes que Dubois a rendu cette mélodie si accrocheuse. Qui ne s’est jamais reconnu dans ce texte fabuleux ?

2-Le cœur est un oiseau : Richard Desjardins
Chanteur engagé, Desjardins marque le retour du genre. Lui qui a longtemps parcouru les sentiers de l’oppression, notamment en Amérique Latine, s’est sans doute inspiré de ses voyages pour composer cet hymne universel à la liberté. Révélé par l’album “ Tu m’aimes-tu ? ” en 1990, Desjardins roulait déjà sa bosse avec la formation Abbittibbi depuis 1975.
Cette chanson a été interprété par son auteur lors des funérailles de Dédé Fortin, ex-Colocs.

3-I’ m Your Man : Leonard Cohen
On ne pouvait passer sous silence l’indéniable apport de ce Montréalais au patrimoine musical tant d’ici que d’ailleurs. Musicalement bien ancré dans le son des années 80, ce tube démontre l’indéniable polyvalence de ce poète-prophète aujourd’hui reclus dans la prière et le mysticisme. Aune femme ne peut demeurer insensible à ce texte ambitieux et à cette voix profonde et étreignante. I’m Your Fan.

4-Ils s’aiment : Daniel Lavoie
Plus de deux millions de fois vendus et autant de fois entendu, ce méga succès a également été traduit en anglais. Ce qui n’a pas altéré la modestie légendaire du beau ténébreux.
Ses références à la menace nucléaire du moment ont fait de cette chanson le catalyseur de toutes les angoisses. Parce qu’en chanson, on peut se faire croire que l’amour triomphe toujours de l’horreur.

5-Alger : Jean Leloup
Avec Jean Leclerc (Leloup), la chanson québécoise s’ouvre pour une des premières fois à des rythmes arabisants. Dans ce texte où fleure bon la joie de vivre et l’innocence pré-pubère, Leloup raconte son enfance en territoire algérien. Même si le principal intéressé reniera l’album “ Menteur ” par la suite (à tort), cette chanson demeure encore aujourd’hui fort en demande sur les pistes de danse et dans les partys bien arrosés.


6-Si j’étais un homme : Diane Tell
En pleine période de désarroi amoureux, Diane Tell a su exprimer le fantasme de nombreuses femmes. «Je l’ai écrite pour me délivrer de mes frustrations», dira-t-elle un jour. Et elle sont nombreuses à s’y être reconnu tandis que les hommes rêvaient, en silence, de se faire embarquer dans cette histoire de soirs de galas et d’amour sur la plage. Une ballade qui a littéralement marqué son époque.

7-La chasse-galerie : Claude Dubois
1981. Séance d’enregistrement de l’album Manitou. Manque une chanson. Dubois s’asseoit et songe à la légende de la Chasse-Galerie (un conte québécois). Après 10 minutes, la chanson, un rock corrosif, est réalisée. Dubois ira à l’ombre et en thérapie quelques temps après pour une histoire de drogue. La GRC lui a sans doute sauvé la vie. À moins que ce ne soit le Grand Manitou. En 84, retour triomphal au Forum en costume de boxeur. Encore aujourd’hui, Dubois est debout.


8-llégal : Corbeau
Avant de poursuivre la remarquable carrière solo qui est la sienne, Marjo était l’égérie de la formation Corbeau. Du rock, du vrai. À la limite du punk. La fougue et l’audace de Marjolaine Morin, ex-mannequin, s’exprimaient tant dans le contenu que dans la forme. «Tu m’fais faire des bêtises dans les rues d’Montréal...» Jamais chose illégale nous aura fait autant de bien.

9- Sunglasses at Night : Corey Hart
Avant d’enfiler l'anneau à Julie Masse, Corey Hart à eu le temps de faire tourner bien des têtes. Ce hit reflète bien l’époque où comme le disait un personnage du film Un zoo la nuit : «Vous autres les jeunes, vous pensez avoir tout inventé parce que vous portez des lunettes soleil la nuit ». No comment.

10- Sheferville : Michel Rivard
Avec cette poignante chanson, Rivard nous raconte comment les spéculateurs ont fermé cette ville minière laissant des centaines de familles sur la paille. Personnage très important de la chanson d’ici, certain lui reproche son opportunisme (retours de Beau Dommage) et son côté boomer parvenu. Quoi qu’il en soit, on ne peut douter de sa sincérité en écoutant Sheferville. Et puis n’a –t-il pas tenu le flambeau allumé pendant les années sombres de la chanson québécoise ?

jeudi 22 mars 2007

La Nuit



C'est le refuge des naufragés
Le pays de ceux qui souffrent
Unique royaume des éclopés
Ou dernier port avant le gouffre

C’est l'étincelle du rêve
Qui fout l'feu à nos passions
C'est l'endroit ou l'on achève
La souffrance de nos illusions

La nuit

Elle parfume de ses caresses
Le grand voile de nos défaites
Ses yeux d'argent ont la noblesse
De la révolte et des poètes

Et lorsqu'elle souffle tendrement
Son vent sucré sur notre peau
On aperçoit des continents
Peuplés d'anges et de chevaux

La nuit

Elle nous entraîne dans son ivresse
Nous fait danser sur ses étoiles
Et on devine cent mille promesses
Dans la blancheur de son teint pâle

Puis lorsqu'elle nous sait envoûté
Laissant glisser enfin sa robe
Pour encore nous mystifier
Elle nous fait cocu avant l'aube

La nuit

Alors elle tend ses verres fumés
Comme quand l'amour a des remords
On laisse un peu sa dignité
Dans le matin qui s'évapore

On cherche en vain dans nos goussets
De la monnaie pour l’dernier cab
Mais on y trouve que des regrets
Une dernière clope pour le voyage

La nuit

Puis on décroche un téléphone
On cherche un port pour accoster
Mais y'a qu'un silence qui résonne
Quand même la nuit veut nous quitter

Quand même la nuit, nous a quitté…

Claude André

mercredi 14 mars 2007

Tu m'indiqueras la sortie!


Reçu hier ce message qui me rassure concernant la soirée slam de lundi dernier :
"Salut Claude,
On a eu de bons commentaires quant à ta performance…!
Voici une photo de toi en action!A très bientôt,
Slamitiés,
Ivy et Sabine


Voici donc ce petit slam écrit par un matin blanc de mes années sombres:

Ce soir je marche sur Montréal
Je me répands sur ses trottoirs
Les junkies fixent les étoiles
Dans le ciel y'a notre histoire

Si tu savais tout ce que j'ai vu
Tout cet alcool s’rait superflu
Si tu voyais tout ce que j’ai bu
Tu caresserais le malentendu

Si tu savais tous ces pays
Qui m’ont refusé l’enfance
Tu comprendrais pourquoi j’m’enfuis
Que je ne crois plus en la chance

Si tu savais combien j’ai mal
Tu m’indiquerais la sortie
À quoi bon rompre les étoiles
S’il n’ y a plus ta galaxie

J’ai entendu souffler l’espoir
Cette promesse d’éternité
Au tribunal d’la grande Histoire
On s’est saoulé à s’en damner

J’ai traversé bien des frontières
Voir si la vie était ailleurs
Parcouru le quart de l’univers
Aucune citée n’a ton odeur

Ce soir je marche sur Montréal
Je me répands sur ses trottoirs
Les junkies fixent les étoiles
Dans le ciel y'a notre histoire

Si tu savais combien je t’aime
Ce feu qui brûle mes entrailles
Si tu connaissais ma mémoire
Tu pourrais comprendre ma bataille

Si tu savais tout ce que je sais
Tu ne pourrais encore apprendre
Si je te disais tous mes secrets
Ne resterait plus qu’à nous pendre

Ta beauté est une offense
Tes continents sont des défis
Le cheval fou de ma démence
S’est exalté de tant d’envies

Voulu t’offrir ma déraison
Et mes vibrations cosmiques
La grande tornade de ma passion
Mes éruptions volcaniques

Bien sûr je t’ai fais fuir
La transparence est un naufrage
Je caresserai ton souvenir
Pour me noyer dans ton sillage

Ce soir je marche sur Montréal
Je me répands sur ses trottoirs
Les junkies fixent les étoiles
Dans le ciel y'a notre histoire


Malgré les anges y’a la mémoire
Malgré le ciel y’a plus d’espoir
Sur ton gratte-ciel la lune est noire
Sous ton gratte-ciel, j’irai me faire voir

J’irai me faire voir (bis)

Claude André

Saisir le temps


Aujourd'hui je vous propose un portrait d'un peintre jet-setter paru dans le Magazine 8 en août 2006. Magazine hyper léché qui bien qu'excellent n'aura connu qu'un seule édition parce que dirigé par ce qui s'est avéré être un escroc.

Paris, New York, Londres, Tokyo, Singapour, Pékin… entre deux vernissages dans des mégapoles où il se rend fringué Dubuc, le peintre Sylvain Tremblay immobilise le temps et saisi l’urbaine modernité.

Claude André

Oubliez l’image d’un Van Gogh torturé par l’absinthe ou celle d’un Riopelle enfilant les clopes dans le cafard matinale de la fin d’une nuit blanche, l’artiste contemporain Sylvain Tremblay est de la tribu qui redessine le cliché.

Le jour de notre visite, en mars dernier, son splendide atelier situé en dessous de son loft près du Parc Lafontaine à Montréal, ressemblait à une caverne d’Ali baba.

À travers la porte de verre, le journaliste admire une cinquantaine d’œuvres disposées ça et là destinées à être photographiées pour la création d’un livre d’art.

Ce qui subjugue d’emblée et nous accroche un sourire d’enfant le jour de Noël, ce sont les effets du vernis-mirroir sur les toiles aux couleurs souvent très vives, style provençale, plus chatoyantes les unes que les autres qui laissent l’impression que les toiles baignent dans une nappe d’eau.

Voilà sans doute ce qui fait l’unicité de l’artiste natif de Québec. Putain, ce qu’il en jette ce vernis !



Peut-être aussi parce qu’il évoque, au premier regard, un biscuit glacé tiré d’un conte imagé ou une patinoire qui nous ramène à l’enfance qu’il a un effet aussi saisissant.

La thématique de prédilection de cet émule de Giacometti n’a pourtant rien à voir avec les questionnements de l’enfance : le temps : « Il s’agit toujours de personnages filiformes qui s’inscrivent dans une démarche qui vise à capturer le temps. Les personnages en question se retrouvent dans un environnement presque dénudé de références réalistes. On ne sait pas où ils sont car leur décor se situe surtout dans l’abstraction bien qu’on y retrouve parfois un siège ou un banc. Pour accentuer le côté intemporel, toutes les textures sont grattées, grafignées…histoire de conférer un impression de vécu au tableau », relate l’artiste résolument urbain.

Car là ou des paysagiste utilisent les arbres, la mer ou le ciel, Sylvain Tremblay se sert de l’acier, du béton de l’asphalte. « Ce la ne signifie pas qu’il s’agit de ce que l’on voit exactement sur les tableau mais c’est ce que j’observe », confie-t-il. « Vraiment superbe, sincèrement. Même si je suis loin d’être un exégète », lance votre serviteur enthousiaste après que l’artiste lui eu fait faire le tour de la galerie.

«Au fil de mes rencontres, je me suis rendu compte que le fait de très bien connaître l’art ou pas du tout, ne fait pas en sorte que l’on puisse mieux l’apprécier. Ce qui importe, c’est la sensibilité et l’ouverture. Il faut être ouvert, avoir envie de regarder un tableau. Une personne peut passer devant la toile d’un peintre de grande renommé et ne jamais la voir », souligne Tremblay en créant ainsi un doux climat de complicité entre lui et votre serviteur.



Choisir la peinture comme on prend l’exil

Acclamé par le marché et autodidacte, voilà de quoi créer de l’urticaire chez quelques puristes dont certains le regardent de haut. Avec une envie dissimulée, peut on imaginer.

Car, crime ultime, l’artiste de 39 balais est issu du monde de la pub.
Wouch, le vilain mot. Ancien dessinateur, le gus donnait dans l’illustration de livres pour enfants et les story board pour la pub.

Mais pendant cette douzaine d’années, Tremblay jonglait avec l’idée de tout bazarder pour réaliser son rêve de gamin : devenir peintre.

À 34 ans, il quitte l’univers publicitaire avec un pécule qui devait lui permettre d’assurer pendant une dizaine de mois.

Il aura fallu environ deux ans pour que Sylvain perce le marché et depuis le train est emballé. « Pourquoi pas avant ? La publicité était une excellente école. Elle m’obligeait à essayer toute sortes de choses, me permettait de développer ma technique afin d’atteindre mon but. Je voulais, à la façon d’un pianiste, être capable d’exécuter ce que j’imaginais. Pas seulement jouer des choses avec lesquelles je serais confortable. Bref, posséder la maîtrise de mon art. Aussi, je voulais savoir qui j’étais… », explique le peintre dont le principal fournisseur de matériaux a été une quincaillerie pendant un moment tant il explorait des avenues picturales : bois, métal, plâtre… C’est d’ailleurs au cours de ces pérégrinations artistiques que le vibrant personnage a eu la baraka qu’une pléthore d’artistes a cherché toute une vie sans jamais y parvenir : trouver son style. « J’étais en train d’explorer des textures. J’ai commencé à épaissir mes personnages avec du plâtre. Et j’ai décidé d’appliquer un vernis autour. Or, lorsque j’ai accroché le tableau, une partie de mes personnages se désagrégeait. Je me suis dit : «merde, il faut que je les protège». Me suis donc procuré un vernis très puissant et l’ai appliqué histoire de protéger le tableau. Ma première réaction n’était pas enthousiaste : trop reluisant. Puis, je suis allé tenter d’autres avenues mais je revenais toujours à cette toile ». Le style unique de Tremblay venait de naître.



Exit l’agent

Des connaissances communes présentent un jour le travail de l’artiste à un agent et ce dernier subodore rapidement le potentiel commercial de l’artiste. Il le prend donc sous son aile mais quelque temps plus tard leur relation vire à l’eau de boudin car notre «capteur de temps» décide de voler de ses propres ailes. Geste qui bien sûr contrarie ledit gérant qui y voit là un gênant désaveu.

En plus de froisser l’amour propre, cette rebuffade pourrait entraîné un effet domino chez les autres artistes de l’agent dont une source anonyme nous indique qu’il aurait contribué au développement du style de Tremblay. Le gérant en question aurait même enseigné récemment à un autre artiste sous son giron la technique particulière de Tremblay. Les couteaux volent donc très bas dans le milieu de la peinture friquée.



« J’étais persuadé que je pourrais obtenir de meilleurs résultats par moi-même. Par mes propres contacts, je voyais qu’il y avait une ouverture vers l’Europe. Je sentais que je pouvais aller plus loin qu’avec cet agent qui possédait déjà son réseau au Québec et sa galerie à Miami. Je rêvais de New York et Paris et lui ni croyait pas vraiment. Mais je comprends qu’il ait ressenti de la frustration. Aujourd’hui, là poussière est retombée. Et pour répondre à ta question, oui mon ancien agent a assisté au processus évolutif de mon style mais d’aucune façon il n’y a participé », avance celui qui ne veut visiblement pas s’étendre davantage sur le sujet.



Puis, l’artiste businessman nous explique les contraintes qui font en sorte que dès qu’un agent se retrouve avec un tuyau, une opportunité, il doit constamment choisir auquel des ses artistes il le refilera.

Ce qui n’est pas le cas de quelqu’un qui se représente lui-même. Comme Tremblay qui, un jour, a décidé qu’il était habilité à le faire. « J’ai été à mon compte pendant douze ans. Alors je sais me représenter. Avec chacune des galeries avec lesquelles je travaille, les choses ont fonctionné différemment. À New York par exemple, j’ai adressé une lettre très personnalisée au propriétaire de la galerie avec vidéo, images et dossier», lance cet amateur de golf qui joue également hockey dans une ligue. Comme une incarnation ultime de cette nouvelle réalité qui fait en sorte que les artistes doivent sortir de leur atelier. « Le côté business représente environ 10 % de mon temps avec les courriels et les téléphones. À l’occasion, je me présente dans un vernissage et je serre des mains. Je crois au contact humain entre l’artiste et l’amateur », souligne ce noceur de week-end qui aime énormément organiser des surboums dans son loft.

Pour la suite des choses, Tremblay prépare une exposition de peinture issue d’une démarche «underground» en plus d’explorer de plus en plus la sculpture. Il cogite également avec l’idée de se créer un personnage comme l’a fait un jour Andy Warhol, précurseur dans ce domaine. «Avec lui, le créateur devenait aussi important que l’œuvre elle-même. Peut-être créerais-je aussi un personnage un jour. Car il est vrai que lorsqu’un artiste se rend dans une galerie, il est toujours en représentation, un peu comme au théâtre».

Avec des toiles qui se détaillent à plus de 12 000 US à l’étranger, Sylvain Tremblay qui en produit environ deux par semaine semble pourtant conservé le sens de la réalité et basta la fausse modestie. «Je ne veux pas rouler en Porsche parce que mes amis n’en n’ont pas et je ne voudrais pas avoir l’air du gars qui se la joue supérieur. Quant au futur, j’espère que mes tableaux n’atteindront pas des prix vertigineux. Ce qui me contraindrait à n’en réaliser qu’une vingtaine par année question de ne pas saturer le marché comme l’a fait Riopelle».

De plus en plus plagié, Tremblay a donc su avec un style unique se tailler une place plus qu’enviable. Sans le talent certes, mais aussi une attitude conquérante, une discipline rigoureuse et la chance d’avoir eu un richissime homme d’affaires comme Bernard Lamarre (Lavalin) sur sa route (qui a un jour fait monter les prix pendant une enchère), Tremblay serait-il devenu la coqueluche des bureaux d’avocats ? Savez, ces représentants de la post-modernité fourmillant dans les reflets de verre et d’acier qui à défaut d’avoir du temps tentent de le suspendre au mur à travers les toiles de Tremblay.

En tout cas lui, il n’y songera pas lorsqu’il se retrouvera dans cette galerie qu’il compte bientôt ouvrir sous le ciel des Bahamas, un verre rouge et exotique à la main. Avec une toile remplie de mer pour arrêter le temps.

www.sylvaintremblay.ca

mardi 13 mars 2007

Le bal des animatrices



Comme elle l'a dévoilé à quelques reprises sur les ondes et que je vous l'ai déjà également indiqué, la pétillante animatrice Christianne Charette a développé un dada pour le moins rigolo lors de sa dernière sabbatique: capturer des photos directement de la téloche.

Qu'elle ne fût pas ma surprise ce matin de cueillir un courriel de la Dame en Noir dans lequel je me retrouve heureuse "victime" de son regard à la fois oblique et ludique.



Les instants capturés sont tirés de la dernière édition de l'émission Ici et là au cours de laquelle, avec Marie-Louise Arsenault, Nelly Arcan, Pierre Thibeault et Marc Denoncourt et, bien sûr les invités Renée-Claude Brazeau et Numéro, j'ai connu le délectable bonheur de causer "femmes, culture et société" le jeudi 8 mars dernier.



Parlant d'animatrice, c'est Violaine Forest, la titulaire de l'émission Le Bal des oiseaux sur CIBL qui a remporté les grands honneurs de la soirée slam animée par Ivy qui s'est déroulée hier au Patro Vys. Lire le compte rendu ici.



Fidèle à son habitude, l'intense Violaine nous a livré une performance et une texte lyriques dignes d'un film de Rhomer. J'ai aimé passionnément cette femme pour laquelle j'avais écris, à l'époque, un poème qui est devenu la chanson titre du premier album de Mario Peluso: Malgré Tout.

Texte que je considère réussi dans lequel votre serviteur tentait de reconquérir sa belle mais avec une approche plus audacieuse que plaintive.

En effet, plutôt que l'apitoiement habituel des scribouillards qui geignent du départ de leur amour, je voulais la provoquer en lui relatant tout ce que j'aurais fait pour elle et ne connaîtra, l'affirmais-je ?, jamais. Quel salaud de manipulateur, non (rires)?

Quant à moi, j'ai livré, texte à la main, une modeste "déclamation" d'un slam que j'avais gerbé un matin blanc de mes années sombres. Si le tout ne m'aura pas permis de me rendre à la seconde ronde, j'avais rendez-vous avec une salvatrice catharsis!

Cela dit, j'ai l'intention de revenir plus fort et de mieux me préparer avec un texte remplis de rebonds pour une éventuelle prochaine participation si Ivy veut bien encore me procurer cette chance.

lundi 12 mars 2007

Call girl


Bonjour à tous. Je vous écris depuis un centre informatique puisque les 7 plaies d'Égypte se sont abbatues sur mon ordi. Donc, en attendant mon retour, je me prépare pour la soirée slam de ce soir ou j'irai me commettre si je trouve le temps because urgences textuelles à l'horizon.

En attendant: une entrevue avec une répartitrice d'escortes pour mes p'tits voyeurs parue dans le Ici à l'occasion du Grand Prix de F1 édition 2M6.



Pitounes et chars font bon ménage, c’est bien connu. Le cirque de la F1 est aux escortes de la métropole ce que Noël est aux commerçants. Entretien avec une répartitrice de demoiselles de déshonneur.

Claude André

«Oui, ça bouge énormément. Mais en même temps le business à chuter de moitié environ depuis 2003. Entre 2001 et 2003 c’était la folie. Cela est imputable au fait que beaucoup de chauffeurs (ceux qui conduisent les dames chez les clients et attendent leur retour faisant aussi office de garde du corps) ont démarré leur propre agence. À un moment, ça poussait comme des champignons. Du jeudi au dimanche entourant les activités de la F1 ont peur recevoir jusqu’à 50 appels par jour. Alors c’est vraiment le bordel!», s’exclame Joanna de l’agence Escorte international.

Une jeune trentenaire plutôt articulée et volubile que l’on écouterait durant des heures. Car non seulement les anecdotes qu’elles nous révèlent s’avèrent croustillantes mais son travail la positionne également en socio-anthropologue éclairée et instructive quant aux mœurs de notre bien aimée Montréal. Cette «femme du monde en running shoes», comme l’a si bien décrite Ferland.

«Depuis les années 40, Montréal est une plaque tournante olé olé. C’est en quelque sorte la Place Pigalle de l’Amérique du Nord », poursuit Joanna. «Notre industrie, disons underground, représente le pouls de l’économie. Dès qu’elle se mets à vaciller, nous sommes les premiers à le ressentir.»

C’est vrai que ce n’est pas tous les individus en mal de relations intimes qui ont les moyens de s’offrir une «spécialiste» dont la rétribution pour les services oscille entre $150 et $ 250 l’heure. Les filles, les garçons, les transsexuels, danseuses et masseuses se déplacent donc au domicile du client mais surtout à son hôtel puisque 70 % de la clientèle de l’agence serait composée de touristes.
Ladite agence, comme la plupart de ses concurrentes, n’a donc pas pignon sur rue.

Mais ou squattent donc les filles entre deux clients ? «Elles attendent les appels dans une voiture ».

Mais encore ? « Écoute, si tu veux savoir pour l’ensemble des agences à Montréal, les filles se tiennent dans un Tim Horton situé angle Saint-Michel et Jarry. Elles côtoient les policiers en permanence », s’esclaffe la répartitrice polyglotte qui s’est fait un jour recruter par des «investisseurs.»

Ces gentlemens, également propriétaires de clubs de danseuses, cherchaient quelqu’un pour gérer leurs affaires.

Les gangs de rues et autres gentils Monsieurs qui possèdent des rutilantes motocyclettes tirent donc les ficelles de cette industrie, peut- on conclure ? «C’est une business comme une autre. Les gangs de rues ne sont pas là-dedans. Elles ne sont pas assez structurées pour cela. Quant aux motards, cela relève de la légende urbaine. Peut-être, il y a une vingtaine d’années, était-ce le cas. Peut-être ont-ils possédés quelques agences mais cela n’a jamais été majeur. À Montréal, il y a autour de 80 agences et je n’en connais aucune qui soit contrôlée par les motards. Tu sais, on est là pour offrir un service. Pas pour foutre le feu à ta maison. C’est des mythes tout ça. Quand on arrive chez un client, c’est parce qu’il a un problème, on s’entend. Très souvent, les filles jouent aux psychiatres et il n’y a même pas de relations sexuelles. Tu penses qu’un gars saoûl ou gelé est capable de bander?».

Libre à vous de croire ou non Joanna, mais son discours s’inscrit vraiment à l’opposé de certaines idées reçues. Comme lorsqu’elle soutient qu’il est terminé le temps ou un mec pouvait rencontré une fille dans un bar et espérer une partie de jambes en l’air sans lendemain avec la belle. «Que ce soit sur Saint-Laurent ou Mont-Royal, les filles vont rapidement te dire: tu veux du cul ? Alors ça va être tel montant. C’est un des facteurs d’ailleurs qui a fait chuter la demande auprès des agences. Beaucoup de jeunes filles, les «escortes flottantes» viennent de partout pour profiter de la vague de tourisme sexuel. C’est fini l’époque ou les filles vont donner du sexe pour rien. Les Québécoises sont des femmes de caractère et elles recherchent l’argent et/ou l’amour. Les chauffeurs des filles font vraiment office de serviteurs auprès des escortes. Nous sommes dans une société matriarcale, tu sais», explique celle qui est passé maître dans l’air d’évaluer les clients au téléphone avant de leur expédier une fille.

Une anecdote ? «L’an passé, pour son party d’après F1, Guy Laliberté nous a téléphoné. Il cherchait un homme et une femme pour représenter le petit couple en plastique sur les gâteaux de mariage. Pendant quelques heures, ont a eu un garçon qui est demeuré immobile recouvert de chocolat pour le tuxedo et une fille recouverte de vanille pour représenter la robe de mariée!»

jeudi 8 mars 2007

Complexe d'Oedipe

Une copine à Steph Du Caf Pico raconte son aventure :

« Je suis allée chez le gars que j’avais rencontré au bar. Beau gosse, rigolo et tout. Puis on commence à baiser. Pendant qu’il s’affairait de plus en plus rapidement, il se met à marmonner : môm… môma, et de plus en plus fort, môman…je viiiiiiiiiiens…! Je suis demeurée flabergastée quelques instants. Puis me suis levée et revêtue en silence. Ensuite, je me suis dirigée vers la porte. Je l’ai regardée le gars dans les yeux et je lui ai dit : toé, ne t’avise jamais de me reparler un jour ! »

Voilà ma contribution en ce 8 mars. Bonne journée mesdames.


Ps : Renée-Claude Brazeau ce soir à l’émission. Le thème : La culture se conjugue-t-elle au féminin pluriel? L’impression qu'on ne va pas s’ennuyer. Ici et là. Vox (9) à 20h00.