vendredi 11 juillet 2008

Victoria Abril discographiée


Discomanie : Victoria Abril
Après Putcheros do Brasil où elle proposait des standards de la musique brésilienne en 20005, l’exubérante actrice fétiche de Pedro Almodovar nous propose cette fois son tout récent Olala !. Un chapitre qui devrait encore une fois cartonner, notamment en Hexagonie, puisqu’elle y reprend des classiques de la chanson française revisités façon andalouse avec 4 grandes familles de musiciens issus du flamenco. «C’est un bébé né de mes deux cultures parfaitement équilibrée à travers 25 ans de vie en France et 25 ans en Espagne». 

Claude André

Vous reprenez des classiques de Gainsbourg, Piaf et, notamment Ferré. Quel est l’album qui vous a fait tomber en amour avec la chanson française ?
Ce n’est pas un album… C’est une vie, ma jeunesse…C’est mon arrivée en France et toute la discothèque de mon amoureux lorsque je m’y suis installée il y a 25 ans.

Il y sans doute des disques qui vous ont marqué à cette époque ?
Les chansons que vous voyez sur l’album, ce n’est pas par hasard qu’elles sont là hein. Ce n’est pas un autre qui a choisi à ma place. Alors Léo Ferré et son «Elsa» ça m’a tuée. Je l’ai écouté en boucle. Pour «C’est mon gigolo», je m’étais dit : «qu’est-ce que c’est cette merveille ?». Quant la «Vie en rose de Piaf», je l’ai choisie parce que c’est elle qui l’a écrite et qu’elle me donnait la chair de poule. Bourvil lui («Le p’tit bal perdue»), et bien si mon arrivée en France pouvait avoir une gueule, ça serait la sienne : un acteur qui chante…En ce qui à trait à «La Javanaise» de Gainsbourg, elle est tellement forte que je l’avais traduite en espagnole. Et bien même là ça marche ! Puis Barbara, j’aurais pu toutes les mettre mais j’ai choisi «Mes hommes», qui parle des musiciens. Une race à part… Nougaro ? C’est mon talisman. Le jour où je l’ai vu à la télé en France, je me suis dit : «putain, voilà un taurau !» Il m’a plu tout de suite.

Et l’ultra coquine Colette Renard dans Les nuits d’une demoiselle…Vous vous y reconnaissiez ?
Elle m’a tuée celle-là. Je ne pouvais pas le croire : 24 phrases avec 24 verbes différents pour parler d’une autre chose. Vous voyez ce que je veux dire…(rires) .C’est à travers toutes ces chanson que j’ai appris à lire et à écrire le français que je papotais un petit peu. En fait, il s’agit de la bande-son de mon arrivée en France.

Fille de feu vous êtes. Selon vous, les chanteurs-chanteuses les plus enflammés ?
Il y a une fille avec qui j’ai eu la chance de travailler sur mon premier album : Concha Buika. Une interprète et un musicienne ooooaaaaaaaaaaaa….. Je suis allé la voir pour faire un duo vocal à trois voix : la basse, la moyenne et la haute sur la pièce Aguas de março. Elle m’a époustouflée. Je suis allé la voir trois fois en spectacle avant de me mettre à genoux pour lui demander de jouer et de chanter avec moi.

Et votre chanteur préféré, Ferré ?
Non, ne me fais pas choisir parce que choisir c’est renoncer. Et franchement, je n’ai pas envie. Quand tu choisis un, tu renonces à tous les autres. C’est chiant ça. De la viande ou du poisson…

Alors vous êtes polygame ?
Non. Mais je crois à la diversité et à la richesse. Que ce soit pictural, floral, animal. On est tous uniques…

Le meilleur disque pour faire l’amour ?
Aucun. C’est la respiration. Tout près de l’oreille.

Pour les préliminaires ?
Eh bien tu mets Olala !

jeudi 10 juillet 2008

Carnet de Kebek

Point de presse de la formation I am avant le spectacle du 3 juillet dernier à Québec

Escapade au Festival d’été de Québec et aux commémorations du 400ième anniversaire de la ville de Champlain.

Claude André



Une petite trempette de quelques jours dans une ville de Québec «no vacancy», dont deux sous la flotte, aura permis à l'hôte de ce blogue de rire un bon coup tout en levant le bras au spectacle du vieux beau David Lee Roth et son guitariste Eddie Van Halen. Les deux icônes eighties, qui ne se parlent jamais et ne descendent pas au même hôtel, n’auront prononcé que dalle dans la langue de Voltaire. Même en ce jour d’ouverture du Festival d’été qui coïncidait avec la commémoration de la ville de Québec par Champlain voilà 400 ans…

Séjour qui devait, pour notre part, se terminer avec la sublissime Feist qui nous aura suggéré de nous souvenir de Wolfe et Moncalm. «C’est un big deal pour moi de parler french mais je vais essayer pour vous». Entre les deux, une pléthore d’événements variés qui vont de I Am, dont les membres se désolent de l’anglicisation de Montréal depuis 10 ans, à cette soirée rave plus ou moins clandestine au Complexe G où des festivaliers en goguette déliraient devant cette vue imprenable sur Kebek.

Sans compter ce point de chute sur le bord du fleuve où une foule charnelle, et peut-être plus explosive que les feux d’artifices pourtant annoncer comme les plus gros de l’histoire du Canada, dansait grâce aux bon auspices de la radio universitaire Chyz. Tandis qu’un peu plus loin, les flics malpolis arborant le pantalon de camouflage, perdaient le contrôle de la rue.

Une journée dans les rues de la Vieille Capitale...

Pour vivre un Festival alternatif et se tenir au parfum des activités non-annoncées, il fallait s’accrocher les pieds à l’endroit de tous les possibles, le bar les Sacrilèges rue St-Jean où plusieurs jams improvisés par des musiciens du Festival auront ravi la tribu des âmes exaltées. Le Ninkasi, du nom de la déesse de l’orge fermentée, figure également sur le circuit underground.
Repas «mémorable» au Capitol. Veinards, nous avions pour voisins Luc Plamondon et Josélito Michaud arborant son superbe tan orange...

Si on se souviendra que Québec, bourgade peuplée de fonctionnaires pécunieux, aime toujours autant picoler, «rouge ou blanc ?» vous demande –t-on d’emblée dans les restos, la Ville s’est faire faire un lifting des plus réussis dont le charme ne pouvait laisser indifférent ce couple qui rompait Place d’Youville au son de Bratsh et son rom klezmer. Musique dont on ne sait jamais si elle est triste ou joyeuse. Ce qui n’est pas le cas de Québec la festive en ce moment…

Le Festival d’été se poursuit jusqu’au 13 juillet et la l’achalandage y est devenu plus raisonnable alors que les fête du 400 ième, elles, continueront toute l’année avec des moments culminants dont le concert de Paul McCartney le 20 juillet sur les Plaines, et en parallèle, le retour de Jean Leloup qui videra nous goussets pour son spectacle-événement du 29 août.



Vue du fleuve depuis le Domaine Forget

Vous passez par Québec ? Un crochet d’une heure et demi jusqu’au Festival international du Domaine Forget s’impose. En plus des différents concerts de jazz, chansons, musique de chambre ou classique dans la magnifique région de Charlevoix vous découvrirez également cette académie célébrée dans le monde de la musique et de la danse qui dispense sont savoir à des ados venus de l’ensemble du Canada et des États-Unis. C’est d’ailleurs là que sont nés les Lost Fingers et que le guitariste de Simple Plan Jeff Stinco à fait ses masters class. Les brunchs champêtres du dimanche avec leurs produits du terroir sous le ciel immense et le fleuve bleu diamant au son des divers orchestres valent le détour.

www.domaineforget.com

vendredi 20 juin 2008

The Lost Fingers


Doigts d’honneur

Méchant engouement en perspective autour de ces enfants illégitimes de Django Reinhardt qui revisitent la pop eighties

Claude André

Fortement imprégné du mythique Django Reihnardt, c’est en songeant aux deux doigts qu’avait perdu le roi des musiciens manouches suite aux conséquences de l’incendie de sa roulotte en 1928, alors qu’il était âgé de 20 ans, que le guitariste Byron Mikaloff a inventé le nom The Lost Fingers.

Épithète qui devrait, telle une trainée de poudre des années 80, se retrouver rapidement sur de nombreuses lèvres d’amateurs de zique de tout acabit.

Avec un encodé ultra sympathique et vivifiant paru récemment, Lost in the 80s, et une série de spectacles fort attendue dans le cadre du Festival de jazz, le trio de Québec, composé également de Christian Roberge au chant et à la guitare et d’Alexandre Morrisette à la contrebasse et aux chœurs, a le vent en poupe.

Il faut dire que les orchestrations finement confectionnées de tubes tels «Pump Up The Jam» (Technotronic), «You Give Love a Bad Name» (Bon Jovi), «Billie Jean»(Michael Jakson), «Touch Me (Samantha Fox)» et, entre autres…«Incognito» de Céliiiiiiiine, ont tout pour vous fixer un sourire des plus béat. Que vous soyez amateur de musique raffinée ou consommateur de hits effrénés.

C’est d’ailleurs avec le sourire de celui qui vient de fumer une cigarette de clown (lire joint), que le journaliste qui avait encore en tête leurs arpèges gypsys, a vu apparaître les trois virtuoses vêtus de leurs habits de scène dans la salle à manger du Café Cherrier : escarpins blancs et chemises roses sous un complet gris orné d’une cravate étroite couleur argent

Mauvais plaisantins?

À table, Alexandre, 23 ans et cadet des ses collègues jeunes trentenaires, interroge d’un ton anxieux ? «Quelles chansons as-tu aimé sur l’album ?» après que je lui eus fait part de mon enthousiasme. «Disons plutôt laquelle j’aime le moins, ça sera plus simple», répondis-je, en évoquant «Incognito», du tandem Plamondon-Rousssel.

Christian, le docteur en biologie et voix chaude du band, s’empare du crachoir : «Incognito ? C’est la compagnie de disque qui voulait absolument que l’on fasse une chanson en français. On a donc fait un démo de chansons francophones composé de pièces de Kathleen («Où aller»), une autre des Rita Mitsouko, en plus de «Joe le taxi» de Vanessa Paradis…Moi, j’avais un faible pour «Joe le taxi»… Puis Byron reprend de son mignon accent d’anglophone qui cause en français: «Je trouvais ça niaiseux, alors j’ai proposé «Incognito». Je me suis dit : après tout on est du Québec…», poursuit-il en soulignant s’être farouchement opposé à la volonté du producteur de disque qui souhaitait que le groupe reprenne une chanson de Serge Fiori. Ce qui ne cadrait pas avec l’esprit à la fois boule en miroirs et festif du projet.

Projet qui connaîtra sans doute une suite (incluant «Voyage, voyage» de Désireless et «Joe le taxi»), qui serait elle-même succédée d’un album double qui survolerait les années 90s. Ce dernier comportera un cd consacré à des tubes pop et un autre à des «classiques» du répertoire alternatif.

En attendant la suite des choses et leurs prestations au Festival de jazz où standards de Django, extraits de vidéoclips et autres karaokés viendront s’ajouter à la fête, une question demeure : Que dirait Mister Reihnardt de tout cela ? «Django, pour avoir lu plusieurs biographies, est quelqu’un qui possédait un grand sens de l’humour», avance Christian. «Je crois qu’il trouverait cela très drôle». Alors si Django se retourne dans sa tombe, ce sera peut-être pour mieux s’esclaffer.


27 juin au 6 juillet

5 à 7 Pavillon Heineken

Festival de Jazz

3 et 4 juillet

Festival d’été de Québec


Souvenirs eighties

Alexandre Morissette, contrebasse et chœurs : «À cette époque, j’étais, malheureusement, fan des News Kid On The Block. Avec ma sœur et mon frère, on montait des chorégraphies dans le sous-sol familial. J’en ai crée également quelques unes sur du Technotronic (Belges précurseurs du hip-house et auteurs de Pump Up The Jam, reprise par The Lost Fingers)»

Christian Roberge, chanteur et guitariste : «J’aime bien «Girls Just Want to Have Fun» de Cyndi Lauper. Même si c’est quétaine, il y avait dans cette voix quelque chose de convaincu».

(Puis, tandis que l’auteur de ces lignes évoque la très belle «Time After Time» de la même Cyndi Lauper, le guitariste Byron s’enthousiasme en parlant de ce moment magique, disponible sur You Tube, où Miles Davis l’a soufflée dans sa mythique trompette à l’édition 1985 du Festival International de Jazz de Montréal. Puis Christian reprend : «J’avais fait, moi aussi une chorégraphie mais c’était au cégep après les années 80. J’étais à cette époque un des deux seuls gars dans un cours de danse jazz et nous avions monté une chorégraphie sur une chanson de Paula Abdul. Ma partenaire était la chanteuse-violoncelliste Jorane qui se prénommait encore Johanne à l’époque !

Byron Mikaloff, bassiste et choriste : «Pour moi, les années 80 c’est Twisted Sister. Lorsque cette formation est arrivée, cela m’a changé dans mon mental. J’avais un petit côté délinquant au départ et avec ça je suis viré fou. Ce qui a occasionné des problèmes à mes parents. Je me suis fait percer l’oreille, j’ai laissé pousser mes cheveux… Tu sais, je fréquentais une école catholique… J’ai appris leurs chansons, moi qui avais commencé à la guitare classique. Mon père, à cette époque, a donc instauré un règlement : je devais pratiquer la guitare classique pendant une heure avant d’avoir le droit d’utiliser ma guitare électrique qui était verrouillée. J’ai donc toujours étudié la guitare classique et c’est d’ailleurs pour cela que j’ai quitté la Colombie-Britannique pour le Domaine Forget de la ville de Québec.»

samedi 14 juin 2008

Helvète underground


Un K unique

Avec ses mélodies top accrocheuses, ce K zen se pose en doué chroniqueur de la vie et ses petites gens.

Claude André

Nouvelle coqueluche des observateurs de la chanson, le Suisse Nicolas Michel baptisé «K» involontairement par son petit neveu qui n’arrivait pas encore à prononcer son prénom est en voie de se faire une légion d’amis chez les cœurs purs qui n’ont pas encore cédé au cynisme.

Idéaliste assumé, il reçoit de chaleureuses accolades partout où il se répand dont le festival de la chanson de Granby et à la prestigieuse académie Charles-Cros qui l’a sacré «coup de cœur».

On comprend d’emblée pourquoi en écoutant «Je suis bien», la première chanson de L’Amour dans la rue, l’encodé qu’il s’en vient nous présenter. Une promesse d’amour si bien confectionnée que l’on aurait envie de l’expédier à une nouvelle fiancée qui nous promet d’heureux guili-guili. En observant le cas K sur You tube, on découvre aussi une présence scénique remarquable alliée à des sémaphores qui, dans une certaine mesure, évoquent la mémoire du grand Brel. L’influence du Belge n’est pas loin non plus lorsque l’on est happé par la chanson «La Cendre». Sujet morbide, certes, que le tandem Ferré-Caussimon suggérait d’éviter («Ne chantez pas la mort») mais qui aura finalement contribué fortement à ce que le jeune trentenaire paraphe un contrat de disque avec le prestigieux label Wagram en France.

Zen attitude

C’est qu’en plus de d’observer les petites gens et autres immigrés sur des airs mâtinés de reggae, de country, de rock et de musette, Mister K réfléchit sur les chose de la vie et médite façon vissapana. «Il s’agit d’une méthode qui s’inscrit dans la tradition bouddhiste. J’ai fait un stage salvateur de 10 jours il y a quelques années. Cela consiste à s’asseoir en silence dans un cadre assez strict et à observer ce qui se passe de la manière la plus détachée possible pour atteindre une espèce de lâcher prise où tu te rends disponible à la vie sans désir ni aversion. L’idée est d’atteindre un état de libération complet par rapport aux circonstances de la vie (…) Depuis, mon inspiration vient davantage du silence et du bien être que de la douleur. À un moment donné j’ai lu «Conversation avec Dieu», un livre qui parle du fait que la pensée, l’action et la parole sont créatrices. On y apprend que la manière dont on voit les choses leur donne aussi une réalité. Or, le fait de croire en soi et aux choses qui nous font plaisir leur donne une chance de se réaliser. C’était une manière nouvelle pour moi de fonctionner et cela a beaucoup correspondu à ce qui a fait en sorte que je me lance dans la chanson», poursuit cet ancien comédien qui avait écrit «La Cendre» pour l’anniversaire de son grand-père qui célébrait ses 80 ans en s’imaginant à sa place. «À l’époque, je commençais cette histoire de musique et je n’avais pas très fortement confiance en moi avant de monter sur scène. Le fait dire «je t’aime la cendre» comme je le fais dans la chanson, c’était aussi dire je t’aime à l'échec. C’était comme dire : «je suis d’accord de mourir». Et lorsqu’on lui demande s’il se réclame d’une religion, celui qui a été fortement influencé par la vulnérabilité du regretté Balavoine nous répond qu’il adhère plutôt à la spiritualité. Serait-ce parce que «la religion est pour ceux qui ont peur de l’enfer tandis que la spiritualité serait plutôt pour ceux qui en reviennent ? «Ah ah ah, j’adore. Oui, c’est tout à fait moi ça. C’est de qui ?»

K
L’amour dans la rue
Spectra/Select

vendredi 6 juin 2008

Karkwa et Patrick Watson

< Les musiciens de la formation Karkwa avec Loui-Jean Cormier en avant-plan

Bacchanale musicale

Deux bands, deux langues, deux univers similaires, une passion ; la musique. Les 9 musicos du collectif Karkwatson, fusion de Karkwa et du groupe de Patrick Watson, risquent de faire rouler les planètes.

Claude André

Les Karkwatson, ça vient d’où ?
Louis-Jean Cormier de Karkwa : Les Watson, ça s’appelle Patrick Watson mais, en fait, il s’agit d’un groupe. Nous sommes amis depuis longtemps. Il y a deux ans, on s’était fait demander par Jim Corcoran, dans le cadre du Festival du Voyageur à Winnipeg, de créer ce collectif de 9 musiciens et de jouer des pièces de nos deux formations. On a fait une demi heure de show et nous avions les poils des bras dressés tant nous étions heureux et émus.

Comment vous êtes vous rencontrés, les deux bands ?
Robbie Kuster de Watson : Moi j’ai rencontré François (Lafontaine, claviériste de Karkwa) en jouant avec un groupe qui s’appelait Le large ensemble puis, ensuite, Louis-Jean s’est lié d’amitié avec Patrick Watson qui accompagnait souvent Lhasa dans des salles de concerts. Louis-Jean ajoute : Nous partagions, Karkwa et Lhasa, le même sonorisateur Mathieu Parizeau. Ensuite on s’est recroisé sur la tournée de Diane Tell où Robbie officiait comme batteur. Je l’avais engagé (Louis-Jean était directeur musical de la tournée Popeline de Diane Tell) car ils sont très rares les batteurs comme lui qui sont vraiment des musiciens. Robbie, c’est une pieuvre sur son instrument.

Donc le dénominateur commun entre vous tous, c’est que vous êtes de véritables fanas de musique…
Robbie Kuster: Non seulement on est des trippeux de musique mais en plus on partage pas mal les même goûts.

Et ça s’entend. On peut faire beaucoup de parallèles entre vos deux styles.
Robbie Kuster : Nous sommes deux groupes très individuels avec des sons particuliers mais c’est vrai qu’il y a des liens assez forts entre les deux, notamment en ce qui concerne les ambiances et les mélodies : François et Pat (Watson) ont une façon de jouer du clavier qui est assez similaire. Ils partagent les mêmes influences assez classiques : Debusy, Steve Reich, Satie, Phillip Glass… des affaires planantes.

Les différences entre les deux formations ?
Robbie Kuster : Karkwa est un peu plus rock. Nous les Watson nous sommes plus planant.

Patrick Watson «cadre» ses musicos dont Robbie Kuster avec le chapeau de cowboy et Mishka Stein coiffé du casque d'aviateur rouge.

Mais sur scène, Patrick Watson est beaucoup plus boute-en-train que Karkwa qui affiche une attitude propice à la froideur de leurs climats musicaux, non ?
Robbie Kuster : Ça va être parfait. Il n’y a pas de masque sur scène. Ça a déjà marché, alors…ajoute Mishka Stein, le bassiste de Watson.
Nous aimons et adorons réciproquement la musique de chacun, précise Louis-Jean Cormier.

Personne ne va tirer la couverte de son côté ?
Louis-Jean Cormier : Ce qu’il y a d’intéressant, ce qu’il est souvent difficile de tricoter deux bassistes sur la même guigue. Mais Mishka et Martin s’entendent très bien.

Comment se déroulera l’enchainement des chansons et lesquelles seront sélectionnées ?
Louis-Jean : Ça ne sera pas conventionnel. Je ne pense pas que Karkwa jouera des chansons avec les seuls membre de notre groupe. Bien que nous ne serons pas toujours 9 musiciens à jouer en même temps. Il y aura des matchs. Pat et moi, par exemple, chanterons ensemble. Lui en français et moi en anglais. Il n’y a rien de plus craquant qu’un anglo qui chante en français. Et moi, mon petit accent de Sept-Îles n’est pas piqué des vers en anglais (rires). En fait, on se laisse ça ouvert. On veut faire trois soirées assez différentes. On a deux jours de répétitions avant le show de Québec.

Aurons-nous droit à des chansons inédites lors de ces rencontres particulières ?
Louis-Jean Cormier: Oui, environ six soit trois de chaque bord. Il y en a une, dont j’ai terminé le texte la semaine dernière, que je souhaite vraiment intégrer au spectacle. Je pensais à Pat (Watson) et à ce qu’on vit ces temps-ci en l’écrivant…Il n’y aura qu’une chanson des Tremblement s’immobilisent, et le reste sera tiré du Volume du vent du côté de Karkwa tandis que Watson fera 4 pièces de Close to Paradise.

Des reprises de d'autres bands ?
Louis-Jean Cormier : Nous n’avons pas pensé à ça tant nous sommes captivés pour nos répertoires respectifs et les inédits. Ah oui, c’est qui est trippant aussi c’est que les deux Mathieu (Roy et Parizeau) sont dans la vie nos sonorisateurs et éclairagistes mutuels. Ce sont eux qui seront au poste pour les trois soirées Karkwatson qui seront aussi captées mais on ne sait pas encore ce que on fera.

Quels sont les chansons que vous affectionnez particulièrement les uns des autres?
Robbie Kuster : J’adore «Dormir le jour». Le riff de guitare me fait haliciner et j’aime aussi beaucoup «La façade». Moi, c’est «Combien», lance Mishka Stein (Watson). Ma chanson préférée des Watson ?, C’est dur à dire soupire Louis-Jean. Il y en a une des inédites qui s’appelle Men Like Me qui est sublime. Ça va remplir les nids de poule tellement c’est beau. Sinon, je trouve que Drifters et Close to Paradise sont de grandes chanson.


Karkwatson
Le 12 juin à 20h à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec.
Les 13 et 14 juin à 21 h au National à Montréal.

jeudi 5 juin 2008

Arthur H: L'homme du monde


Arthur H
L’homme du monde
Universal

Toute voile dehors à une plus large diffusion grand public, l’Arthur ne verse pas dans le mercantilisme bebête ou la pop à numéro pour autant sur cet encodé mitonné à Paris et Mtl. Avec des références qui vont de Tom Waits à Bowie, de Pink Floyd à Nick Cave, sans oublier la groove bien grasse du funk seventies et le disco «whoooo, whoooo» des années miroirs, Arthur H et ses pirates Nicolas Repac et Jean Massicotte nous proposent un voyage à la fois dense, subtil et accrocheur. Voilà qui pourrait bien faire tanguer le popotin de Madonna comme le suggère le tube qui lui est consacré. Kaléidoscopique et inspiré, Arthur H n’a rien perdu non plus de sa poésie surréaliste et des ses influences bédéesques. *** 1/2 (CA)

mercredi 4 juin 2008

Geneviève Néron de Mme Moustache discographiée

Madame Moustache à l'occasion du lancement de leur 1er disque mardi dernier le 27 mai.

Si le country-western a toujours été très célébré dans le Québec de la périphérie, il se glisse plus subrepticement dans la pop avec, notamment, la venue chez nous de l’omniprésent Rick Hayworth au cours des seventies. En 1999, Mara Tremblay et WD-40 branchouillaient le genre en le rockant avant que le buzz ne s’estompe. Or, voilà que le quintette Madame Moustache, mené par la sexy comédienne Geneviève Néron, arrive au grand galop et s’apprête à nous braquer «le p’tit quétaine» avec ses influences country-métal-folk-progressifs rigolotes ; Au nom du contr(i). Ne boudons surtout pas notre plaisir.

Claude André

Geneviève, comment es-tu tombée dans le «blues des blancs»?
À l’âge de 3 ans quand mon papa, qui a passé toute mon enfance à le faire, rénovait la cave en me faisant entendre Patsy Cline, Wanda Jackson, Loretta Lynn…Il trippait beaucoup sur les voix de femmes country.

Qui sont, selon toi, le roi et la reine du country au Québec ?
Le roi c’est Willie (Lamothe) ben oui, incontestablement… Et la reine, hum, je dirais que c’est Mara (Tremblay). C’est une jeune reine mais elle est pour moi une source d’inspiration profonde parce que c’est elle qui a ramené ce genre dans un contexte plus contemporain.

Le roi du country au monde ?
C’est Monsieur Hank Williams.

La chanson country qui ferait pleurer même Billy The Kid ?
«I May Never Get To Heaven», de Wanda Jackson.

La chanson western la plus joyeuse?
«Jumbalaya», de Hank Williams qui a été reprise par 1000 personnes. On en fait nous aussi une relecture super le fun.

Quelle est le plaisir coupable d’une fille qui avoue ouvertement aimer le western et le country ?
Le rock de plote (sic). Il s’agit du gros glam à la Poison avec leurs cheveux bleachés ou Mötley Crüe. Lorsque nous étions en studio, j’ai dit au réalisateur : «je vais faire un hommage à mon amour pour le glam rock». Et j’ai fait une fais note de trémolo à la Axel Rose et c’est resté ! Tu pourras faire le lien et rigoler en écoutant l’album.

Le cd que tu apporterais sur ton ranch isolé au Texas?
The Man In Black, de Johnny Cash.

Avec des pilules, des bouteilles de scotch et un fusil ?
(Rires). Oui, d’autant plus que j’ai une carabine maintenant. Elle est en bois et c’est celle avec laquelle mon grand-père est allé à la guerre.

Le disque country le plus quétaine ?
Ah, j’en ai un préféré qui contribue au fait que ma famille veut me scalper à chaque année parce que je mets ça en loops dans le temps des fêtes : Marcel Martel chante Noël. (rires)

Le plus branchouille ?
Je dirais celui que Jack White (The White Stripes) a produit avec Loretta Lynn : Van Lear Rose. C’est un super bon disque. Ça demeure country mais avec la touche rock de White.

Ton dernier coup de cœur musical ?
Le plus récent album de la formation The Raconters : Consolers Of The Lonely ainsi que le dernier de Dany Placard ; Raccourci. Ah pis non, je le sais c’est quoi mon dernier coup de cœur ; David Marin, À côté d’là track. J’ai pas mal trippé là-dessus. J’aime son univers et je trouve ça le fun la façon dont avec laquelle il manie les mots avec le son du train en arrière…

Voir des étoiles

Hermann Ngoujo me raconte comment il vaincra Mbaye par K-O au 4 ième round ce vendredi sous le ciel de Montréal tandis qu"une ministre et un futur aspirant premier ministre discutent en arrière plan...

Il n’y a pas que les boxeurs qui risquent de voir des étoiles le 6 juin au stade Uniprix.

Claude André

En effet, pour la troisième année consécutive, le stade de tennis du parc Jarry accueillera un important gala de boxe à ciel ouvert en soirée. Inscrit dans le cadre du Grand Prix de Montréal, cet événement aura pour grande finale le retour très attendu du super léger (140 lb) Hermann Ngoudjo dit la Panthère et aspirant numéro 3 de l’IBF, qui affrontera le français Souleymane Mbaye, aspirant numéro 5 de l’IBF et encore titulaire de la couronne de champion l’an dernier.

L’enjeu est de taille puisqu’une victoire de notre camerounais d’origine et enfant chéri de la foule lui permettrait d’obtenir son passeport pour un combat de championnat à l’automne. Mais au-delà de l’enjeu, l’événement saura sans doute exalter également les non-initiés au «noble art» pugilistique et autres starlettes émoustillantes.

«Lorsque nous avons fait le premier événement qui devait éventuellement permettre à Joachim Alcine d’obtenir le combat qui l’a rendu champion du monde, tout le monde avait été ébloui par l’ambiance qui régnait sur le site. C’est vraiment exceptionnel. Comme le ring est sur un court de tennis, on a l’impression, même du haut des estrades, de pouvoir toucher aux pugilistes. On entend même les coups de poings de partout», s’enthousiasme le grand manitou de la boxe au Québec Yvon Michel.

L’ubiquiste spécialiste conserve également un souvenir parfumé du gala à ciel ouvert de l’an dernier malgré l’orage qui était au rendez-vous et qui mettait en vedette notre même Hermann. «Au 5ième round, il s’est mis à tomber des cordes. Pendant 30 secondes, nous avons manqué d’électricité. Les boxeurs se sont retirés vers les câbles et ont repris le combat par la suite. Or, afin de se protéger de la pluie, de nombreux spectateurs se sont rués sur le terrain sous la toile au dessus du ring. Par effet d’entraînement, ils se sont tous mis à crier «Hermann, Hermann». Cela l’a littéralement fouetté et il a finalement remporté le combat par décision partagée».

Cet affrontement sous la pluie chaude de juin est désormais une pièce d’anthologie selon le réseau spécialisé ESPN dont les caméras ont tout capté. On se demande bien quels seront les éléments qui viendront apportez une touche de magie à cette autre finale, en plus des six autres affrontements, fort relevées. Les starlettes sous la pluie en camisole ? Promis, on regardera les étoiles…

Gala de Boxe Grand Prix III

6 juin 2008 au Stade Uniprix

De $ 35 à $ 300

À compter de 19h00

Réseau Admission


Hermann, tu as perdu tes deux derniers combats et le dernier contre le champion Paul Malignaggi, que tu risques de revoir à l’automne, fut un véritable vol. Uù trouves-tu la motivation de poursuivre ?

Je suis passé par là à plusieurs reprises chez les amateurs. Même si ce genre de choses arrive, on doit persévérer car ce n’est pas la fin du monde. Nul n’est parfait sur la terre. Je garde le moral très haut et ce qui fait ma force c’est que je sais exactement où je vais. Je mérite la place de champion du monde.

Tu as pensé tout abandonner à un moment ?

C’est sûr que ça m’affecté mais au point d’avoir envie de laisser tomber la boxe. J’ai été très déçu par le verdict mais je me suis dit : «si c’est ainsi, il y a sûrement une bonne raison». J’ai donc continué à travailler très fort pour mériter la place : d’ici mai prochain, c’est sûr, je serai champion du monde !

Alors tu auras la rage le 6 juin…Prédiction ?

Oui, je l’aurai. Ne manquez pas ça parce que ça va être explosif. Je vaincrai par KO au 4ième round !

mardi 3 juin 2008

Allez-vous faire foot !


Après le Mundial de 2006, Montréal et la planète foot s’apprêtent à exulter de nouveau au rythme du Championnat d’Europe des nations 2008.


Claude André


Et nous sommes une sacré bande de veinards car, suite au retentissant succès de la diffusion en direct de la finale du Mundial 2006 au parc Jean-Drapeau, une quinzaine de milliers d’amateurs de foot pourrons de nouveau vivre l’expérience le 29 juin prochain alors qu’aura lieu la grande finale de ce qu’il est convenu de nommer «l’Euro 2008».


Pour l’occase, nous pourrons savourer le match projeté en direct sur un écran «LED» de 20 X 23 pieds dont l’exceptionnelle qualité de l’image n’est pas atténuée par l’éclat du soleil «On aura vraiment l’impression d’être sur place. Tout sera mis en œuvre pour recréer l’ambiance des grands stades et nous célèbrerons l’amitié, la solidarité et les rencontres générées par la passion du foot. Comme il vient des milieux modestes, le soccer appartient à personne et à tout le monde et c’est aussi pour ça que l’événement est gratuit», s’enflamme l’organisateur et grand passionné de sport et de culture Mustapha Terki qui prévoit un carré final composé de la France, l’Italie, du Portugal et de l’Allemagne.


En parallèle, grâce à son partenariat avec Soccer Plus, la première édition du FestiFooot qui aura lieu les 28 et 29 juin permettra aux fanas du ballon rond de s’affronter dans des tournois amicaux de 4 contre 4 par tranches d’âge sur des terrains ronds prévus à cet effet au son de la musique électro diffusée par les dj qui seront de la partie.


Il suffit de s’inscrire sur le site de l’événement. Mustapha Terki nous promet également des matchs qui mettront aux prises journalistes, artistes et politiciens en plus des différents jeux d’adresse.


Un ballon dans l’écran


Comme si cela n’était pas suffisant, le même Mustapha qui est également à la tête du MEG (!), récidivera, en compagnie de son complice programmateur Ernesto Ona (accent en forme de s horizontal à l’espagnol sur le a) avec le festival La lucarne qu’il avait mis sur pied en 2006 en jumelant foot et 7ième art du 18 au 21 juin aux cinémas Du Parc cet Ex-Centris.


S’il y aura cette année d’autres sports intégrés dont le hockey, le soccer représente néanmoins 60 % de la programmation. De quoi exalter les fanas du ballon à damier qui seront déjà plongés dans l’atmosphère de l’Euro 2008.


En effet, en plus des différents documentaires sur Maradonna, Zidane et Pelé, les amoureux d’histoire et les Nord-Africains en particulier ne voudront pas louper La mémoire retrouvée qui relate le retour sous le maillot algérien, donc du FLN (front de libération nationale) des joueurs exilés des années 50 qui jouaient auparavant pour la France !


Aussi, en présence du capitaine de l’équipe du Tibet, il nous sera loisible de visionner L’équipe interdite qui démontre comment l’État chinois a tenté d’entraver la présentation d’un affrontement Tibet-Groenland notamment à travers les persécutions à l’endroit du Danemark.

Alors, on va se faire foot chérie ?


Festival de cinéma La Lucarne

18 au 21 juin

Ex-Centris et Cinéma Du Parc

www.lalucarne.ca


FestiFoot

9h00 à 17h00 le samedi 28 juin (gratuit)

9h00 à 18h00 le dimanche 29 juin(diffusion de la finale)

www.festifoot.ca

lundi 2 juin 2008

Le retour de Renée Martel


Renée Martel
L’Héritage
Musicor/Pierre Gravel/Select

Dès que nous avons appris le nom des collaborateurs sous la houlette de Marc Pérusse à la réalisation, plusieurs s’attendaient à une œuvre d’orfèvre pour le grand retour de la reine du «countré». Or, dès les premières notes, on s’aperçoit qu’il s’agit en fait d’un disque de variété. Déception surmontée, on adopte de très belles choses comme le duo émouvant avec Richard Desjardins, la chanson de Catherine Durand ou la reprise d’un bon hook du premier Peluso. Mais là où on aurait du travailler avec une équipe restreinte de collaborateurs, on s’épivarde. Résultat ? Un album qui pour plaire à tout le monde et son frère manque de personnalité au final ne serait-ce que dans les différents niveaux de langue. Inégal *** (CA)

vendredi 30 mai 2008

Arthur H


Rayons H

Sortez vos boules disco et pantalons en fortrel, Arthur H s’apprête à faire danser le soleil de l’été 2008 avec son nouveau vaisseau; L’Homme du monde.

Claude André

Sur le Net, on peut découvrir l’Arthur, lunettes de soleil seventies et veste de paillettes, entouré de nonnes nous balancer l’irrésistible «Dancing with Madonna». Un éventuel tube absolument disco comme à l’époque des boules en miroirs qui devrait embraser les dancefloors. On est loin de l’artiste ténébreux et underground qui plait tant à une certaine faune alternative. Cette nouvelle dégaine pouvait déjà se ressentir en mars dernier lors d’une séance d’écoute où nous étions quelques scribes à savourer l’album à venir en compagnie d’un Arthur visiblement serein tandis que les hauts parleurs diffusaient «Naissance d’un soleil». Une pièce sur sa nouvelle paternité où il célèbre, tel un Aztèque allumé, «le soleil (qui) nous éclabousse du sang de pamplemousse». L’Arthur H nous cachait-il un côté clubber et hop-la-vie ? «J’adore danser mais plutôt tout seul chez moi en général ou alors dans des fêtes comme ça, improvisées. quoi. J’ai toujours dansé en fait depuis que j’ai découvert le reggae quand j’avais quatorze ans. Il ya quelques années, il a nous a fallu assumer sur scène que nous étions des groovers refoulés et lâcher le cheval sauvage qui dormait dans notre ventre», rigole celui qui a intitulé son dernier opus L’Homme du monde parce qu’il se sentirait désormais davantage terrestre qu’autrefois.

Du temps où il dégustait la mélancolie comme d’autre des verres de beaujolais. «Avant ça me rendait heureux d’être mélancolique et, disons, légèrement à l’Ouest. Maintenant ça me rend heureux d’avoir les deux pieds sur terre et de vibrer correctement. Comme tout le monde, j’ai vécu des histoires d’amour très douloureuses et à un moment tu te dis : si c’est très douloureux, ça peut être aussi très merveilleux car si une chose existe, son contraire existe également. Et puis la naissance d’un enfant te fait ressentir à la fois la magie et la précarité d’être vivant.»

Money talk

Et il est vrai également que l’insécurité financière se fait beaucoup plus pesante avec un gamin. En filigrane sur L’Homme du monde, on retrouve souvent des allusions directes au fric. Comme si l’artiste voulait assumer une volonté plus ou moins consciente de toucher du blé. L’album s’ouvre d’ailleurs avec une chanson intitulée «L’abondance» et sa «pluie de milliards sur les goldens boys» sans compter les deux ou trois autres pièces où il est question de tunes dont «Dancing with Madonna» dont le seul prénom évoque le cash. Après avoir discouru sur le rôle fondamental de l’argent dans notre époque, Mister H confiera ce qui explique en grande partie son virage pop. «Lors de mon avant dernière tournée, j’ai joué dans des salles à moitié vides. Et cela peu s’avérer un peu humiliant après un certain moment. Quand tu fais quelque chose de qualité et que tu as envie de donner le meilleur aux gens et qu’ils ne sont pas là, pas curieux, soit tu les accuses ou tu te remets en question. Moi, j’ai choisi la seconde option», explique le fils du grand Jacques Higelin.

Au fait, une autre des très belles chansons de ce dernier chapitre funk, disco, groovy réalisé par Jean Massicotte et arrangé Nicolas Repac, s’intitule Cosmonaute Père & Fils. Inspiré par un passage d’une chanson de Nick Cave, ce texte vêtu de sonorités pinkfloydiennes est-il un clin d’œil à papa Higelin ? « Ce n’est pas un clin d’œil, c’est notre histoire (silence)».

Of course, mais puisqu’il y est question d’un père en orbite, serait-il possible qu’il s’agisse de Gainsbourg dont il serait le fils biologique comme le veut une rumeur qui circule dans le milieu musical (regardez les oreilles des deux !) ? «Non, je ne pense pas». Donc la rumeur est démentie ? «Voilà, tout à fait». Quoi qu’il en soit, cet enfant de la bédé et de la culture pop qui nous reviendra en spectacle dans un an devrait enfin franchir la frontière invisible qui sépare la crédibilité clandestine du succès rayonnant.

Arthur H
L’Homme du monde
Universal


Madonna dansera-t-elle sur du H ?

La Madone a –t-elle entendu la pièce que lui a consacré notre néo-disco préféré ?

«Je pense que Lhasa (une amie proche d’Arthur) et Madonna devait se rencontrer au sujet de la musique qu’a prise cette dernière à Lhasa pour son documentaire sur le Malawi. Elle m’a proposé de lui donner ma chanson à cette occasion mais je n’étais pas très chaud à l’idée. Moi, je parle plutôt évidemment de la Sainte-Vierge que de Madonna. Alors, faudrait que je demande plutôt au pape», explique le plus sérieusement du monde l’artiste avant que le journaliste ne s’esclaffe et lance : «j’ai vu le clip et étudié les paroles mon cher, la référence à l’icône pop de la musique est directe». « En fait ce que tu as vu c’est une blague, un mini clip. On vient de terminer le clip et je suis un super héros et j’attaque la Chine. Si ça serait cool qu’elle le voit ? Je pense qu’elle a d’autres chats à fouetter en ce moment que de regarder un p’tit français qui veut danser avec elle. Je ne pense pas que ce soit une de ses priorités (rires)».On pourra lui demander puisqu’elle s’en vient bientôt. À suivre…

jeudi 29 mai 2008

Georges Moustaki

Une erreur s'est glissée à la révision de mon texte dans le Ici de cette semaine. Il fallait lire que Moustaki avait écrit pour lui et d'autres tels Piaf, Reggiani, Barbara ou Montand. Et non pas tels Piaf.... D'autant plus que Reggiani et Montand n'ont pas écrit leurs chansons.... Voici la bonne version.

L’homme descend du songe

L’un des derniers membres vivant du gotha de la chanson française revient nous faire rêver en compagnie de ses 4 musiciens.

Claude André

Le vénérable septuagénaire, qui a écrit plusieurs standards gravés dans le patrimoine de la chanson française pour lui et d’autres tels Piaf, Reggiani, Barbara ou Montand, revient pour nous présenter son vingtième disque, Solitaire. Un chapitre à la fois mélancolique, engagé et nostalgique où il reprend «Ma solitude» en plus de souffler ses vers en compagnie de Vincent Delerm, Cali, la chanteuse de jazz Stacey Kent et Pink Martini. «C’est peut-être le disque qui me ressemble le plus dans les ambiances et les orchestrations. L’arrangeur Vincent Segal n’a pas voulu à tout prix imposer sa personnalité. Il a épousé la mienne avec beaucoup de modestie», murmure le métèque qui a dédié cet opus au regretté Henry Salvador. «Notre maître à tous», comme le stipule la chanson «Le temps de nos guitares» dans laquelle il se souvient aussi de Brassens, Gainsbourg, Félix, Charlebois et Aristide Bruant ressuscité par Coluche. «Il s’agissait de maître ès guitare bien entendu», précise l’artiste qui a changé son prénom Giuseppe pour celui de Georges en hommage à Brassens tandis que le journaliste se pince pour être sur de ne pas rêver qu’il cause réellement à l’auteur de Sarah, Milord et autres Ma liberté.

Puis, l’auteur de ce texte apprendra, à grands regrets d’ailleurs, à M. Moustaki qu’Aristide Bruant, le célèbre chanteur réaliste peint par Toulouse-Lautrec, qu’il évoque était aussi un ancien candidat politique qui s’était présenté sous une bannière fasciste et antisémite en 1898 à Belleville Saint-Fargeau. Après échange de courriel et vérifications qui l’amènent à me faire part de son désarroi, le juif errant et pâtre grec Moustaki précise qu’il ne modifiera pas le texte en question. «C'est affligeant, mais je n'ai pas l'intention de modifier ma chanson. Bruant garde sa valeur artistique ; même si sa carrière de politicien a été aussi lamentable que ses idées politiques. On pourrait en parler longtemps»…Ça sera pour une autre fois.

La révolution permanente ?

Mais on peut entre-temps causer de mai 68 et de l’engagé Cali avec lequel il interprète «Sans la nommer», une chanson des années 70 dans laquelle il louange la révolution. Pour Cali on le sait, mais Georges Moustaki, au soir de sa vie, croit-il encore aux lendemains qui chantent pour reprendre un slogan soixante-huitard ? « Avec Cali, on a milité dans les mêmes rangs aux dernières élections présidentielles. C’est une chanson qui traduit notre conviction. C’est difficile d’y croire vraiment (sourire) mais on peut espérer. De l’amertume ? Non, mais j’ai parfois d’autres sortes de consternations. Comme je ne suis plus un adolescent idéaliste, j’attends des choses mais sans trop d’illusions et je n’espère pas des autres qu’ils fassent les choses à ma place», confie l’homme qui «n’invente rien» lorsqu’il écrit une chanson. Fut-elle au sujet d’une jeune Mélanie qui se donne à tous ses amis dont Moustaki lui-même comme le raconte la jolie Mélanie faisait l’amour. Une pièce qui fleure bon les effluves de Madame Nostalgie, pour reprendre le titre de l’un des chefs d’œuvres de Moustaki chanté par Reggiani. «Il y a toujours un peu de nostalgie quand on regarde derrière soi mais ce n’est pas attristant. Quant à Reggiani, il nous manque à tous et moi un peu plus parce nous étions très proche. Notre aventure de chanteurs nous a uni dans une amitié qui a duré jusqu’à la fin», soutient l’homme modeste et intelligent comme le sont la plupart de ceux de sa trempe et qui refusera de parler de son influence ou de dévoiler à un collègue qui a été la personne la plus importante parmi toutes celles qui en ennoblie sa carrière.

Une confidence cependant même s’il n’aime pas faire des choix et dont la devise demeure «l’homme descend du songe» : «j’ai un faible pour ma chanson Sarah». Nous aussi…

Solitaire (album et spectacle)

12-13 et 14 juin au Théâtre Outremont

jeudi 15 mai 2008

Berry: Mademoiselle


Berry

Mademoiselle
Universal/Dep

Sur le communiqué, on la présente comme la fille de Melody Nelson. L’allusion au chef d’œuvre de Gainsbourg bien que pompeuse n’est pas dénuée de sens bien que nous, on entende surtout des relents de Françoise Hardy, Keren Ann et Carla Bruni. Journal intime murmuré faussement indolent, la très belle trentenaire possède une jolie plume et chante même Verlaine sur cet album garni d’orchestrations de cordes très classe. Avec des pièces sucrées et très accrocheuses comme «Mademoiselle» ou «Le Bonheur» (qui n’existerait pas), mais qui le deviennent moins en fin au milieu de l’album, l’ancienne comédienne cartonnera assurément. Mais nous, on s’en souviendra encore dans dix ans ? (CA) ***

dimanche 11 mai 2008

Perles journalistiques

Les journaux de la région de Montréal
regorgent de perles savoureuses,
tout particulièrement dans les annonces


Merci à Dominique Richard.

  • Vidal Salvo maison de beauté recherche têtes à couper et coiffer. Participation : 8 00$ pour la coupe.
  • AVIS aux pêcheurs : Si vous trouvez brochets ou perchaudes avec dentier d’humain, dans les environs de Lacolle ou St-Paul, S.V.P. contactez Robert Boudreau, Lacolle.
  • Motoneige Polaris Indy Trail 500, 1500 miles, poignées chauffantes, confort, puissance, économie, jamais sortie l’hiver, $3,500.00.
  • Prenez avis que M. Michel Laberge s’adressera au Ministère de la Justice afin d’obtenir un certificat permettant de changer son nom pour Nhwawhacha-Quenthwane-Nequenchatha.
  • Préparation de Curriculum Vitae, travaux scolaires, corrige les photes. 5 ans d’expérience.
  • Logement à louer, 3 1/2 pces, propre, planchers fournis, libre, possibilité meublé, bon prix.
  • Ensemble de golf comprenant 3 bois, 9 fers, 1 carrosse, 1 sac, 1 paire de souliers, 2 têtes de lit, bibliothèque 39".
  • À VENDRE - Piscine ronde 15 po. de diamètre par 3 po. de profondeur avec accessoires.
  • Vous voulez un grand terrain dans un secteur paisible avec sous-sol fini et combustion lente ?
  • Érablière. 1000 entailles sur tubulures avec tout l’équipement, puits artésien pouvant servir de chalet.
  • Achèterais maison à Saint-Calixte en face d’un lac de préférence non loin du cimetière. Paierais gros prix…
  • À vendre : 2 frigidaires usagés, très propres et en bon état de fonctionnement. Idéal pour chaleur.
  • Perdu: Beagle, partiellement aveugle, dur d’oreille, castré, répondant au nom de Chanceux.
  • Pit Bull à vendre : propriétaire décédé.
  • L’hôtel a des allées de bowling, des courts de tennis, des lits confortables et d’autres facilités athlétiques.
  • Nous construisons des corps qui durent une vie entière.
  • Bas de dentelle. Fabriqués pour aller avec une robe de soirée, mais tellement pratiques que bien des femmes ne portent rien d’autre.
  • À vendre : diamants $20.00; microscope $15.00.
  • Un restaurant superbe et peu coûteux. Fine cuisine, servie de façon experte par des serveuses en formes appétissantes.
  • Spécial du midi : dinde $2.35; poulet ou bœuf $2.25; enfants $2.00.
  • À vendre : un bureau antique parfait pour une femme avec des pattes solides et des grands tiroirs.
  • Voici votre chance de vous faire percer les oreilles et d’obtenir une paire supplémentaire pour ramener à la maison.
  • Demandé : filles célibataires pour cueillir des fruits frais et produire la nuit.
  • Nous ne déchirons pas vos vêtements avec de la machinerie. Nous le faisons avec soin à la main.
  • Fatigué de vous laver ? Laissez-moi le faire.
  • Spécial de vacances : faites exterminer votre maison.
  • Illettré ? Écrivez-nous maintenant pour de l’aide gratuite.
  • Jeune femme demandée pour assister un magicien dans une illusion de coupage de tête. Assurance et salaire.
  • Vente d’après Noël semi-annuelle.
  • Nous huilerons votre machine à coudre et ajusterons la tension dans votre maison pour $1.00.
  • Autos usagées : pourquoi aller ailleurs pour vous faire avoir ? Venez ici d’abord !
  • À vendre : une chaise haute rembourrée pouvant être transformée en table, petite chaise, cheval à bascule, réfrigérateur, manteau de printemps grandeur 8 avec collet de fourrure.
  • Grille-pain : un cadeau que tout le monde apprécie. Brûle le pain automatiquement.
  • Vente de Noël : cadeaux faits à la main pour la personne difficile à trouver.
  • Service de réparation d’auto. Cueillette et livraison gratuite. Essayez-nous une fois et vous n’irez plus jamais nulle part.
  • Nos bikinis sont excitants. Ils sont simplement le top.
  • Homme, honnête. Prendrait n'importe quoi.
  • Demandé : homme pour s’occuper de vache qui ne fume pas et ne boit pas.
  • Professeur de 3 ans demandé pour préscolaire. Expérience un atout.

jeudi 8 mai 2008

L’Alchimiste et les personnages

Alchimiste de la note, le solitaire Yves Desrosiers présente sa première mouture personnelle composée de Chansons indociles.

Claude André

Pour les gens qui ne le connaissent pas et l’aperçoivent déambuler les rues du Plateau sur son tricycle accompagné de son gamin de 11 ans qui s’éclate dans le charriot, ce mal rasé qui arbore converse noirs et chapeau melon peut ressembler à un hurluberlu sorti tout droit d’un film surréaliste.

Imaginez le en train de monter une sculpture de métal faite de bric et de broc ou de jouer d’un des instruments qu’il a inventé, et vous avez là un personnage qui n’aurait pas déplu à un Fellini.

D’ailleurs, comme tous les personnages, le surdoué autodidacte affectionne, lorsqu’il sort de sa solitude professionnelle, s’entourer de personnalités artistiques très fortes.

Il est en grande parti responsable du majestueux premier album, de Lhasa, La Llonora et à réalisé le Kanasuta de Richard Desjardins en plus d’avoir été de la Sale Affaire de Jean Leloup qui se pointera d’ailleurs, par hasard, au resto de notre entretien et avec lequel Desrosiers repartira tailler sa route.

La racontre

Parmi les personnages qui peuplent l’univers de l’artiste, on retrouve bien sûr le poète russe Vladimir Vissotsky auquel il a rendu un hommage marquant dans l’histoire de la chanson made in Kebec avec le sublime Volodia en 2002. Mais voilà, le musicos sollicité de part et d’autres pour son ascendant créatif ne possédait toujours pas d’album véritablement personnel.

Il aura fallu la rencontre avec le cinéaste, comédien et autre personnage Robin Aubert, un compulsif de l’écriture, lorsque ce dernier l’avait réquisitionné pour la création de la trame sonore du film St-Martyre-des-Damnés, pour que Desrosiers planche à un album perso. « Je cherchais du monde pour faire des textes. J’ai essayé avec plusieurs personnes mais ça ne colle pas tout le temps. Jusqu’à temps que je tombe sur Robin et ses textes qui n’étaient pas nécessairement des chansons au départ. Avant ça j’ai essayé d’en écrire et il y en trois sur cet album qui sont des textes que j’ai faits entre Volodia et aujourd’hui. Je me disais : peut-être que je vais finir par écrire un album au complet… On peut-être capable de le faire mais encore faut-il aimer cela (…). La première chanson qui est arrivée est « Maria ». Une commande que j’ai faite à Bïa. Je voulais parler un peu de la religion par le biais de questions à la Sainte-Vierge. Parce qu’on ne l’a jamais entendu parler, on ne connait pas son avis », lance Desrosiers avec un rire moqueur en tartinant ses croissants.

Puis, la suite des choses s’est faite naturellement lorsque Robert lui a fait parvenir des textes en lui demandant « s’il y avait quelque chose à faire avec ça ? ». Nous est avis que le cinéaste sera absolument ravi de la réponse lorsqu’il entendra le trio de Desrosiers donner une nouvelle vie à ses personnages de cahiers entre deux poèmes du déchirant Vissotsky.

Chansons indociles
Audiogram/Select

jeudi 1 mai 2008

Le fou du roi


En hommage au poète Gilbert Langevin, un poème que j'ai écrit en 1995 par une nuit moins blanche qu'à l'habitude tandis qu'il s'apprêtait à fracasser la fenêtre noire depuis l'hosto. Nostalgie.

Le corbeau de la nuit s'est tu
L'albatros a perdu ses ailes
Bientôt les volières de la rue
Nous semblerons un peu cruelles

Le fou du roi s'est exilé
La Saint-Denis se fait vieillarde
Quand les poètes ont la nausée
La bohème devient blafarde

Mais toi l'ange tu seras éternelle
La mort n'est toujours qu'un symbole
Même si nos nuits se font moins belles
Nous buvons encore tes paroles

Aussi immense que l'océan
Encore plus fou que l'univers
Tel un Prométhée du néant
Tu brandissais de chimères

Au banquet des oiseaux de passages
Tâche de nous garder une proie
Car si l'amour est un naufrage
Ta liberté est notre loi

Si un jour Lucifer nous réclame
Et nous invite à te suivre
Les vivants garderont ton âme
Dans tes poèmes et dans tes livres

Zachary Richard discographié

Zachary l'encyclopédiste qui s'esclaffe devant votre hôte il y a trois semaines au restaurant Leméac



Ennobli, notamment, de ses trois derniers grands crûs dont le plus récent Lumière dans le noir, ce maître de l’americana et ses chansons cinématographiques viendra faire danser les louas (lire esprits) au théâtre Outremont le 2 mai prochain en compagnie de 4 musiciens dont l’as guitariste Éric Sauviat. En attendant, c’est l’érudition de son propos sur la musique américaine et son histoire qui devait nous laisser pantois. Beaucoup d’autres infos se retrouvent sur zacharyrichard.com section Rapport mensuel.

Claude André

Le bouddhiste que tu es a –t-il une musique de prédilection pour méditer ?

On n’écoute pas de la musique en faisant de la méditation, d’abord. Mais, il y a plusieurs japonais qui jouent du sakaguchi, une flûte japonaise d’apparence simple mais très complexe. Je trouve ça très charmant et ça se marie bien avec la contemplation dans un esprit de zen.

Outre celle de Lennon «Give Peace a Chance», qu’elle est ta chanson pacifiste de prédilection ?

J’ai un grand fétiche pour les chansons de Bob Dylan des débuts… «Blowin’ In the Wind» est une élégante recherche d’engagement pacifiste.

Tu es à la fois Américain, Québécois et Français, quels seraient tes meilleurs disques de chacune de ces identités ?

Je suis mal pris parce que québécois, je connais un peu et français pas du tout. Il faut comprendre que ma tradition musicale et toute ma formation sont absolument américaines. J’ai été quand extrêmement influencé et bouleversé en arrivant au Québec parce qui se passait ici dans les années soixante-dix. Notamment, par Harmonium qui a eu une influence très directe sur mon troisième album Mardi Gras et le quatrième Migration. Il y a eu aussi Raôul Dugay et «La Bitt à Tibi», il y avait alors une effervescence dans la société québécoise. En France Je viens de découvrir «Amsterdam» du Belge Jacques Brel, c’est merveilleux... Quand je suis arrivé en France, j’ai été propulsé dans le mouvement du folk et ça n’a pas eu une très longue vie ce phénomène là.

Il y a eu Hugues Aufray qui a traduit et chanté Dylan en français…

Je ça trouve ça lamentable qu’une tradition musicale aussi importante que la française soit obligée d’aller traduire… J’ai toujours eu une espèce de mépris, je pense que c’est le mot, pour ça…

Il a quand même permit aux Français de connaître Dylan ce qui n’aurait peut-être pas été le cas autrement (sa conjointe et gérante, Française, intervient pour approuver).

Qu’est-ce qu’ils en ont à foutre de Dylan quand ils ont Jacques Brel…Il y a un côté américanophile dans la culture française que je trouve absurde car ils vont vers ce qu’il y a de plus clinquant et passent à côté de ce qui possède plus de substance. Ce qui me touche dans la culture américaine n’a jamais résonné en France (…) La France, avec toute sa richesse, devrait proposer une vraie alternative à la culture américaine.

Des exemples ?

De nos jours, Lyle Lovett, Nanci Griffith, Joe Eurydice sont des auteurs qui, bien qu’un peu marginaux aux États-Unis, représentent ce qu’il y a de mieux dans la tradition américaine.

Un fantasme musical ?

Jouer de l’harmonica avec Muddy Watters. C’est un vrai un fantasme parce qu’il est décédé mais bon, moi mes idoles sont tous de vieux bluesmans. C’est le blues qui m’a le plus marqué et si j’étais naufragé sur une île déserte il me faudrait «Hard Again», de Muddy Watters.


Dan Boucher et moi, heureux et médusés par la leçon d'histoire de la musique américaine dispensée par le maitre Zachary Richard.

samedi 26 avril 2008

Alexandre Désilets

Alexandre Désilets

Escalader l’ivresse

Maisonnette/Select

Finalistes partout, Désilets et cette voix perchée là-haut ont finalement remporté les grands honneurs à Granby en 2006. Avec l’excellent Jean Massicotte (Lhasa, Arthur H…) à la réalisation, aux claviers et à la programmation, Désilets propose une pop alternative qui plane entre électrop-pop, drum and bass et même un assemblage a cappella (Aléatoire) qui font fis des structures traditionnelles. Voix plaintive au propos plutôt sombre et impressionniste (dont à parfois du mal à saisir le sens et comme il n’y a pas de livret..), il s’est fait une légion d’amis chez les observateurs. Le public suivra-t-il toutefois cet artiste qui maitrise bien les codes de la pop d’avant-garde de son époque genre Radiohead ou Portishead ? *** ½. (CA

vendredi 25 avril 2008

Ariane Moffat


Ariane Moffat

Tous les sens

Audiogram/Select

D’emblée, la qualité sonore de la production frappe. Réalisé par l’Ariane et Jean-Phi Goncalves de Plaster, ce troisième chapitre fleure bon une joie de vivre qui chaloupe entre des ambiances cabaret sixties et super club troisième millénaire. Avec le doué Alex McMahon (l’autre Plaster) aux arrangements, la pétillante musicienne accomplie nous a mitonné des tubes en puissances telles «Réverbère» que ne renierait pas Catherine Ringer et des trucs plus intimistes touchants comme «Briser un cœur»où elle ne se donne pas le beau rôle. Moments plus faible en ouverture et mélodie convenus pour le bel exercice d’une chanson tirée des nouvelles du journal. Voilà qui la confirme néanmoins bien installée dans le gotha pop d’ici et de la francophonie. *** ½ (CA)

À télécharger :

Réverbère

Je veux tout

mardi 22 avril 2008

Rock, papier, roseaux


Pour la seconde année, Daniel Boucher mets les bouchées doubles pour l’environnement et se fait porte parole de la campagne «Allo la terre» qui s’inscrit dans le cadre du «Jour de la terre».

Claude André

«L’autre fois, je venais de faire l’épicerie. L’emballeur, qui faisait sa job d’étudiant, voulant bien faire sortait un sac en plastique après l’autre et les remplissaient. Alors, je me suis tourné vers la caissière et lui ai demandé :

-tu sais combien de temps ça prend pour que se décompose un seul de ces sacs ?

-euh, un an ?

-Non

-15 ans ?

-Non

-20 ans ?

Non, ça prends de 100 à 1000 ans !, s’exclame Daniel Boucher en se remémorant la scène. Surtout associé à la cause souverainiste, l’artiste tente désormais de «penser globalement et d’agir localement» en matière d’environnement en s’associant à la campagne «Jour de la Terre». Une initiative verte à laquelle l’adhésion de Vidéotron en 2007 a fait en sorte que 100 000 abonnés du câble ont choisi de troquer la traditionnelle facture en papier (une dizaine de tonnes sauvée!) pour celle en ligne et, c’était la part du «deal» proposé par Vidéotron, de contribuer à la plantation de 100 000 nouveaux arbres au Québec via des «corridors verts».

Cette année, en plus d’inviter ceux qui ne l’ont pas encore fait d’opter pour sa facture en ligne, Vidéotron lance une grande campagne de récupération des téléphones sans fil afin de recycler les différentes composantes des appareils défectueux ou plus à la mode, de recycler les métaux précieux qu’ils contiennent et d’éliminer de façon sécuritaire les matières dangereuses qui s’y trouvent. Rappelons qu’un cellulaire peut contenir jusqu’à 1 000 composantes ― dont des métaux précieux comme l’or, l’argent et le platine ― qui peuvent être récupérées. Il contient également des substances toxiques ― arsenic, mercure, cadmium, plomb ― qui présentent des risques élevés pour la santé humaine et l’environnement si elles ne sont pas convenablement gérées.

«On demande aux gens de les rapporter leur vieux sans-fil ainsi que les accessoires qui les accompagnent dans les clubs vidéos Vidéotron et autres point de ventes de l’entreprise et de les déposer dans les boites prévues à cet effet. Il ne faut surtout pas les jeter, c’est dégueulasse ces trucs là. Plein de polluants. L’organisme «Le jour de la terre» procédera ensuite à un recyclage et les ventes serviront à planter des arbres», raconte Boucher en avalant sa salade…verte.

Planter des arbres ? Ces fameux «corridors verts» relèvent en fait d’une vaste et importante stratégie de reboisement au Québec qui s’attaquera à l’une des premières causes de régression de la biodiversité : l’extrême fragmentation écologique des paysages et des écosystèmes. Les détails et autres aspects techniques ne seront communiqués qu’en mai à l’occasion d’une importante conférence de presse qui réunira tout les acteurs impliqués dont les maires des municipalités touchées par le projet et, bien sûr, Daniel Boucher.

Boucher débouche

Pour avoir connu le Boucher dans des circonstances beaucoup plus rock and roll, disons que l’image peut faire sourire. Mais «le monde et les temps changent», chantait Dylan.

Puisqu’il conduit 4x4, vu qu’il passe le plus clair de son temps en Gaspésie et qu’il s’agit du moyen le plus sur de ne pas s’embourber dans la neige (il l’utilise le moins possible à la ville) Boucher incarne en quelque sorte le consommateur ordinaire. Lui qui, pauvre comme Job avant le succès de son premier album 10 000 matins, n’avait même pas de quoi s’offrir une épicerie décente, aurait-il cru s’associer un jour à une grande entreprise comme Vidéotron ? Aurait-il crû qu’il nous fût un jour possible de vivre cette entrevue à caractère environnemental au temps des nuits écartelées ? «C’est flyé hein… Moi, j’ai un comportement normal. Je vis sur la même planète que tout le monde et je respire le même air que tout le monde. Probablement qu’ils m’ont choisi parce qu’ils pensaient que ça aiderait à faire en sorte que le message se rende dans les maisons. J’ai accepté parce que je pense que la cause est bonne. Je n’ai rien contre la compagnie en tant que telle, mais ce n’est pas mon genre de m’associer à une entreprise pour m’associer à une entreprise. C’est sûr que je me suis posé des questions. Tu sais la pureté de l’artiste… En tout les cas, viens un moment où il faut passer par-dessus ça. La cause est là et il y a plus d’avantages que de désavantages, alors…», analyse Boucher sans fausse pudeur. Et ça fait un moment qu’il se sent interpelé par l’écologie ? «C’est sûr que je ne me suis pas réveillé un matin en me disant : ça y est, je suis écolo. Ça s’est fait graduellement. (Il imite une vieille pub de Maurice Richard pour du colorant à cheveux: Ce fût graduel. Personne ne s’en ai aperçu. Encore aujourd’hui, je garde juste un peu de gris. Les femmes aiment bien ça)». Puis on s’esclaffe comme des gamins. Avant de, évidemment, causer hockey et même d’envisager une petite trempette à Boston histoire d’assister à un match.

C’est qu’il est heureux l’artiste par les temps qui courent. En plus de cette verte campagne (sans jeu de mots) qui le stimule sincèrement, il ne porte plus cette angoisse de la page blanche qui le rongeait à notre dernière rencontre. «J’ai maintenant quelques nouvelles tounes que j’aime vraiment beaucoup. Ça commence à débloquer. Quand ça ne sort pas, tu te poses de sérieuses questions», raconte le bummer funambule qui prévoit se produire en solo dans quelques festivals au cours de l’été et aimerait bien rencontrer le chanteur de l’excellente formation hip-hop Gatineau. En effet, le dernier album de la bande, en plus de la découverte du chanteur Devandra Bannhart et son album Cripple Crow, sont en grande partie responsable du retour de Madame l’inspiration chez Monsieur le Boucher. Souhaitons-lui qu’elle lui permettra de mettre là aussi les bouchées doubles. Comme pour l’environnement.

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