vendredi 30 mai 2008

Arthur H


Rayons H

Sortez vos boules disco et pantalons en fortrel, Arthur H s’apprête à faire danser le soleil de l’été 2008 avec son nouveau vaisseau; L’Homme du monde.

Claude André

Sur le Net, on peut découvrir l’Arthur, lunettes de soleil seventies et veste de paillettes, entouré de nonnes nous balancer l’irrésistible «Dancing with Madonna». Un éventuel tube absolument disco comme à l’époque des boules en miroirs qui devrait embraser les dancefloors. On est loin de l’artiste ténébreux et underground qui plait tant à une certaine faune alternative. Cette nouvelle dégaine pouvait déjà se ressentir en mars dernier lors d’une séance d’écoute où nous étions quelques scribes à savourer l’album à venir en compagnie d’un Arthur visiblement serein tandis que les hauts parleurs diffusaient «Naissance d’un soleil». Une pièce sur sa nouvelle paternité où il célèbre, tel un Aztèque allumé, «le soleil (qui) nous éclabousse du sang de pamplemousse». L’Arthur H nous cachait-il un côté clubber et hop-la-vie ? «J’adore danser mais plutôt tout seul chez moi en général ou alors dans des fêtes comme ça, improvisées. quoi. J’ai toujours dansé en fait depuis que j’ai découvert le reggae quand j’avais quatorze ans. Il ya quelques années, il a nous a fallu assumer sur scène que nous étions des groovers refoulés et lâcher le cheval sauvage qui dormait dans notre ventre», rigole celui qui a intitulé son dernier opus L’Homme du monde parce qu’il se sentirait désormais davantage terrestre qu’autrefois.

Du temps où il dégustait la mélancolie comme d’autre des verres de beaujolais. «Avant ça me rendait heureux d’être mélancolique et, disons, légèrement à l’Ouest. Maintenant ça me rend heureux d’avoir les deux pieds sur terre et de vibrer correctement. Comme tout le monde, j’ai vécu des histoires d’amour très douloureuses et à un moment tu te dis : si c’est très douloureux, ça peut être aussi très merveilleux car si une chose existe, son contraire existe également. Et puis la naissance d’un enfant te fait ressentir à la fois la magie et la précarité d’être vivant.»

Money talk

Et il est vrai également que l’insécurité financière se fait beaucoup plus pesante avec un gamin. En filigrane sur L’Homme du monde, on retrouve souvent des allusions directes au fric. Comme si l’artiste voulait assumer une volonté plus ou moins consciente de toucher du blé. L’album s’ouvre d’ailleurs avec une chanson intitulée «L’abondance» et sa «pluie de milliards sur les goldens boys» sans compter les deux ou trois autres pièces où il est question de tunes dont «Dancing with Madonna» dont le seul prénom évoque le cash. Après avoir discouru sur le rôle fondamental de l’argent dans notre époque, Mister H confiera ce qui explique en grande partie son virage pop. «Lors de mon avant dernière tournée, j’ai joué dans des salles à moitié vides. Et cela peu s’avérer un peu humiliant après un certain moment. Quand tu fais quelque chose de qualité et que tu as envie de donner le meilleur aux gens et qu’ils ne sont pas là, pas curieux, soit tu les accuses ou tu te remets en question. Moi, j’ai choisi la seconde option», explique le fils du grand Jacques Higelin.

Au fait, une autre des très belles chansons de ce dernier chapitre funk, disco, groovy réalisé par Jean Massicotte et arrangé Nicolas Repac, s’intitule Cosmonaute Père & Fils. Inspiré par un passage d’une chanson de Nick Cave, ce texte vêtu de sonorités pinkfloydiennes est-il un clin d’œil à papa Higelin ? « Ce n’est pas un clin d’œil, c’est notre histoire (silence)».

Of course, mais puisqu’il y est question d’un père en orbite, serait-il possible qu’il s’agisse de Gainsbourg dont il serait le fils biologique comme le veut une rumeur qui circule dans le milieu musical (regardez les oreilles des deux !) ? «Non, je ne pense pas». Donc la rumeur est démentie ? «Voilà, tout à fait». Quoi qu’il en soit, cet enfant de la bédé et de la culture pop qui nous reviendra en spectacle dans un an devrait enfin franchir la frontière invisible qui sépare la crédibilité clandestine du succès rayonnant.

Arthur H
L’Homme du monde
Universal


Madonna dansera-t-elle sur du H ?

La Madone a –t-elle entendu la pièce que lui a consacré notre néo-disco préféré ?

«Je pense que Lhasa (une amie proche d’Arthur) et Madonna devait se rencontrer au sujet de la musique qu’a prise cette dernière à Lhasa pour son documentaire sur le Malawi. Elle m’a proposé de lui donner ma chanson à cette occasion mais je n’étais pas très chaud à l’idée. Moi, je parle plutôt évidemment de la Sainte-Vierge que de Madonna. Alors, faudrait que je demande plutôt au pape», explique le plus sérieusement du monde l’artiste avant que le journaliste ne s’esclaffe et lance : «j’ai vu le clip et étudié les paroles mon cher, la référence à l’icône pop de la musique est directe». « En fait ce que tu as vu c’est une blague, un mini clip. On vient de terminer le clip et je suis un super héros et j’attaque la Chine. Si ça serait cool qu’elle le voit ? Je pense qu’elle a d’autres chats à fouetter en ce moment que de regarder un p’tit français qui veut danser avec elle. Je ne pense pas que ce soit une de ses priorités (rires)».On pourra lui demander puisqu’elle s’en vient bientôt. À suivre…

jeudi 29 mai 2008

Georges Moustaki

Une erreur s'est glissée à la révision de mon texte dans le Ici de cette semaine. Il fallait lire que Moustaki avait écrit pour lui et d'autres tels Piaf, Reggiani, Barbara ou Montand. Et non pas tels Piaf.... D'autant plus que Reggiani et Montand n'ont pas écrit leurs chansons.... Voici la bonne version.

L’homme descend du songe

L’un des derniers membres vivant du gotha de la chanson française revient nous faire rêver en compagnie de ses 4 musiciens.

Claude André

Le vénérable septuagénaire, qui a écrit plusieurs standards gravés dans le patrimoine de la chanson française pour lui et d’autres tels Piaf, Reggiani, Barbara ou Montand, revient pour nous présenter son vingtième disque, Solitaire. Un chapitre à la fois mélancolique, engagé et nostalgique où il reprend «Ma solitude» en plus de souffler ses vers en compagnie de Vincent Delerm, Cali, la chanteuse de jazz Stacey Kent et Pink Martini. «C’est peut-être le disque qui me ressemble le plus dans les ambiances et les orchestrations. L’arrangeur Vincent Segal n’a pas voulu à tout prix imposer sa personnalité. Il a épousé la mienne avec beaucoup de modestie», murmure le métèque qui a dédié cet opus au regretté Henry Salvador. «Notre maître à tous», comme le stipule la chanson «Le temps de nos guitares» dans laquelle il se souvient aussi de Brassens, Gainsbourg, Félix, Charlebois et Aristide Bruant ressuscité par Coluche. «Il s’agissait de maître ès guitare bien entendu», précise l’artiste qui a changé son prénom Giuseppe pour celui de Georges en hommage à Brassens tandis que le journaliste se pince pour être sur de ne pas rêver qu’il cause réellement à l’auteur de Sarah, Milord et autres Ma liberté.

Puis, l’auteur de ce texte apprendra, à grands regrets d’ailleurs, à M. Moustaki qu’Aristide Bruant, le célèbre chanteur réaliste peint par Toulouse-Lautrec, qu’il évoque était aussi un ancien candidat politique qui s’était présenté sous une bannière fasciste et antisémite en 1898 à Belleville Saint-Fargeau. Après échange de courriel et vérifications qui l’amènent à me faire part de son désarroi, le juif errant et pâtre grec Moustaki précise qu’il ne modifiera pas le texte en question. «C'est affligeant, mais je n'ai pas l'intention de modifier ma chanson. Bruant garde sa valeur artistique ; même si sa carrière de politicien a été aussi lamentable que ses idées politiques. On pourrait en parler longtemps»…Ça sera pour une autre fois.

La révolution permanente ?

Mais on peut entre-temps causer de mai 68 et de l’engagé Cali avec lequel il interprète «Sans la nommer», une chanson des années 70 dans laquelle il louange la révolution. Pour Cali on le sait, mais Georges Moustaki, au soir de sa vie, croit-il encore aux lendemains qui chantent pour reprendre un slogan soixante-huitard ? « Avec Cali, on a milité dans les mêmes rangs aux dernières élections présidentielles. C’est une chanson qui traduit notre conviction. C’est difficile d’y croire vraiment (sourire) mais on peut espérer. De l’amertume ? Non, mais j’ai parfois d’autres sortes de consternations. Comme je ne suis plus un adolescent idéaliste, j’attends des choses mais sans trop d’illusions et je n’espère pas des autres qu’ils fassent les choses à ma place», confie l’homme qui «n’invente rien» lorsqu’il écrit une chanson. Fut-elle au sujet d’une jeune Mélanie qui se donne à tous ses amis dont Moustaki lui-même comme le raconte la jolie Mélanie faisait l’amour. Une pièce qui fleure bon les effluves de Madame Nostalgie, pour reprendre le titre de l’un des chefs d’œuvres de Moustaki chanté par Reggiani. «Il y a toujours un peu de nostalgie quand on regarde derrière soi mais ce n’est pas attristant. Quant à Reggiani, il nous manque à tous et moi un peu plus parce nous étions très proche. Notre aventure de chanteurs nous a uni dans une amitié qui a duré jusqu’à la fin», soutient l’homme modeste et intelligent comme le sont la plupart de ceux de sa trempe et qui refusera de parler de son influence ou de dévoiler à un collègue qui a été la personne la plus importante parmi toutes celles qui en ennoblie sa carrière.

Une confidence cependant même s’il n’aime pas faire des choix et dont la devise demeure «l’homme descend du songe» : «j’ai un faible pour ma chanson Sarah». Nous aussi…

Solitaire (album et spectacle)

12-13 et 14 juin au Théâtre Outremont

jeudi 15 mai 2008

Berry: Mademoiselle


Berry

Mademoiselle
Universal/Dep

Sur le communiqué, on la présente comme la fille de Melody Nelson. L’allusion au chef d’œuvre de Gainsbourg bien que pompeuse n’est pas dénuée de sens bien que nous, on entende surtout des relents de Françoise Hardy, Keren Ann et Carla Bruni. Journal intime murmuré faussement indolent, la très belle trentenaire possède une jolie plume et chante même Verlaine sur cet album garni d’orchestrations de cordes très classe. Avec des pièces sucrées et très accrocheuses comme «Mademoiselle» ou «Le Bonheur» (qui n’existerait pas), mais qui le deviennent moins en fin au milieu de l’album, l’ancienne comédienne cartonnera assurément. Mais nous, on s’en souviendra encore dans dix ans ? (CA) ***

dimanche 11 mai 2008

Perles journalistiques

Les journaux de la région de Montréal
regorgent de perles savoureuses,
tout particulièrement dans les annonces


Merci à Dominique Richard.

  • Vidal Salvo maison de beauté recherche têtes à couper et coiffer. Participation : 8 00$ pour la coupe.
  • AVIS aux pêcheurs : Si vous trouvez brochets ou perchaudes avec dentier d’humain, dans les environs de Lacolle ou St-Paul, S.V.P. contactez Robert Boudreau, Lacolle.
  • Motoneige Polaris Indy Trail 500, 1500 miles, poignées chauffantes, confort, puissance, économie, jamais sortie l’hiver, $3,500.00.
  • Prenez avis que M. Michel Laberge s’adressera au Ministère de la Justice afin d’obtenir un certificat permettant de changer son nom pour Nhwawhacha-Quenthwane-Nequenchatha.
  • Préparation de Curriculum Vitae, travaux scolaires, corrige les photes. 5 ans d’expérience.
  • Logement à louer, 3 1/2 pces, propre, planchers fournis, libre, possibilité meublé, bon prix.
  • Ensemble de golf comprenant 3 bois, 9 fers, 1 carrosse, 1 sac, 1 paire de souliers, 2 têtes de lit, bibliothèque 39".
  • À VENDRE - Piscine ronde 15 po. de diamètre par 3 po. de profondeur avec accessoires.
  • Vous voulez un grand terrain dans un secteur paisible avec sous-sol fini et combustion lente ?
  • Érablière. 1000 entailles sur tubulures avec tout l’équipement, puits artésien pouvant servir de chalet.
  • Achèterais maison à Saint-Calixte en face d’un lac de préférence non loin du cimetière. Paierais gros prix…
  • À vendre : 2 frigidaires usagés, très propres et en bon état de fonctionnement. Idéal pour chaleur.
  • Perdu: Beagle, partiellement aveugle, dur d’oreille, castré, répondant au nom de Chanceux.
  • Pit Bull à vendre : propriétaire décédé.
  • L’hôtel a des allées de bowling, des courts de tennis, des lits confortables et d’autres facilités athlétiques.
  • Nous construisons des corps qui durent une vie entière.
  • Bas de dentelle. Fabriqués pour aller avec une robe de soirée, mais tellement pratiques que bien des femmes ne portent rien d’autre.
  • À vendre : diamants $20.00; microscope $15.00.
  • Un restaurant superbe et peu coûteux. Fine cuisine, servie de façon experte par des serveuses en formes appétissantes.
  • Spécial du midi : dinde $2.35; poulet ou bœuf $2.25; enfants $2.00.
  • À vendre : un bureau antique parfait pour une femme avec des pattes solides et des grands tiroirs.
  • Voici votre chance de vous faire percer les oreilles et d’obtenir une paire supplémentaire pour ramener à la maison.
  • Demandé : filles célibataires pour cueillir des fruits frais et produire la nuit.
  • Nous ne déchirons pas vos vêtements avec de la machinerie. Nous le faisons avec soin à la main.
  • Fatigué de vous laver ? Laissez-moi le faire.
  • Spécial de vacances : faites exterminer votre maison.
  • Illettré ? Écrivez-nous maintenant pour de l’aide gratuite.
  • Jeune femme demandée pour assister un magicien dans une illusion de coupage de tête. Assurance et salaire.
  • Vente d’après Noël semi-annuelle.
  • Nous huilerons votre machine à coudre et ajusterons la tension dans votre maison pour $1.00.
  • Autos usagées : pourquoi aller ailleurs pour vous faire avoir ? Venez ici d’abord !
  • À vendre : une chaise haute rembourrée pouvant être transformée en table, petite chaise, cheval à bascule, réfrigérateur, manteau de printemps grandeur 8 avec collet de fourrure.
  • Grille-pain : un cadeau que tout le monde apprécie. Brûle le pain automatiquement.
  • Vente de Noël : cadeaux faits à la main pour la personne difficile à trouver.
  • Service de réparation d’auto. Cueillette et livraison gratuite. Essayez-nous une fois et vous n’irez plus jamais nulle part.
  • Nos bikinis sont excitants. Ils sont simplement le top.
  • Homme, honnête. Prendrait n'importe quoi.
  • Demandé : homme pour s’occuper de vache qui ne fume pas et ne boit pas.
  • Professeur de 3 ans demandé pour préscolaire. Expérience un atout.

jeudi 8 mai 2008

L’Alchimiste et les personnages

Alchimiste de la note, le solitaire Yves Desrosiers présente sa première mouture personnelle composée de Chansons indociles.

Claude André

Pour les gens qui ne le connaissent pas et l’aperçoivent déambuler les rues du Plateau sur son tricycle accompagné de son gamin de 11 ans qui s’éclate dans le charriot, ce mal rasé qui arbore converse noirs et chapeau melon peut ressembler à un hurluberlu sorti tout droit d’un film surréaliste.

Imaginez le en train de monter une sculpture de métal faite de bric et de broc ou de jouer d’un des instruments qu’il a inventé, et vous avez là un personnage qui n’aurait pas déplu à un Fellini.

D’ailleurs, comme tous les personnages, le surdoué autodidacte affectionne, lorsqu’il sort de sa solitude professionnelle, s’entourer de personnalités artistiques très fortes.

Il est en grande parti responsable du majestueux premier album, de Lhasa, La Llonora et à réalisé le Kanasuta de Richard Desjardins en plus d’avoir été de la Sale Affaire de Jean Leloup qui se pointera d’ailleurs, par hasard, au resto de notre entretien et avec lequel Desrosiers repartira tailler sa route.

La racontre

Parmi les personnages qui peuplent l’univers de l’artiste, on retrouve bien sûr le poète russe Vladimir Vissotsky auquel il a rendu un hommage marquant dans l’histoire de la chanson made in Kebec avec le sublime Volodia en 2002. Mais voilà, le musicos sollicité de part et d’autres pour son ascendant créatif ne possédait toujours pas d’album véritablement personnel.

Il aura fallu la rencontre avec le cinéaste, comédien et autre personnage Robin Aubert, un compulsif de l’écriture, lorsque ce dernier l’avait réquisitionné pour la création de la trame sonore du film St-Martyre-des-Damnés, pour que Desrosiers planche à un album perso. « Je cherchais du monde pour faire des textes. J’ai essayé avec plusieurs personnes mais ça ne colle pas tout le temps. Jusqu’à temps que je tombe sur Robin et ses textes qui n’étaient pas nécessairement des chansons au départ. Avant ça j’ai essayé d’en écrire et il y en trois sur cet album qui sont des textes que j’ai faits entre Volodia et aujourd’hui. Je me disais : peut-être que je vais finir par écrire un album au complet… On peut-être capable de le faire mais encore faut-il aimer cela (…). La première chanson qui est arrivée est « Maria ». Une commande que j’ai faite à Bïa. Je voulais parler un peu de la religion par le biais de questions à la Sainte-Vierge. Parce qu’on ne l’a jamais entendu parler, on ne connait pas son avis », lance Desrosiers avec un rire moqueur en tartinant ses croissants.

Puis, la suite des choses s’est faite naturellement lorsque Robert lui a fait parvenir des textes en lui demandant « s’il y avait quelque chose à faire avec ça ? ». Nous est avis que le cinéaste sera absolument ravi de la réponse lorsqu’il entendra le trio de Desrosiers donner une nouvelle vie à ses personnages de cahiers entre deux poèmes du déchirant Vissotsky.

Chansons indociles
Audiogram/Select

jeudi 1 mai 2008

Le fou du roi


En hommage au poète Gilbert Langevin, un poème que j'ai écrit en 1995 par une nuit moins blanche qu'à l'habitude tandis qu'il s'apprêtait à fracasser la fenêtre noire depuis l'hosto. Nostalgie.

Le corbeau de la nuit s'est tu
L'albatros a perdu ses ailes
Bientôt les volières de la rue
Nous semblerons un peu cruelles

Le fou du roi s'est exilé
La Saint-Denis se fait vieillarde
Quand les poètes ont la nausée
La bohème devient blafarde

Mais toi l'ange tu seras éternelle
La mort n'est toujours qu'un symbole
Même si nos nuits se font moins belles
Nous buvons encore tes paroles

Aussi immense que l'océan
Encore plus fou que l'univers
Tel un Prométhée du néant
Tu brandissais de chimères

Au banquet des oiseaux de passages
Tâche de nous garder une proie
Car si l'amour est un naufrage
Ta liberté est notre loi

Si un jour Lucifer nous réclame
Et nous invite à te suivre
Les vivants garderont ton âme
Dans tes poèmes et dans tes livres

Zachary Richard discographié

Zachary l'encyclopédiste qui s'esclaffe devant votre hôte il y a trois semaines au restaurant Leméac



Ennobli, notamment, de ses trois derniers grands crûs dont le plus récent Lumière dans le noir, ce maître de l’americana et ses chansons cinématographiques viendra faire danser les louas (lire esprits) au théâtre Outremont le 2 mai prochain en compagnie de 4 musiciens dont l’as guitariste Éric Sauviat. En attendant, c’est l’érudition de son propos sur la musique américaine et son histoire qui devait nous laisser pantois. Beaucoup d’autres infos se retrouvent sur zacharyrichard.com section Rapport mensuel.

Claude André

Le bouddhiste que tu es a –t-il une musique de prédilection pour méditer ?

On n’écoute pas de la musique en faisant de la méditation, d’abord. Mais, il y a plusieurs japonais qui jouent du sakaguchi, une flûte japonaise d’apparence simple mais très complexe. Je trouve ça très charmant et ça se marie bien avec la contemplation dans un esprit de zen.

Outre celle de Lennon «Give Peace a Chance», qu’elle est ta chanson pacifiste de prédilection ?

J’ai un grand fétiche pour les chansons de Bob Dylan des débuts… «Blowin’ In the Wind» est une élégante recherche d’engagement pacifiste.

Tu es à la fois Américain, Québécois et Français, quels seraient tes meilleurs disques de chacune de ces identités ?

Je suis mal pris parce que québécois, je connais un peu et français pas du tout. Il faut comprendre que ma tradition musicale et toute ma formation sont absolument américaines. J’ai été quand extrêmement influencé et bouleversé en arrivant au Québec parce qui se passait ici dans les années soixante-dix. Notamment, par Harmonium qui a eu une influence très directe sur mon troisième album Mardi Gras et le quatrième Migration. Il y a eu aussi Raôul Dugay et «La Bitt à Tibi», il y avait alors une effervescence dans la société québécoise. En France Je viens de découvrir «Amsterdam» du Belge Jacques Brel, c’est merveilleux... Quand je suis arrivé en France, j’ai été propulsé dans le mouvement du folk et ça n’a pas eu une très longue vie ce phénomène là.

Il y a eu Hugues Aufray qui a traduit et chanté Dylan en français…

Je ça trouve ça lamentable qu’une tradition musicale aussi importante que la française soit obligée d’aller traduire… J’ai toujours eu une espèce de mépris, je pense que c’est le mot, pour ça…

Il a quand même permit aux Français de connaître Dylan ce qui n’aurait peut-être pas été le cas autrement (sa conjointe et gérante, Française, intervient pour approuver).

Qu’est-ce qu’ils en ont à foutre de Dylan quand ils ont Jacques Brel…Il y a un côté américanophile dans la culture française que je trouve absurde car ils vont vers ce qu’il y a de plus clinquant et passent à côté de ce qui possède plus de substance. Ce qui me touche dans la culture américaine n’a jamais résonné en France (…) La France, avec toute sa richesse, devrait proposer une vraie alternative à la culture américaine.

Des exemples ?

De nos jours, Lyle Lovett, Nanci Griffith, Joe Eurydice sont des auteurs qui, bien qu’un peu marginaux aux États-Unis, représentent ce qu’il y a de mieux dans la tradition américaine.

Un fantasme musical ?

Jouer de l’harmonica avec Muddy Watters. C’est un vrai un fantasme parce qu’il est décédé mais bon, moi mes idoles sont tous de vieux bluesmans. C’est le blues qui m’a le plus marqué et si j’étais naufragé sur une île déserte il me faudrait «Hard Again», de Muddy Watters.


Dan Boucher et moi, heureux et médusés par la leçon d'histoire de la musique américaine dispensée par le maitre Zachary Richard.

samedi 26 avril 2008

Alexandre Désilets

Alexandre Désilets

Escalader l’ivresse

Maisonnette/Select

Finalistes partout, Désilets et cette voix perchée là-haut ont finalement remporté les grands honneurs à Granby en 2006. Avec l’excellent Jean Massicotte (Lhasa, Arthur H…) à la réalisation, aux claviers et à la programmation, Désilets propose une pop alternative qui plane entre électrop-pop, drum and bass et même un assemblage a cappella (Aléatoire) qui font fis des structures traditionnelles. Voix plaintive au propos plutôt sombre et impressionniste (dont à parfois du mal à saisir le sens et comme il n’y a pas de livret..), il s’est fait une légion d’amis chez les observateurs. Le public suivra-t-il toutefois cet artiste qui maitrise bien les codes de la pop d’avant-garde de son époque genre Radiohead ou Portishead ? *** ½. (CA

vendredi 25 avril 2008

Ariane Moffat


Ariane Moffat

Tous les sens

Audiogram/Select

D’emblée, la qualité sonore de la production frappe. Réalisé par l’Ariane et Jean-Phi Goncalves de Plaster, ce troisième chapitre fleure bon une joie de vivre qui chaloupe entre des ambiances cabaret sixties et super club troisième millénaire. Avec le doué Alex McMahon (l’autre Plaster) aux arrangements, la pétillante musicienne accomplie nous a mitonné des tubes en puissances telles «Réverbère» que ne renierait pas Catherine Ringer et des trucs plus intimistes touchants comme «Briser un cœur»où elle ne se donne pas le beau rôle. Moments plus faible en ouverture et mélodie convenus pour le bel exercice d’une chanson tirée des nouvelles du journal. Voilà qui la confirme néanmoins bien installée dans le gotha pop d’ici et de la francophonie. *** ½ (CA)

À télécharger :

Réverbère

Je veux tout

mardi 22 avril 2008

Rock, papier, roseaux


Pour la seconde année, Daniel Boucher mets les bouchées doubles pour l’environnement et se fait porte parole de la campagne «Allo la terre» qui s’inscrit dans le cadre du «Jour de la terre».

Claude André

«L’autre fois, je venais de faire l’épicerie. L’emballeur, qui faisait sa job d’étudiant, voulant bien faire sortait un sac en plastique après l’autre et les remplissaient. Alors, je me suis tourné vers la caissière et lui ai demandé :

-tu sais combien de temps ça prend pour que se décompose un seul de ces sacs ?

-euh, un an ?

-Non

-15 ans ?

-Non

-20 ans ?

Non, ça prends de 100 à 1000 ans !, s’exclame Daniel Boucher en se remémorant la scène. Surtout associé à la cause souverainiste, l’artiste tente désormais de «penser globalement et d’agir localement» en matière d’environnement en s’associant à la campagne «Jour de la Terre». Une initiative verte à laquelle l’adhésion de Vidéotron en 2007 a fait en sorte que 100 000 abonnés du câble ont choisi de troquer la traditionnelle facture en papier (une dizaine de tonnes sauvée!) pour celle en ligne et, c’était la part du «deal» proposé par Vidéotron, de contribuer à la plantation de 100 000 nouveaux arbres au Québec via des «corridors verts».

Cette année, en plus d’inviter ceux qui ne l’ont pas encore fait d’opter pour sa facture en ligne, Vidéotron lance une grande campagne de récupération des téléphones sans fil afin de recycler les différentes composantes des appareils défectueux ou plus à la mode, de recycler les métaux précieux qu’ils contiennent et d’éliminer de façon sécuritaire les matières dangereuses qui s’y trouvent. Rappelons qu’un cellulaire peut contenir jusqu’à 1 000 composantes ― dont des métaux précieux comme l’or, l’argent et le platine ― qui peuvent être récupérées. Il contient également des substances toxiques ― arsenic, mercure, cadmium, plomb ― qui présentent des risques élevés pour la santé humaine et l’environnement si elles ne sont pas convenablement gérées.

«On demande aux gens de les rapporter leur vieux sans-fil ainsi que les accessoires qui les accompagnent dans les clubs vidéos Vidéotron et autres point de ventes de l’entreprise et de les déposer dans les boites prévues à cet effet. Il ne faut surtout pas les jeter, c’est dégueulasse ces trucs là. Plein de polluants. L’organisme «Le jour de la terre» procédera ensuite à un recyclage et les ventes serviront à planter des arbres», raconte Boucher en avalant sa salade…verte.

Planter des arbres ? Ces fameux «corridors verts» relèvent en fait d’une vaste et importante stratégie de reboisement au Québec qui s’attaquera à l’une des premières causes de régression de la biodiversité : l’extrême fragmentation écologique des paysages et des écosystèmes. Les détails et autres aspects techniques ne seront communiqués qu’en mai à l’occasion d’une importante conférence de presse qui réunira tout les acteurs impliqués dont les maires des municipalités touchées par le projet et, bien sûr, Daniel Boucher.

Boucher débouche

Pour avoir connu le Boucher dans des circonstances beaucoup plus rock and roll, disons que l’image peut faire sourire. Mais «le monde et les temps changent», chantait Dylan.

Puisqu’il conduit 4x4, vu qu’il passe le plus clair de son temps en Gaspésie et qu’il s’agit du moyen le plus sur de ne pas s’embourber dans la neige (il l’utilise le moins possible à la ville) Boucher incarne en quelque sorte le consommateur ordinaire. Lui qui, pauvre comme Job avant le succès de son premier album 10 000 matins, n’avait même pas de quoi s’offrir une épicerie décente, aurait-il cru s’associer un jour à une grande entreprise comme Vidéotron ? Aurait-il crû qu’il nous fût un jour possible de vivre cette entrevue à caractère environnemental au temps des nuits écartelées ? «C’est flyé hein… Moi, j’ai un comportement normal. Je vis sur la même planète que tout le monde et je respire le même air que tout le monde. Probablement qu’ils m’ont choisi parce qu’ils pensaient que ça aiderait à faire en sorte que le message se rende dans les maisons. J’ai accepté parce que je pense que la cause est bonne. Je n’ai rien contre la compagnie en tant que telle, mais ce n’est pas mon genre de m’associer à une entreprise pour m’associer à une entreprise. C’est sûr que je me suis posé des questions. Tu sais la pureté de l’artiste… En tout les cas, viens un moment où il faut passer par-dessus ça. La cause est là et il y a plus d’avantages que de désavantages, alors…», analyse Boucher sans fausse pudeur. Et ça fait un moment qu’il se sent interpelé par l’écologie ? «C’est sûr que je ne me suis pas réveillé un matin en me disant : ça y est, je suis écolo. Ça s’est fait graduellement. (Il imite une vieille pub de Maurice Richard pour du colorant à cheveux: Ce fût graduel. Personne ne s’en ai aperçu. Encore aujourd’hui, je garde juste un peu de gris. Les femmes aiment bien ça)». Puis on s’esclaffe comme des gamins. Avant de, évidemment, causer hockey et même d’envisager une petite trempette à Boston histoire d’assister à un match.

C’est qu’il est heureux l’artiste par les temps qui courent. En plus de cette verte campagne (sans jeu de mots) qui le stimule sincèrement, il ne porte plus cette angoisse de la page blanche qui le rongeait à notre dernière rencontre. «J’ai maintenant quelques nouvelles tounes que j’aime vraiment beaucoup. Ça commence à débloquer. Quand ça ne sort pas, tu te poses de sérieuses questions», raconte le bummer funambule qui prévoit se produire en solo dans quelques festivals au cours de l’été et aimerait bien rencontrer le chanteur de l’excellente formation hip-hop Gatineau. En effet, le dernier album de la bande, en plus de la découverte du chanteur Devandra Bannhart et son album Cripple Crow, sont en grande partie responsable du retour de Madame l’inspiration chez Monsieur le Boucher. Souhaitons-lui qu’elle lui permettra de mettre là aussi les bouchées doubles. Comme pour l’environnement.

www.jourdelaterre.org

dimanche 20 avril 2008

Coups de coeur

Dans le cadre de la dernière de la saison de l'émission Ici et là, en rediffusion ce soir à Vox à 17h00 et disponible sur canoe.ca, le réalisateur Sylvain Bouchard m'a demandé, voilà deux semaines, de lui dresser la liste de mes coups de coeur de la dernière saison. Les voici.


• Le film de la saison : Le fils de l’épicier (mais je n’avais pas encore vu le formidouble Ben X que je ne saurais trop vous recommander)
• la pièce de théâtre de la saison; Oreille, tigre et bruit
• l'émission télé de la saison; Les Lavigueur
• le comédien de la saison; Pierre Verville
• la comédienne de la saison; Isabelle Blais

- politicien: : Yolande James
- musicien : Carl Bélanger


• l'album québécois de la saison; Nocturno de Bïa, ex aequo Le Volume du vent de Karkwa
• l'album international de la saison; Bleu pétrole Alain Bashung
• Le concert de la saison : Starmania haïtien
• le livre de la saison; Léon, coco et Mulligan, Christian Mistral
• la révélation artistique de la saison; Rachid Badouri




• le bon coup de la saison; L’affiche de Blasté qui a permis à sa metteure en scène déchirer sa chemise à l’hôtel de la libre expression
• la gaffe de la saison; La série René Lévesque
• la personnalité-zéro de la saison ; Tricot Machin et Richard Martineau

• le héros de la saison; Le club de hockey les canadiens de Montréal ainsi que les boxeurs Joachim Alcine et Lucian Bute

-auteur : Dany Lafferrière pour l’ensemble de son œuvre

vendredi 18 avril 2008

De la peur


Pierre au Café Pico ce matin.





Deux Hells Angels. Nuit d'encre. Pleine lune. Brume épaisse. Ils s'apprêtent à pénétrer une vaste forêt des Laurentides. Le plus petit lance à l'autre:




-J'ai vraiment honte de te le dire mais je l'avoue, j'ai peur !




Et l'autre de rétorquer illico:




-Eh moi donc. Imagine, en plus je devrai revenir seul...

Raphaël: Je sais que la terre est plate


Je sais que la terre est plate

Raphaël

EMI/Fusion 3

Quand nous avons découvert Raphaël en 2005 (même s’il avait déjà 3 disques) plusieurs amateurs de chansons françaises d’ici ont été stupéfaits : le jeune prince au cœur fêlé et à la nostalgie pure incarnait fabuleusement ce fameux «bonheur d’être triste» propre aux mélancoliques. On retrouve tout cela encore cette fois en plus, bien sûr, de cette variété top qualité aux mélodies qui tuent. Coréalisé par Renaud Letang (Birkin, Manu Chao, Feist…) et Tony Visconti (Bowie) cet opus ne devrait pas déplaire aux 1 500 000 personnes qui ont acheté Caravane mais il les marquera moins notamment parce que l’idée d’une vie bohémienne y est moins présente. Cela dit, Je sais que… demeure un disque qui possède son souffle. Chose rare. *** ½ (CA).

Jean-Louis Murat


Tristan


Universal

Avec Murat, c’est à tout prendre. Feu pour feu. Soit on aime ou on déteste ce côté dandy sombre, cette pop souvent vaporeuse, cette voix vibrante et cette langue rare et précieuse qui sculpte tel l’artisan qu’il est. S’inspirant de la légende de Tristan et Iseut, l’Auvergnat qui poursuit une quête à la fois mystique et charnelle, tel Leonard Cohen, a mis la main sur tous les instruments électriques et acoustiques pour ennoblir seul cet album emmitouflant où «l’amour est toujours en fuite». Malgré le thème médiéval, ces dix chansons, où le bonheur et la douleur sont intimement liés, demeurent intemporelles. Ne vous fiez pas surtout à vos premières impressions….Reste maintenant à l’inviter chez nous. **** (CA)

jeudi 17 avril 2008

Vieille âme : Raphaël


«Je sais que la terre est plate», chante Raphaël. Comme on le croyait en ce temps-là. Au temps où l’on brûlait les vieilles âmes et autres hérétiques…

Claude André

Avec la publication de l’album Caravane en 2005, la tribu des vieilles âmes s’était trouvé un autre Prométhée beau comme la nuit et triste comme les amours mortes. Raphaël et ses chansons d’errances les avait littéralement subjugués. D’ailleurs, ils n’étaient pas les seuls. D’autres chantres de la mélancolitude tels Miossec reconnu pour son penchant pour la quintessence éthylique, Cali l’exalté et Daniel Darc, cet ancien adepte de la haute couture (lire junkie) se sont tous laissé séduire par le beau Raphaël comme on peut le constater en visionnant leurs duos sur le web.

En plus de plaire à un très vaste auditoire donc (1.5 millions d’exemplaires de Caravane ont trouvé preneurs), le jeune homme est top crédible auprès de ses pairs comme a pu l’être Dassin à une autre époque. Les vieilles âmes, celles qui ont eu un jour envie de fracasser la fenêtre noire, se reconnaissent assurément. De la même façon que le font les Aliens. «Ah oui, j’ai une âme centenaire, ça c’est sûr. Je suis d’accord. Je traîne une impression de nostalgie de quelque chose que j’aurais détruit», acquiesce l’artiste peu loquace en entrevue. Serait-ce la «maladie de ma (sa) jeunesse», comme il l’évoque dans la chanson «Le petit train», qui lui fait appréhender les choses avec un certain recul? «Pas vraiment. Il s’agit plutôt de ce truc qui vous brûle et vous dévore comme une maladie, quoi. C’est souffrant cette jeunesse qui s’en va, c’est ça en fait que ça voulait dire», analyse Raphaël qui venait de l’école de Lou Reed et Alain Bashung avant de découvrir et de travailler avec Gérard Manset. Papa de sa manager et amie et artiste mythique quasi invisible avec lequel a d’ailleurs créé la pièce «Concordia» pour cet album.

Haïti chérie

Si Je sais que la terre est plate semble moins bohémien que le précédent, le mouvement et l’exil demeure présents comme avec la très belle «Quand c’est toi qui conduis» et «Adieu Haïti» où l’on retrouve un duo avec le célèbre reggaeman Frederick «Toots» Hibbert. «J’ai une fascination pour Haïti depuis que je suis tout petit. C’est venu de films, de livres… Ce pays représente un peu le cœur traumatisé de l’Amérique où quelque chose comme ça. À Montréal il y a énormément d’Haïtiens, cela a un peu contribué à cette chanson. Je me souvenais également de cette pièce d’Arcade Fire qui parlait d’Haïti…», explique ce lecteur de Dany Laferrière qui devrait revenir nous rendre visite en avril 2009 après une longue tournée européenne. Nous aurons alors le bonheur d’entendre ces autres chansons engendrées avec Boris Bergman et, notamment, Stephan Eicher.

Comme d’autres dégustent des vins, on écoutera souvent cette œuvre qui comporte sa cohorte de pointures dont le percussionniste Mino Cinelu (Lou Reed, Miles Davis…), le pianiste Robert Aaron (Wyclef Jean) et le guitariste Carlos Alomar (Bowie). Il est parfois si bon de se laisser macérer l’âme.

dimanche 13 avril 2008

Camille : discographiée


En attendant sont retour à Montréal «prévu mais je n’ai pas le droit de le dire», la chanteuse exploratrice Camille nous propose son nouveau projet majoritairement anglophone. Trois ans après l’envoutant et étonnant Le Fil, son dernier album studio, voici donc Music Hole une œuvre «Gospel with no Lord» à la fois pétaradante, festive, extrovertie et céleste où l’on retrouve Sly de Saïan Supa Crew ainsi que les Barbatuques, un groupe de percussions corporelles.

Claude André

Premier disque acheté ?

Je crois que c’était un disque de Withney Houston (elle se met à chanter I Wanna Dance With Somebody «Who Loves Me» au bout du fil).

Le disque qui te fait tripper en ce moment ?

Le mien ! (rires). Je m’affaire à le mettre sur scène et je trippe dessus avec ma formation. Nous sommes en train bien rentrer dedans histoire de créer un son de groupe. À part ça, j’ai eu un coup de foudre récemment sur un single de Sébastien Tellier qu’il a fait avec les Daft Punk. Kilometer, c’est un single.

Le meilleur disque anglo toutes époques confondues pour toi ?

Oh la la la la…Il y en a tellement. En top, j’adore Breakfast in America de Supertramp. En folk, j’aime aussi beaucoup Joni Mitchell sinon Michael Jackson et son Thriller.

Le meilleur album franco cette fois ?

Québécois ? J’en connais pas mal. J’aime bien Yann Perreau, j’aime beaucoup Ariane Moffat, Charlebois et l’autre avec les fourmis là ? Ah oui, Jean Leloup. Moi, je ne cesse de promouvoir la musique québécoise en France. Je pense qu’il y a un potentiel énorme en France qui est complètement sous-estimé. Je dis souvent aux producteurs de spectacles : «Allez, allez, écouter la musique québécoise. Parce qu’il se passe énormément de choses». Le dernier, là, Pierre Lapointe, il est super. Mon disque français préféré, par ailleurs, est L’Histoire de Melody Nelson de Gainsbourg. Ça me touche énormément.

Le plus récent disque français que tu as acheté ?

Je ne les achète pas, on me les offre. J’appelle la maison de disque et je dis : «Envoyez-le moi» (rires). Le dernier que je me suis fait offrir, mais j’aurais pu l’acheter, est celui de Jeanne Cherhall. Le dernier Bashung ? Ah oui, ça ne m’étonne pas qu’il soit excellent. J’adore ce qu’il fait.

Un disque pour aller sur la planète Mars ?

Steve Reich. Je ne sais pas lequel tant il y en a.

Tes idoles dans ce métier ?

Je n’en ai pas car qui dit idole dit idolâtrie. Cependant, je n’ai pas de modèles non plus. Pour être créatif, il faut surtout s’écouter avant tout, je crois. J’apprécie cependant plusieurs artistes pour ce qu’ils font mais ce ne sont pas des modèles. Parmi les artistes merveilleux vivants il y A : Steve Reich, Björk ET Jean-Louis Murat, notamment, qui possède une très belle manière de travailler, tel un artisan.

Tu as des fantasmes musicaux genre livrer un spectacle dans une soucoupe volante ?

(Elle s’emporte) Oui, tout à fait, c’est une excellente idée ça un spectacle dans une soucoupe volante la tête à l’envers. J’aimerais ça chanter un peu n’importe où dans des endroits insolites et pas seulement dans des salles de concerts. (Avis à Laurent Saulnier des Francos !)

Et tu l’as déjà fait? Ton plus beau souvenir de spectacle dans un endroit iconoclaste ?

Une fois, après un spectacle, on est sorti et ça s’est terminé sur le Pont des Arts à Paris. C’était sympa (voix émue).

Il y avait un attroupement ?

Ben le public a suivi hein !

samedi 12 avril 2008

Ici et là en ligne !

Évelyne Côté, votre hôte, Nelly Arcan et Pierre Thibeault


Dernier enregistrement de la saison hier à Ici et là. Pour l'occase, nous avons fait état de nos coups de coeur/gueule culturels des derniers mois.

Ensuite, après le traditionnel coquetel dans un bar-resto du Village gay, j'ai appris de la part de l'ami Max Catellier que les émissions de la saison 2007-08 (sauf celle d'hier qui sera en ondes jeudi prochain), sont désormais en ligne sur le site de Canoe.ca dans la section TV sous section culture.

Voilà une heureuse initiative qui, je l'espère, saura satisfaire mes potes orphelins du câble qui se désolaient de ne pourvoir l'écouter et, quelques amis français, belges et africains que la chose intrigue.

ps: Je constatais récemment que la fonction «commentaires» de ce petit blogue était out of order comme on dit à Paris. L'est maintenant revenue. Ils sont bienvenus : à vos touches de clavier!

Le pugiliste romantique


Fort en gueule à la ville, Jean-Louis Murat nous plonge néanmoins dans la noblesse de l’amour courtois médiéval en s’inspirant de Tristan et Iseut pour son nouveau chapitre.

Claude André


C’est en bossant sur des poèmes de Baudelaire mis en musique par Ferré pour l’album et le dvd Charles & Léo (pas encore distribués ici), après que Mathieu Ferré lui eut confié des bandes de son illustre paternel, que Jean-Louis Murat s’est senti interpellé par la légende de Tristan et Iseut pour son nouveau disque Tristan.

Une œuvre qui prouve à nouveau l’importance de l’artiste au sein du gotha français. En plus des musiques feutrées et des paroles posées sur sa voix vibrante, Murat est revenu à la maison et a joué de tous les instruments refusant d’attendre que le major qui venait de racheter le label V2 lui donne à nouveau le feu vert pour poursuivre le projet d’enregistrer en Irlande. Contrée où se déroule une partie de la célèbre légende. Mais pourquoi l’appel de cette époque, métaphore d’une rupture qu’il aurait vécu ? «C’est peut-être l’appellation sous le thème générique de Tristan qui solidifie un peu le propos. Mais je pense que je tourne toujours autour de la même thématique ; une quête amoureuse et érotique d’une sorte d’inconnu obsédant qui confine parfois au mysticisme», confie celui qui nous apprendra qu’enfant il se prenait déjà pour Tristan vu que la tristesse est l’élément essentiel de sa nature.

La nature de l’homme


Triste , peut-être mais pas désespéré, nuancera l’artiste au cours de cet entretien pas banal. C’est que Murat aime bien le pugilat. Une recherche sur You Tube permet de constater à quel point certains dont Laurent Voulzy ont gouté à sa médecine. Si le Léo Ferré déclara un jour : «i am un immense provocateur», Murat, son fils spirituel selon Mathieu Ferré et cela même s’il porte à droite !, ne dédaigne pas la rixe. «Vous vous avez la chance de pouvoir jeter un œil un neuf sur la société française qui est un monde constipé. Avec ses artistes et ses hypocrisies. Ce n’est pas très compliqué de gueuler pour dénoncer l’hypocrisie. Je ne vois pas pourquoi certains pourraient le faire alors, qu’apparemment, ça leur convient parfaitement. Et personne ne dit, rien, je suis un peu seul là dedans. La confrontation ? Oui, j’aime bien qu’il y ait un peu de virilité dans les rapports. Moi, je suis d’un milieu populaire où on réagit rapidement», souligne l’artiste qui a débuté sa carrière dans la controverse avec sa chanson «Suicidez-vous le peuple est morts» avant de poursuivre avec une diatribe à l’endroit du chanteur Renaud. Propos dont nous pouvons reproduire ici la teneur pour des raisons légales. «Je dis aux Français : il n’y a rien de mieux pour la santé que de dire la vérité ! C’est ce que j’enseigne à mes enfants et j’essaie de l’appliquer à moi-même», assure–t-il en précisant qu’il souhaite vivement une invitation à venir se produire au Québec. Sans doute aussi pour y retrouver ses femmes et leur «port altier» comme il le confiait au journaliste il y a quelques années.

Jean-Louis Murat
Tristan
Universal

mercredi 9 avril 2008

Alain Bashung : Bleu pétrole


Alain Bashung
Bleu pétrole
Universal
Déjà cette voix qui jette un maximum respect et nous transporte dans un long métrage. Puis, ce retour à une pop à la fois accrocheuse et sophistiquée dont ont se réjouit des influences «enniomorriconnienne» du surdoué guitariste Marc Ribot. Et ces six offrandes de Gaëtan Roussel (Louise Attaque) qui, différents de la grandiloquence distingué de Fauque ou Bergman, font preuve de exquise originalité sensible. Et le grand maître invisible Gérard Manset qui propose un sublime «Comme un lego» (9 min. !) puis son classique «Il voyage en solitaire», bref cette réalisation de Mark Plati, alchimiste de Bowie, est propice à embraser les bleus couleur pétrole du… cœur. Magnificos. **** (CA)

dimanche 6 avril 2008

Charles le boâ : Épik Épok


Épik épok


Propulsé depuis l’Étoile de Brossard, Robert Charlebois nous fera franchir le mur du son histoire de passer Avril sur mars.

Claude André



Frais, dispos et pas de bedaine, l’artiste qui est allé voir aux Indes s’il y était en janvier dernier avant son habituel hiver guadeloupéen semble des plus enthousiaste à l’idée de présenter ce nouveau spectacle où il sera entouré de quinze musiciens, Le Mur du Son Orchestra, à L’Étoile de Brossard. Pardon ? Oui, oui là.
Il s’agit d’une toute nouvelle salle de spectacle acquise récemment par La Tribu. La boite en grande partie responsable du concept de Tout écartillé, le précédent lifting artistique de Charlie Wood comme le nomme son ami David McNeil dans son roman Tangage et Roulis.

Le voilà donc qui revient, au printemps encore, avec une affiche de l’époque des seventies psychédéliques nous proposer un «Avril sur mars», comme le titre de sa chanson préférée de lui parue sur l’album Solidaritude en 1973.

Et si on lui avait dit à l’époque qu’il se produirait 35 ans plus tard dans la «chic» banlieue de Brossard, Garou 1er nous aurait-il rétorqué : «T’en fumes du bon man ?» «Oui, je t’aurais cru parce que c’est à cet endroit que la chanson «Lindbergh» a été créée», s’esclaffe Charlebois avant de redevenir plus sérieux. «Tu m’aurais dit Longueil, peut-être, mais Brossard, non. Mais ça a beaucoup changé. Ce n’est pas mon bag, moi, de découvrir de nouvelles scènes, mais celle-là, c’est vraiment quelque chose, oh boy ! Je ne dirai pas que sommes en Roll Roy, parce que ça coûte très très cher, mais nous sommes en Austin Martin, tu sais, la voiture de James Bond», s’emporte le gars ben ordinaire.

Place au spectacle

Bien qu’il se conserve le droit de modifier le contenu de son spectacle, Charlebois n’interprétera pas les deux habituelles de Plamondon («Les talons hauts» et «J’taime comme un fou») (yé) mais pas non plus la superbe «Fais-toé z’en pas» (snif) écrite par Réjean Ducharme. Il nous en ressortira plutôt une «aussi bonne» de l’auteur invisible avec lequel il a créé plusieurs tubes durant l’épik épok des seventies au cours de ces 5 soirées souper-spectacle éclairage tamisé. «Ça ne sera donc pas le spectacle psychédélique que laisse entrevoir l’affiche ?», s’inquiète le journaliste. «Le Mur du Son, Avril sur Mars, donc c’est sidéral. On va rouler sur les planètes c’est sûr là, mais ce n’est pas radicalement différent du dernier que les gens ont tellement aimé. Il y aura 4 ou 5 nouvelles tounes mais le noyau restera sensiblement le même sauf celles que t’aimes pas.»

Outre l’aspect marketing qui lui est bien sûr profitable avec cette pléthore de boomers qui carburent à la nostalgie et leurs enfants qui découvrent comment trippaient leurs vieux, Charlebois le businessman se plonge –t-il si aisément dans les seventies pas nostalgie ? Est-ce qu’il souhaite revivre des émotions qu’il n’aurait pas vu passer, trop occupé à «buzzer» ? «Non, c’est parce que je n’ai jamais savouré le plaisir d’être un chanteur. Mon gros fun dans la vie c’est de composer de la musique davantage que d’écrire des paroles. Aussi, je dois dire que jusqu’à récemment, il y a six ou sept ans, je n’avais jamais eu de fun à chanter. Avant que je ne découvre cette mystérieuse colonne d’air qui me permet d’interpréter à peu près n’importe quoi dans n’importe quelle clé», assure celui qui a de nouveau décidé de quitter l’alcool après Noël avant d’expliquer avec détails qu’il a redécouvert, il y a quelques semaines, le plaisir de jouer «Fu man chu» en la chantant comme elle a été crée avec un ton plus haut. «C’est la toune qui m’excite en ce moment». Ajouter à cela un batteur chinois, une autre batterie, une basse, des cuivres, des cordes, des percus, des claviers rétro-futuristes, des choristes blacks et pleins de guitares… ça promet d’être excitant sur Mars.


Charlebois et Le Mur du Son Orchestra
8 au 12 avril 2008
L’étoile, Brossard
450-676-1030
514-790-1245